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Les écureuils, dit-on, amassent leur nourriture dans des cachettes qu'ensuite ils ne savent plus retrouver. Un tel oubli me semble lumineux et mystérieusement sage.
[ Ressusciter ]
Christian Bobin
Les enfants sont comme les marins: où que se portent leurs yeux, partout c'est l'immense.
[ La part manquante ]
Christian Bobin
Les enfants, ce n'est pas sorcier, ça pousse à travers nos erreurs.
[ La plus que vive ]
Christian Bobin
Les heures silencieuses sont celles qui chantent le plus clair.
[ Mozart et la pluie ]
Christian Bobin
Les hommes tiennent le monde. Les mères tiennent l'éternel qui tient le monde et les hommes.
[ Le Très-Bas ]
Christian Bobin
Les livres qui échappent à la maîtrise de leur auteur sont les plus beaux des livres.
[ L'épuisement ]
Christian Bobin
Les maisons sont comme les gens, elles ont leur âge, leurs fatigues, leurs folies. Ou plutôt non: ce sont les gens qui sont comme des maisons, avec leur cave, leur grenier, leurs murs et, parfois, de si claires fenêtres donnant sur de si beaux jardins.
[ Isabelle Bruges ]
Christian Bobin
Les mariages usent l'amour, le fatiguent, le tirent vers le sérieux et le lourd qui est le lieu du monde.
[ Le Très-Bas ]
Christian Bobin
Les médecins ne supportent pas d'être pris en défaut. Ils jettent des noms sur tout, sur ce qu'ils savent et sur ce qu'ils ne savent pas. Les noms rassurent les médecins autant que les malades.
[ Autoportait au radiateur ]
Christian Bobin
Les mots sont comme les gens. Leur manière de venir à nous en dit long sur leurs intentions.
[ Tout le monde est occupé ]
Christian Bobin
Les parents, Isabelle, ne savent jamais ce qu'ils disent à leurs enfants. Jamais. Ils devraient se méfier de leurs rires, plus encore que de leurs colères.
[ Isabelle Bruges ]
Christian Bobin
Les secrets sont des piments sur le bout de la langue. Tôt ou tard ils mettent la bouche en feu.
[ Geai ]
Christian Bobin
Les terres où nous vivons sont comme les personnes, identifiables à des riens, à telle couleur d'un ciel, tel accident d'un sol.
[ La plus que vive ]
Christian Bobin
Les tombes nous ont appris - tellement de marbre sur tant de vide.
[ L'autre visage ]
Christian Bobin
Les vivants sont un peu durs d'oreille. Ils sont souvent remplis de bruit. Il n'y a que les morts et ceux qui vont naître qui peuvent absolument tout entendre.
[ Tout le monde est occupé ]
Christian Bobin
Lire c'est faire l'épreuve de soi dans la parole d'un autre, faire venir de l'encre par voie de sang jusqu'au fond de l'âme et que cette âme en soit imprégnée, manger ce qu'on lit, le transformer en soi et se transformer en lui.
[ L'épuisement ]
Christian Bobin
Lire pour se cultiver, c'est l'horreur. Lire pour rassembler son âme dans la perspective d'un nouvel élan, c'est la merveille.
[ L'épuisement ]
Christian Bobin
Lire, sommeiller, marcher, ne penser à rien, laisser les lumières du ciel pâlir sur la tapisserie des murs.
[ Une petite robe de fête ]
Christian Bobin
Lire: prier au désert.
[ L'enchantement simple ]
Christian Bobin
Marcher dans la nature, c'est comme se trouver dans une immense bibliothèque où chaque livre ne contiendrait que des phrases essentielles.
[ La lumière du monde ]
Christian Bobin
Même les femmes libres ne sont jamais tout à fait libres. Elles vivent toujours entre deux guerres.
[ La plus que vive ]
Christian Bobin
Moins aimer, c'est ne plus aimer du tout.
[ La folle allure ]
Christian Bobin
Mon Dieu, protégez-nous de ceux qui nous aiment.
[ Geai ]
Christian Bobin
Mon pays fait vingt et un centimètres de large, sur vingt-neuf de long: une feuille de papier blanc.
[ La plus que vive ]
Christian Bobin
Mourir doit ressembler à ça: nager dans le noir et que personne ne vous appelle.
[ La folle allure ]
Christian Bobin
N'importe quoi peut servir de Dieu quand Dieu manque.
[ Le Très-Bas ]
Christian Bobin
Ne jamais exiger quoi que ce soit - attendre. - Ne jamais, à personne, rendre compte de ce que tu vis - rire. - Ne jamais t'imaginer cause d'un bien - rire, encore. - Ne jamais chercher une aide - attendre, encore.
[ L'épuisement ]
Christian Bobin
Nous n'habitons pas des régions. Nous n'habitons même pas la terre. Le coeur de ceux que nous aimons est notre vraie demeure.
[ La plus que vive ]
Christian Bobin
Nous passons notre vie devant une porte sans voir qu'elle est déjà ouverte et que ce qui est derrière est déjà là, devant nos yeux.
[ L'éloignement du monde ]
Christian Bobin
On croit aimer des gens. En vérité, on aime des mondes.
[ Geai ]
Christian Bobin
On lit comme on aime, on entre en lecture comme on tombe amoureux: par espérance, par impatience. ... trouver le sommeil dans un seul corps, toucher au silence dans une seule phrase.
[ Une petite robe de fête ]
Christian Bobin
On n'apprend que d'une femme. On n'apprend que de l'ignorance où elle nous met quant à nos jours, quant à nos nuits.
[ La part manquante ]
Christian Bobin
On n'est jamais contemporain de l'invisible.
[ Le Très-Bas ]
Christian Bobin
On ne peut bien voir qu'à condition de ne pas chercher son intérêt dans ce qu'on voit.
[ Ressusciter ]
Christian Bobin
On ne transmet que ce qu'on aime.
[ Geai ]
Christian Bobin
On peut s'éprendre d'une femme pour une manière de ramener ses cheveux sur sa nuque, pour la négligence dans sa voix, ou la lumière sur ses mains. Pour une raison aussi simple, on abandonne le tout de sa vie.
[ Lettres d'or ]
Christian Bobin
On peut très bien faire une chose sans y être. On peut même passer le clair de sa vie, parler, travailler, aimer, sans y être jamais.
[ Le Très-Bas ]
Christian Bobin
On pourrait recenser les livres suivant l'embarras d'en parler.
[ La part manquante ]
Christian Bobin
On regarde, c'est difficile de regarder un nouveau-né, c'est comme un mort: on ne sait pas voir.
[ La femme à venir ]
Christian Bobin



