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<1245Les mots les plus froids s'ils me parlent de l'amour, me voilà brûlante. Aussi les corps. Est-ce là manquer à la fidélité ? Mais une main, mais un regard, ou quelqu'une de ces expressions très simples qui sont monnaie courante : ils ne vivent que l'un pour l'autre, et je ne m'appartiens plus. Mon ami c'est toi seul qui m'appris à goûter ainsi les lèvres. Je ne sais sans trembler fixer une bouche jeune, et bien rouge, et si je la rencontre. .. mais comprendras-tu jamais quel amour au fond de tels égarements ?.
Il y a des plaisirs qui passent pour des crimes, c'est que communément on n'y a pas goûté.
Où le mensonge commence et prend corps, où il cesse d'être le consentement à ce qui est pour devenir le complice de l'erreur, je suis bien incapable de le dire.
Il fallait que la femme ait tout quitté pour me suivre, qu'elle fût mon ombre, une chose asservie à l'ombre de mon ombre, un timbre-poste sur mon corps.
Il n'y a que les excès qui méritent notre enthousiasme, et s'ils ne nous rapportent que la haine, sans doute est-ce qu'ils nous vaudront tôt ou tard un amour plus durable. Et même la réaction des autres à nos actions doit-elle, peut-elle jamais motiver celles-ci ? Je voudrais être sûr que toutes mes paroles, que toutes mes actions sont à jamais perdues pour le monde. En même temps que moi, le déluge.
J'ai rencontré trop souvent de ces esprits qui n'éprouvaient pour moi qu'un goût sentimental. L'aveu pur et simple de ce que je suis leur eût semblé impossible. Il fallait me travestir à toute force pour excuser une passion honteuse. C'est par ce détour, qui rappelle les mensonges pieux, que les timides acclimatent dans leurs petites serres toutes les révoltes et tous les crimes du grand air. On met une feuille de vigne à Ravachol : et tout de suite l'anarchiste le moins réductible prend tournure de premier communiant.
Il n'y a pas un mot péjoratif dans mon vocabulaire. Un mot ne constitue pas un jugement.
Je ne serai pour personne une excuse, pour personne un exemple. Si j'ai laissé derrière moi quelques tertres sans croix, ce n'est pas le respect de mes idées mortes qui m'y aura incité. J'ai répugné simplement à ce geste des chiens, qui couvrent de sable leurs déjections.
L'avenir aujourd'hui m'est plus obscur que jamais. Je ne songe point à l'accorder à mon passé, je ne songe qu'à cette minute qui me brûle. Je sais à tout instant ce qui meurt, et je ne crois pas que quelque chose un jour renaisse.
Rien, ni mes idées surtout, ne me permet de préjuger de mes actions lointaines.
Je voudrais que tout ce qui me passe par la tête y durât si peu, que moi-même je ne retrouve jamais la mémoire de ma pensée. Que toute démarche de mon esprit soit un pas, et non une trace.
Aucune aventure littéraire n'est définitive, aucun littérateur ne pourra jamais rendre quelque chose impossible.
Je n'ai jamais cherché autre chose que le scandale et je l'ai cherché pour lui-même.
Mais à tout prendre voilà le plus grand grief qu'on nous fasse, nous sommes des messianiques. Soit. À l'idée traditionnelle de la beauté et du bien, nous opposerons la nôtre, si infernale qu'elle paraisse.
L'esprit de la Révolution française, voilà ce qu'on poursuit aujourd'hui, ce qu'on traque partout. J'en suis fâché : je n'avais point posé le problème sur un terrain pareil. Mais on le fait pour moi, et j'opte : je suis irréductiblement un homme de gauche, et si cette expression vous prête à rire, vous n'êtes qu'un pitre.
Les difformités ont si peu d'importance que j'en arrive à me demander par quel avatar un type à peu près général de beauté physique a pu se constituer progressivement dans un pays donné. On sait d'un roi d'Espagne dont la première femme était rousse qu'il trouvait que la seconde, brune, n'était point femme. Nos jugements sur la beauté ont toujours ce caractère universel et impersonnel.
J'entends que j'aime surtout cette activité mentale, de sang-froid indéfendable, par laquelle les amants se forcent à tout admirer, à rire des mêmes choses, à s'approuver mutuellement hors de toute nécessité et même vraisemblance. Ce qui vient de la femme, je le trouve a priori charmant, et je dis se forcent par impropriété de terme : c'est tout naturel, l'esprit critique n'a pas de part ici.
J'étais en train de parler de l'inutilité de la poésie : il ne faut rien exagérer. Il y a toujours en elle, quand elle est de bonne qualité, cette forte faculté de crétiniser qui fait son charme, celui de la musique, des jeux de hasard, de la vie. Mais la meilleure machine à abêtir est l'amour comme on peut le remarquer sans peine.
L'amour m'intéresse plus que la musique. Ce n'est pas assez dire : en un mot, tout le reste n'est que feuille morte.
Il n'y a pour moi pas une idée que l'amour n'éclipse. Tout ce qui s'oppose à l'amour sera anéanti s'il ne tient qu'à moi. C'est ce que j'exprime grossièrement quand je me prétend anarchiste. C'est ce qui me portera aux pires exaltations, chaque fois que je sentirai l'idée de liberté un seul instant en jeu.
L'obsession de l'amour, après le scepticisme, le reproche portait. Je ne fais pas difficulté à le reconnaître : je ne pense à rien, si ce n'est à l'amour.
Pas un geste, pas un cillement qui ne m'engage à fond, qui ne fasse dévier ma vie.
Il paraît que je suis, tout le monde l'assure, la séduction en personne. C'est bien possible. Je n'ai jamais rien fait pour cela.
Tout ce que me dictait une passion ou l'autre, on en faisait une boutade, une façon de parler. En France tout finit par des fleurs de rhétorique. On choisissait en moi le moins insolite, et j'allais plaire à ceux-là mêmes qui n'auraient pu parler cinq minutes avec moi sans colère. Il y a au monde des inconscients qu'agite la douce manie de la conciliation : faiseurs d'anthologies, habiles à laisser dans l'ombre les tares sociales et physiques. Ils savent trouver patte blanche au loup.
L'homme n'est pas la négation de l'enfant, mais son développement, et malheur à qui veut barrer ce qu'il fut !.
Si la rose est belle fleur, C' est aussi parce qu' elle s' ouvre.
L' animal n' a peur de la flamme, Mais de la chaleur qu' elle émane.
Tu es si jolie que la pomme Refleurit pour joie que tu donnes.
Lire l' avenir, c' est réécrire Dieu. L' avenir est l' ADN de Dieu ?.
Quand on met bâton dans les roues, Ce bâton peut servir aux coups.
