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Publiées le dimanche 12 février 2012 sur Dicocitations ™
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<1245Le jansénisme des chrétiens, c'est le stoïcisme des païens, dégradé de figure et mis à la portée d'une populace chrétienne; et cette secte a eu des Pascal et des Arnauld pour défenseurs!
Il était plus facile aux Romains et aux Grecs de subjuguer de grandes nations, qu’il ne l’est aujourd’hui de conserver une petite province justement conquise, au milieu de tant de voisins jaloux, et de peuples également instruits dans la politique et dans la guerre, et aussi liés par leurs intérêts, par les arts, ou par le commerce, qu’ils sont séparés par leurs limites.
Il y a des redites pour l'oreille et pour l'esprit; il n'y en a point pour le coeur.
La générosité souffre des maux d’autrui, comme si elle en était responsable.
CALVITIE : Toujours précoce, est causée par des excès de jeunesse ou la conception de grande pensée.
Le divorce est si naturel que, dans plusieurs maisons, il couche toutes les nuits entre deux époux.
Il faudrait qu’on pût limiter les pouvoirs d’un négociateur sans trop resserrer ses talents, ou du moins, ne pas le gêner dans l’exécution de ses ordres On le réduit à traiter, non selon son propre génie, mais selon l’esprit du ministre, dont il ne fait que porter les paroles, souvent opposées à ses lumières Est-il si difficile de trouver des hommes assez fidèles et assez habiles, pour leur confier le secret et la conduite d’une négociation ? ou serait-ce que les ministres veulent être l’âme de tout, et ne partager leur ministère avec personne ? Cette jalousie de l’autorité a été portée si loin par quelques-uns, qu’ils ont prétendu conduire, de leur cabinet, jusqu’aux guerres les plus éloignées, les généraux étant tellement asservis aux ordres de la cour, qu’il leur était presque impossible de profiter de la faveur des occasions, quoiqu’on les rendit responsables des mauvais succès.
PÉLICAN : Se perce les flancs pour nourrir ses petits. Emblème du père de famille.
L'homme est plus reconnaissant du mal qu'on cesse de lui faire que du bien qu'on ne lui fait plus.
L’impie endurci dit à Dieu : Pourquoi as-tu fait des misérables ?
Il faut, pour ainsi dire, que cette idée se perde et s'enveloppe dans le sentiment qui a produit le bienfait; comme, entre deux amants, l'idée de la jouissance s'enveloppe et s'anoblit dans le charme de l'amour qui l'a fait naître.
L'indigence ajoute également à la laideur du vice et à la beauté de la vertu.
Il y a une certaine énergie ardente, mère ou compagne nécessaire de telle espèce de talents, laquelle pour l'ordinaire condamne ceux qui les possèdent au malheur, non pas d'être sans morale, de n'avoir pas de très beaux mouvements, mais de se livrer fréquemment à des écarts qui supposeraient l'absence de toute morale. C'est une âpreté dévorante dont ils ne sont pas maîtres et qui les rend très odieux. On s'afflige, en songeant que Pope et Swift en Angleterre, Voltaire et Rousseau en France, jugés non par la haine, non par la jalousie, mais par l'équité, par la bienveillance, sur la foi des faits attestés ou avoués par leurs amis et par leurs admirateurs, seraient atteints et convaincus d'actions très condamnables, de sentiments quelquefois très pervers. O altitudo!
HIÉROGLYPHES : Ancienne langue des Egyptiens, inventée par les prêtres pour cacher leurs secrets criminels. Et dire qu’il y a des gens qui les comprennent ! Après tout, c’est peut-être une blague ?
Il y a un genre d'indulgence pour ses ennemis, qui paraît une sottise plutôt que de la bonté ou de la grandeur d'âme. M De C me paraît ridicule par la sienne. Il me paraît ressembler à Arlequin, qui dit : " tu me donnes un soufflet; eh bien! Je ne suis point encore fâché. " il faut avoir l'esprit de haïr ses ennemis.
Les sots usent des gens d’esprit comme les petits hommes portent de grands talons.
DÉVOUEMENT : Se plaindre de ce que les autres en manquent. « Nous sommes bien inférieurs au chien, sous ce rapport ! »
L'indécision, l'anxiété sont à l'esprit et à l'âme ce que la question est au corps.
Nous ne louons guère les autres que tout juste ce qu'il faut pour qu'on ne les croie pas supérieurs à nous.
La prétention la plus inique et la plus absurde en matière d'intérêt, qui serait condamnée avec mépris, comme insoutenable, dans une société d'honnêtes gens choisis pour arbitres, faites-en la matière d'un procès en justice réglée. Tout procès peut se perdre ou se gagner, et il n'y a pas plus à parier pour que contre : de même, toute opinion, toute assertion, quelque ridicule qu'elle soit, faites-en la matière d'un débat entre des partis différents : dans un corps, dans une assemblée, elle peut emporter la pluralité des suffrages.
La loi des esprits n’est pas différente de celles des corps, qui ne peuvent se maintenir que par une continuelle nourriture.
Faire parade de sa fortune est, pour un sot, la manière d'en jouir.
On est plus heureux dans la solitude que dans le monde. Cela ne viendrait-il pas de ce que dans la solitude on pense aux choses, et que dans le monde on est forcé de penser aux hommes?
Si un homme est souvent malade, et qu’ayant mangé une cerise, il soit enrhumé le lendemain, on ne manque pas de lui dire, pour le consoler, que c’est sa faute.
Il est de fougueux démocrates qui ont encore plus besoin de crédit que de liberté, et qui éteindroient plus vite vingt tyrannies qu'une seule dette.
Dans la lutte éternelle que la société amène entre le pauvre et le riche, le noble et le plébéien, l'homme accrédité et l'homme inconnu, il y a deux observations à faire: la première est que leurs actions, leurs discours sont évalués à des mesures différentes, à des poids différents, l'une d'une livre, l'autre de dix ou de cent, disproportion convenue, et dont on part comme d'une chose arrêtée; et cela même est horrible. Cette acception de personnes, autorisée par la loi et par l'usage, est un des vices énormes de la société, qui suffirait seul pour expliquer tous ses vices.
Il venait de découvrir que certaines joies - sans doute les plus essentielles - ne peuvent être partagées, ni même racontées ; elles nous constituent au même titre que nos yeux ou notre colonne vertébrale ; elles font de nous ce que nous sommes.
ABELARD : Inutile d’avoir la moindre idée de sa philosophie, ni même de connaître le titre de ses ouvrages. Faire une allusion discrète à la mutilation opérée sur lui par Fulbert. Tombeau d’Eloïse et d’Abélard : si l’on vous prouve qu’il est faux, s’écrier : « Vous m’ôtez mes illusions. »
Le public est gouverné comme il raisonne. Son droit est de dire des sottises, comme celui des ministres est d'en faire.
N'est-il pas trop plaisant de voir le marquis de Bièvre (petit-fils du chirurgien Maréchal) se croire obligé de fuir en Angleterre, ainsi que M De Luxembourg et les grands aristocrates, fugitifs après la catastrophe du 14 juillet 1789?
Une belle âme est comme la flamme qui tend toujours au ciel.
JAVELOT : Vaut bien un fusil, quand on sait s’en servir.
Vouloir dominer les autres par un ton grossier, c'est croire s'élever en chaussant des sabots.
HEBREU : Est hébreu tout ce qu’on ne comprend pas.
L'ingratitude est une lâcheté envers la bienfaisance qui ne sauroit se venger en publiant les services qu'elle a rendus ou en les rappelant à ceux qui les ont oubliés.
Les livres, pour répondre à l’élargissement croissant de la civilisation, doivent cesser d’être exclusivement français, italiens, allemands, espagnols, anglais, et devenir européens ; je dis plus, humains.
Lettre à M. Daelli éditeur de la traduction italienne des Misérables , Hauteville-House, 18 octobre 1862.
[ Victor Hugo ]

Ce qu’on ne peut dire et ce qu’on ne peut taire, la musique l’exprime.
Que l'avenir soit un orient au lieu d'être un couchant, c'est la consolation de l'homme.
Homère est un des génies qui résolvent ce beau problème de l’art, le plus beau de tous peut-être, la peinture vraie de l’humanité obtenue par le grandissement de l’homme, c’est-à-dire la génération du réel dans l’idéal.
Dieu se manifeste à nous au premier degré à travers la vie de l’univers, et au deuxième degré à travers la pensée de l’homme. La deuxième manifestation n’est pas moins sacrée que la première. La première s’appelle la Nature, la deuxième s’appelle l’Art.
Italiens ou français, la misère nous regarde tous. Depuis que l'histoire écrit et que la philosophie médite, la misère est le vêtement du genre humain ; le moment serait enfin venu d'arracher cette guenille, et de remplacer, sur les membres nus de l'Homme-Peuple, la loque sinistre du passé par la grande robe pourpre de l'aurore.
Lettre à M. Daelli éditeur de la traduction italienne des Misérables , Hauteville-House, 18 octobre 1862.
[ Victor Hugo ]

En somme, je fais ce que je peux, je souffre de la souffrance universelle, et je tâche de la soulager, je n'ai que les chétives forces d'un homme, et je crie à tous : aidez-moi.
Lettre à M. Daelli éditeur de la traduction italienne des Misérables , Hauteville-House, 18 octobre 1862.
[ Victor Hugo ]

Quant à moi, j'ai écrit pour tous, avec un profond amour pour mon pays, mais sans me préoccuper de la France plus que d'un autre peuple. A mesure que j'avance dans la vie je me simplifie, et je deviens de plus en plus patriote de l'humanité.
Lettre à M. Daelli éditeur de la traduction italienne des Misérables , Hauteville-House, 18 octobre 1862.
[ Victor Hugo ]

Ce livre, les Misérables, n'est pas moins que votre miroir que le nôtre. Certains hommes, certaines castes, se révoltent contre ce livre, je le comprends. Les miroirs, ces diseurs de vérité, sont haïs ; cela ne les empêche pas d'être utiles.
Lettre à M. Daelli éditeur de la traduction italienne des Misérables , Hauteville-House, 18 octobre 1862.
[ Victor Hugo ]

Du fond de l'ombre où nous sommes et où vous êtes, vous ne voyez pas beaucoup plus distinctement que nous les radieuses et lointaines portes de l'éden. Seulement les prêtres se trompent. Ces portes saintes ne sont pas derrière nous, mais devant nous.
Lettre à M. Daelli éditeur de la traduction italienne des Misérables , Hauteville-House, 18 octobre 1862.
[ Victor Hugo ]
