Définition du Littré : Manger
Manger
Nature : v. a.
Prononciation : man-jé. Le g prend un e devant a et o :
Etymologie : Wallon, maniî ; namur. mouniî ; Hain. mégner, migner, mougner ; nivern. mezer ; bourg. maingeai ; provenç. manjar ; catal. menjar ; esp. et portug. manjar ; ital. mangiare. À côté de manger, on trouve non moins usité manjuer, en provençal manjuiar. Ces deux formes montrent qu'il y eut, au moment où se firent les langues romanes, deux prononciations du latin manducare (u long) : l'une correcte gardait l'u long, et a donné manjuer, manjuier ; l'autre fautive supprimait cet u et a donné manger, manjar, mangiare. Manduco est le fréquentatif de mandere, dont l'étymologie probable est ainsi donnée par Corssen, Beiträge, p. 246 : il le rapporte au radical mad, enivrer, être ivre, dont le sens primitif est mouiller, être mouillé ; de là madayâmi, enivrer, rassasier ; de là aussi madeo, madidus, les verbes grecs signifiant se dissoudre, se fondre, et mouiller, mâcher. Mandere, avec insertion de nasale, aurait le même sens : humecter de salive, mâcher, et de là manger.
mucher et avaler quelque aliment. Manger du pain, de la viande.
Absolument et sans régime, prendre des aliments.
Absolument. Prendre ses repas. Il ne mange jamais chez lui.
Il se dit des insectes qui rongent certains objets. Cette fourrure a été mangée par les vers. On a laissé manger aux vers cette fourrure.
Fig. Consumer le corps, en parlant de maladies. Les écrouelles mangent cet enfant. Un ulcère lui mange la jambe.
Dépenser en parties de table un certain argent. Nous mangerons ensemble, si vous voulez, l'argent du jeu.
Fig. Dépenser d'une façon quelconque. Dépenser, avec une idée de dépense excessive, ou de prodigalité, ou de désordre.
Fig. Être la cause de dépenses excessives, ruiner. Ses valets le mangent ; ses chevaux, ses chiens le mangent ; les femmes le mangent.
Fig. Vivre aux dépens de, ruiner, lever des contributions, faire des exactions.
Il se dit de choses qui en rongent, détruisent, minent, absorbent d'autres. Cette forge mange bien du charbon. Le grand jour mange les couleurs. La rouille mange le fer. Les épinards mangent beaucoup de beurre.
Fig. Manger quelqu'un de caresses, lui faire de grandes caresses.
Ne pas articuler nettement. Manger ses mots, la moitié de ses mots.
Familièrement. Manger un ordre, une commission, l'oublier. Je lui avais prescrit de m'attendre, mais il a mangé l'ordre.
Terme dont on se sert à quelques jeux de cartes pour indiquer que les atouts supérieurs emportent les inférieurs.
Terme de marine. Manger le vent à un bâtiment, se dit d'un objet, d'une hauteur sur la côte qui intercepte le vent.
Manger les nuages, se dit vulgairement de l'action de la lune dont la chaleur d'emprunt, sans pouvoir échauffer la masse de l'atmosphère, suffit pour faire brèche dans le rideau de vapeur, et, rendant la nuit claire, faire baisser la température.
Terme de manége. Manger le chemin, se dit d'un cheval qui avance trop.
Se manger, v. réfl. Être mangé. Les choux se mangent avec du lard.
Se manger l'un l'autre, se servir de nourriture l'un à l'autre.
Fig. Être dépensé.
Terme de grammaire. Être élidé. Voyelle qui, dans la prononciation, se mange devant une autre voyelle. En français, l'e muet se mange devant une voyelle.
Certains sens des définitions du Littré seraient dans un dictionnaire
actuel marqués par un terme d'usage du type "discriminant" , "péjoratif" ou "raciste" ce qui n'était pas de règle à l'époque du Littré.
Les définitions sont issues du Littré et reflètent un état de la langue française classique et du bon usage littéraire entre le XVIIe et le XIXe siècle.
Étymologie : n.f (du grec etumos , vrai et logos science : Etude scientifique de l'origine des mots, origine ou filation d'un mot.
Elle s'appuie sur des lois de la phonétique historique et sur l'évolution sémantique des termes envisagés.
