Définition du Littré : Ouvrir
Ouvrir
Nature :
Prononciation : ou-vrir
Etymologie : Bourg. ôvri ; Berry, ovrir ; prov. ubrir, obrir ; anc. cat. ubrir ; anc. ital. oprire. Ce mot soulève de grandes difficultés. Il ne peut venir du latin aperire ; l'a latin ne se change pas en o ou u dans les langues romanes ; et, si on admettait en français ce changement à cause de l'exemple de orteil provenant d'articulus, il ne serait pas loisible d'étendre cette particularité au provençal, à l'ancien catalan, à l'ancien italien. L'espagnol et l'italien disent régulièrement abrir et aprire. Diez a essayé de lever la difficulté : suivant lui, ouvrir vient de de-operire, découvrir, de cette façon : ovrir est une contraction de a-ovrir, qui existe en effet et qui ne signifie rien de plus que ouvrir ; aovrir est une syncope du provençal adubrir, qui signifie ouvrir, et qui doit se décomposer non en ad-ubrir, mais en a-dubrir, lequel dubrir est de-operire. Ce dubrir est appuyé en effet par le provençal moderne durbi, le piémontais durvi, le wallon drovi, le lorrain deurvi, qui tous signifient ouvrir ; on dit aussi en basse Bourgogne : la porte, alle est douverte. Mais la conjecture de Diez ne paraît pas admissible ; en effet adubrir se décompose certainement en ad-uvrir, comme le français aovrir en a-ovrir ; c'est ce que prouvent tous les composés de ce genre aorner, aemplir, aüner, etc. Cette hypothèse écartée, la difficulté reparaît entière ; et, dans l'état actuel des documents, la seule explication qui se présente, c'est que ou bien la langue a confondu aperire et operire, confusion qui est commune au français, au provençal, et qui a même atteint jusqu'à un certain point le catalan et l'italien, ou bien, l'a latin ayant été changé en o, ce qui n'est pas impossible en français, c'est du français qu'il a passé au provençal et au catalan. Quant aux formes qui ont un d, on peut sans doute les rattacher à de-operire, mais on peut aussi y voir ouvrir composé avec de au sens augmentatif ; comparez à ÔTER un cas pareil où les patois ont un d. Quelques traces paraissent indiquer que avrir n'a pas été étranger très anciennement à la langue ; Génin, Roland, p. 516, cite porte averte, et, p. 517, avre les oilz, dans un texte de la Chanson de Roland, mais ce texte a été écrit en Italie avec beaucoup de formes causées par l'influence du pays, et dès lors prouve peu pour le français ; il y a beaucoup plus d'autorité dans : sepulcre avranz est li guatur d'icels (FR. MICHEL, Liber psalm. p. XVIII), qui est la traduction de : Sepulchrum patens est guttur eorum. Avrant semblerait montrer que, de même que la forme en o n'était pas tout à fait étrangère à l'Italie, la forme en a n'était pas tout à fait étrangère à la France.
Écarter ce qui empêche d'entrer, de pénétrer, de voir ; faire que ce qui était clos ne le soit plus. Ouvrir une fenêtre, une armoire. Ouvrir le robinet d'une fontaine. Ouvrir le rideau.
Terme de marine. Ouvrir une voile, la disposer de manière qu'elle reçoive le vent sous un plus grand angle.
Pratiquer une ouverture, une percée. On a ouvert une porte, une fenêtre dans ce mur. Ouvrir une vue sur son voisin.
Fendre, entamer. Ouvrir un pâté. Ouvrir un abcès.
Commencer à creuser, à fouiller. Ouvrir une carrière, un canal.
Diviser une chose, en séparer les parties contiguës. Ouvrir des noix.
Ouvrir la poitrine, rendre la poitrine aussi large que possible en effaçant les épaules. Les exercices ouvrent la poitrine.
Rendre libre, permettre l'accès. Ouvrir une issue. S'ouvrir un passage.
Fig. Rendre accessible à l'esprit.
Fig. Commencer (dans tout ce n° 10, il y a la métaphore d'une porte, d'une barrière ouverte). Ouvrir la campagne. Ouvrir un cours.
Terme de commerce. Ouvrir un crédit à quelqu'un, l'autoriser à prendre à une caisse l'argent dont il a besoin.
Terme de chamoiseur. Ouvrir les peaux, les rendre molles et maniables.
Terme de marine. Ouvrir deux pointes, ouvrir deux côtes, être situé de manière que, les ayant devant soi, on les voie séparément.
V. n. Être ouvert. Les boutiques n'ouvrent pas les jours de fête. Cette porte n'ouvre jamais.
S'ouvrir, v. réfl. Devenir ouvert. Les fleurs s'ouvrent au soleil.
Se fendre.
Fig. Il se dit de l'esprit qui devient plus pénétrant, plus capable d'apprendre.
Fig. Avoir commencement.
S'ouvrir à quelqu'un, lui découvrir sa pensée, lui faire des confidences.
Certains sens des définitions du Littré seraient dans un dictionnaire
actuel marqués par un terme d'usage du type "discriminant" , "péjoratif" ou "raciste" ce qui n'était pas de règle à l'époque du Littré.
Les définitions sont issues du Littré et reflètent un état de la langue française classique et du bon usage littéraire entre le XVIIe et le XIXe siècle.
Étymologie : n.f (du grec etumos , vrai et logos science : Etude scientifique de l'origine des mots, origine ou filation d'un mot.
Elle s'appuie sur des lois de la phonétique historique et sur l'évolution sémantique des termes envisagés.
