Définition du Littré : Tuer
Tuer
Nature : v. a.
Prononciation : tu-é
Etymologie : Berry, cuer le feu, cuer la chandelle ; wallon, touwé ; provenç. tuar, tuer ; tudar, éteindre, étouffer ; bas-lat. tutare, éteindre. Du grec, tuer, n'a pu être indiqué que quand on ignorait les règles de l'étymologie ; il faut un mot qui rende compte du t ou d (tutare, tudar). Diez, écartant le germanique (goth. dauthjan, anc. haut-allem. tôtan, qui aurait donné en provençal daudar ou taudar, et en français touer), tire tuer du latin tutari, protéger, recouvrir pour protéger, puis étouffer : tuer le feu, qui serait l'emploi primitif, était, à l'origine le couvrir de cendres pour le maintenir ; d'où le sens d'étouffer qui s'est généralisé dans l'acception tuer. Mais tous les intermédiaires manquent pour appuyer un pareil écart de signification. L'origine est le latin tuditare, frapper, choquer, ou même tudare ; du moins du Cange a tudatus, marteau. Ici la forme et le sens sont d'accord. Le sens fondamental est frapper, assommer. Pour passer à éteindre, on a l'ancien texte qui dit : tenens cannam unam in manu sua, tutat lampadem unam, il frappe une lampe et l'éteint ; du langage ecclésiastiqne tutare a passé au sens d'éteindre dans le parler vulgaire ; de là le tudar, provençal, l'at-tutare, italien, lequel, figurément, a pris le sens d'amortir, apaiser. Enfin frapper est devenu sans peine donner la mort d'une manière violente.
Signification du mot Tuer
Frapper, assommer ; sens primitif, aujourd'hui tout à fait oublié.
Éteindre (voy. à l'étymologie comment frapper a passé au sens d'éteindre). Tuer le feu, la chandelle.
Par généralisation de l'idée de frapper, d'assommer, ôter la vie d'une manière violente.
Faire périr d'une manière quelconque, de mort violente ou par maladie. Une tuile lancée du haut d'un toit tua Pyrrhus. C'est une apoplexie qui l'a tué.
Causer la mort.
Il se dit des animaux qu'on met à mort. La cuisinière a tué le poulet. Tuer des perdrix. Nous avons chassé toute la journée sans rien tuer.
Il se dit des bouchers qui égorgent ou assomment les animaux. Tuer des boeufs, des moutons.
Faire périr, en parlant des arbres, des plantes ou des insectes. Le grand froid a tué les oliviers. Il est recommandé de tuer les chenilles.
Par exagération, causer une fatigue, une peine excessive, compromettre la santé, la vie. Il porte de trop grands fardeaux, cela le tue. Vous tuez votre cheval de le mener toujours au grand galop.
Fig. Importuner, incommoder. Le grand bruit me tue.
Compromettre causer la chute, la ruine. Les acteurs ont tué l'ouvrage.
Fig. Faire disparaître, annuler, écarter.
Terme de peinture. Se dit quelquefois de l'effet d'une couleur, d'une lumière, qui en détruit, en affaiblit une autre.
Absolument. La lettre tue, quand on s'attache servilement aux mots, on ne saisit pas la pensée.
Se tuer, v. réfl. Se donner la mort, par accident ou volontairement. Il s'est tué en tombant de cheval.
Nuire au corps, à la santé. Vous vous tuez à mener une pareille vie. Il se tue à boire.
Se donner beaucoup de peine.
Se tuer de, faire incessamment.
Ces deux nuances se tuent mutuellement, elles se ternissent l'une l'autre.
On dit que le cidre se tue ou est tué, lorsque, restant en vidange, il prend une teinte brune et perd de sa saveur.
À tue-tête, loc. adv. Très fort, en parlant de la voix (si fort que l'on tue, casse la tête).
Certains sens des définitions du Littré seraient dans un dictionnaire
actuel marqués par un terme d'usage du type "discriminant" , "péjoratif" ou "raciste" ce qui n'était pas de règle à l'époque du Littré.
Les définitions sont issues du Littré et reflètent un état de la langue française classique et du bon usage littéraire entre le XVIIe et le XIXe siècle.
Étymologie : n.f (du grec etumos , vrai et logos science : Etude scientifique de l'origine des mots, origine ou filation d'un mot.
Elle s'appuie sur des lois de la phonétique historique et sur l'évolution sémantique des termes envisagés.