#1 12-11-2007 07:48:03

Mustafa
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Vous avez dit "Francophonie"?

Vous avez dit « francophonie » ?


Oui, mais avez-vous dit francophonie, Francophonie ou encore Francophonies ? Car francophonie désignerait l'ensemble des peuples ayant en usage partiellement ou entièrement la langue française, Francophonie, l'ensemble des pays, des gouvernements, des instances officielles ayant en partage la langue française tandis que Francophonies insisterait sur la variété et la diversité des peuples utilisant la langue française. Ça commence bien ! Mais rassurez-vous, nous allons essayer d'y voir clair.

Un mot relativement nouveau

C'est Onésime Reclus, un géographe français, qui inventa ce mot à la fin du siècle dernier : la francophonie désignait les peuples qui parlaient le français dans le monde. Oublié, ce mot revint à l'honneur au 20e siècle, au moment où certains pays d'Afrique, ayant brisé leurs liens coloniaux avec la France, désiraient en même temps conserver au minimum le lien de la culture et de la langue française avec elle. C'est surtout le Sénégalais L.S. Senghor qui se fit alors le chantre de la francophonie naissante dans les années soixante. Il s'ensuivit la mise sur pied de divers organismes de concertation et de coopération agissant à des niveaux variés (l'enseignement supérieur, la culture, les sports, la recherche scientifique) pour aboutir en 1970 à la création de l'Agence de coopération culturelle et technique (A.C.C.T.).

Un espace linguistique planétaire ?

Du plus riche (le Canada) au plus pauvre (le Niger), la Francophonie rassemble actuellement 52 pays membres, soit plus d'un quart des pays reconnus par l'Onu. Certains ont douté de sa bonne foi, soupçonnant la France, dans cette affaire, de néocolonialisme. Il est à remarquer que ce n'est pas la France qui a pris l'initiative de la Francophonie. Ce sont les Africains et les Québécois qui en furent les initiateurs aux temps héroïques. D'autres l'ont longtemps considérée comme une association plus ou moins folklorique. On ne peut l'affubler d'un tel qualificatif quand on voit les actions diverses entreprises de par le monde dans différents domaines et les nombreuses associations soit professionnelles soit simplement d'étude, de promotion du français créées à son initiative ou ralliées à son action. Elle agit au-delà de la langue par exemple en assurant la formation et le perfectionnement d'enseignants du français, en mettant en place des bibliothèques et des radios rurales en Afrique, en assurant un enseignement à distance dans une trentaine de pays, en diffusant, sur les cinq continents, les meilleurs programmes des télévisions francophones par TV5 (300 millions de téléspectateurs). Une véritable conscience communautaire francophone internationale s'est développée et se manifeste notamment par des évènements internationaux (festivals du film francophone, de la chanson française - les Francofolies -, de théâtre, des salons, des expositions, etc.)


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12-11-2007 07:48:03

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#2 12-11-2007 11:09:01

Mustafa
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Re: Vous avez dit "Francophonie"?

... Suite de première page...                                                                                                                        Le français dans le monde

Parmi les 6000 langues pratiquées dans le monde, cinq sont parlées par plus de la moitié des hommes. Le français ne figure pas dans ce peloton de tête. Il est onzième sur la liste après le chinois, l'anglais, l'hindi, l'espagnol, le russe, l'arabe, le bengali, le portugais, le malais et le japonais. S'il n'est parlé peu ou prou que par... 130 millions de personnes et s'il n'est apparemment pratiqué que par 2 % des habitants de la planète, il demeure une langue internationale importante. Autrefois langue privilégiée de la diplomatie, il reste langue de travail de l'Union européenne et de l'Onu. Une enquête récente auprès des pays utilisant le français a montré que son image reste forte et positive. C'est une langue certes difficile mais
« raffinée, distinguée, de culture ». L'anglais, lui, est plutôt considéré comme « utilitaire ».
Dans des pays d'Afrique comme le Burkina-Faso, le Cameroun, les deux Congos, il est même considéré comme un « outil de rassemblement national ». Au Viêt-nam, c'est la langue des études de médecine, de pharmacie. Il est aussi perçu de par le monde comme la langue des droits de l'homme, de la liberté en rapport avec la Révolution française.
En Amérique du sud, en Asie et au Proche-Orient, il fait figure d'alternative à l'anglais comme la seule langue capable de résister à l'anglo-américain et surtout à « l'uniformisation par le tout anglais ». Il est en passe d'y devenir « le symbole de la défense de la pluralité des langues », donc de la cohabitation de différentes cultures, considérée comme nécessaire et enrichissante.

L'enseignement du français

On étudie le français dans 141 pays. 55 à 60 millions de personnes apprennent le français hors de France. 35 % d'entre elles le font en Afrique francophone. Près d'un million d'enseignants de français exercent hors de France. On constate un recul du français dans plusieurs pays (États-Unis, Japon, Yougoslavie, Australie, Indonésie et Suisse).
Deux pays francophones ressentent ce recul : le Cap-Vert qui a supprimé son enseignement dans le primaire et l'a rendu optionnel en secondaire en concurrence avec l'anglais ; le Rwanda où l'université est devenue bilingue français-anglais.
Par contre, on constate une augmentation d'élèves en Grèce, en Espagne, en Pologne, en Finlande, au Portugal, en Norvège.
Reculs et avancées semblent s'équilibrer. Globalement, l'enseignement apparait même en expansion.
Partout où deux langues vivantes étrangères sont proposées aux jeunes, l'enseignement du français progresse. Là où une seule langue étrangère est proposée, le français est écarté au profit de l'anglais.

Pour le plurilinguisme

Bizarrement, en assurant une présence réelle et en s'organisant dans le champ international, la francophonie milite plus pour le plurilinguisme que pour un usage exclusif de la langue française. Il est bon finalement que Céline Dion chante en français et en anglais ou Patricia Kaas en français et en allemand. Lorsque les chanteurs africains associent dans leurs textes la langue française à leur langue propre, ils font un triomphe ! Le français revendique - et doit défendre parfois, c'est vrai ! - sa place auprès des autres langues et lutte ainsi contre l'imposition d'une langue unique dans les rapports entre les hommes. Il joue à la fois sur son unité et sa diversité. L'unité du français permet à un paysan breton de comprendre un homme d'affaires malien. Sa diversité, tout en facilitant son accès dans toutes les parties du monde, lui permet de se colorer d'accents chantants ou rocailleux et de se parer d'expressions et de tournures nouvelles.


Henry LANDROIT


Des institutions

Le Haut Conseil de la Francophonie précise le rôle de la francophonie et de la langue française dans le monde moderne.
L'Agence de coopération culturelle et technique (A.C.C.T.) est l'organisation intergouvernementale de la Francophonie et est devenue à ce titre depuis peu l'Agence de la francophonie. Elle organise des « sommets » (Cotonou - Bénin en 1995, Hanoï en 1997).
Le Conseil international de la langue française se réserve plutôt les domaines de l'orthographe, la grammaire, la terminologie et la formation.

Bibliographie

État de la Francophonie dans le monde - données 1995-1996 - La documentation française
Atlas de la langue française - Bordas
Bulletin « Francité » n° 14 - Février-mars 1996.


(article paru dans le journal Le Ligueur n° 10 - 11 mars 1998)


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#3 13-11-2007 07:31:19

Mustafa
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Re: Vous avez dit "Francophonie"?

Êtes-vous linguistiquement correct ?

Je vous entends me répondre d'ici.
— « Sur base de quoi m'accusez-vous ? Je m'excuse mais vous avez facile, vous, vous avez fait votre athénée et vous n'avez doublé qu'une fois ! »
— « Aïe, aïe, aïe ! Vous venez de produire deux phrases et vous voulez que je vous dise ? Elles sont pleines de fautes ! Sur base de se dirait mieux sur la base de, athénée n'est compris que chez nous, je m'excuse devrait céder la place à excusez-moi, avoir facile devrait s'écrire avoir des facilités et en France, on ne dit pas doubler mais bien redoubler. »
— « Excusez-moi (c'est bien comme ça qu'on dit ?), mais j'ai dit une fois pour terminer ma phrase ; est-ce que ça aussi, ce n'est pas une faute typiquement belge, une fois ? »
Ce dialogue pourrait se tenir dans notre petite communauté francophone à de nombreuses reprises, si l'on plaçait (et Dieu nous en garde !) des gendarmes de la langue à tous les coins de rue. Une communauté comme la nôtre, au même titre que les communautés québécoise ou suisse romande ou des quelques pays où l'on parle français dans le monde, élabore une langue particulière qui s'éloigne plus ou moins de la « langue-mère » en ce qui concerne son vocabulaire et, dans une moindre mesure, la construction de ses phrases. D'ailleurs, n'allons pas si loin : si l'on prend comme référence la région de Tours, en France, où, par tradition, l'on prétend que le français parlé est « le plus pur », qu'en est-il de celui parlé à Toulouse, à Lyon, à Marseille, à Brest, etc. ?
Reprenons notre dialogue. Les Belges francophones disent sur base de parce qu'ils sont influencés par le néerlandais op basis van. Ils disent athénée parce qu'ils ont choisi de le dire plutôt que lycée ou collège, réservés à d'autres usages qu'en France. Disent-ils je m'excuse parce qu'ils ignorent que c'est l'autre qui excuse ? Ils viennent d'entendre pourtant le Premier ministre s'excuser auprès des parents d'enfants disparus. Ils disent avoir facile comme on dit avoir mal, avoir bon, avoir froid et comme d'autres francophones de régions bien
« françaises », celles-là (la Picardie, la Normandie et l'Est). On le rencontre même sous la plume de Colette et d'Aragon. Ils disent enfin doubler plutôt que redoubler et dans ce cas précis, on peut vraiment se demander qui est le plus près de la logique, si logique il doit y avoir...
Alors, allons-nous jeter la pierre à tous ces usages ? Sont-ils vraiment « fautifs » ? Telle est la question.

L'insécurité linguistique
On nous a tellement seriné que nous, les petits Belges, nous faisions des fautes de français en parlant que nous avons intégré cette culpabilité dans notre (petite) tête. Et ce n'est probablement pas un hasard si l'on a vu fleurir en Communauté française tant de livres « Ne dites pas, dites » ou tant de chroniques, de services qui répondent aux questions angoissées des usagers : « Est-ce que je parle bien ? N'est-ce pas une faute de dire guindaille ou carte-vue ? ». La plupart des chroniqueurs de langue qui rédigent leurs billets dans les journaux ou ailleurs sont loin d'être normatifs et encouragent plutôt les gens à s'exprimer spontanément. Certes, ils relèvent les ambigüités, les difficultés, les erreurs que chacun d'entre nous (moi y compris, rassurez-vous) peut être amené à faire, un jour ou l'autre, mais leur rôle se limite à cela. Les linguistes qui sont au bout du fil des numéros de téléphone type « SVP Langage » sont plus des observateurs de la langue que des maitres à parler. Pourtant, notre communauté regorge de personnes qui vivent l'« insécurité linguistique » au jour le jour, qui n'osent pas s'exprimer oralement dans un lieu public non parce qu'ils n'ont pas d'idées, mais parce qu'ils craignent de faire des « fautes » de langage, qui n'osent pas écrire aux journaux ou à des institutions parce qu'ils voient déjà leur copie revenir bardée de rouge.
Que dire alors quand le Belge se rend dans la mère-patrie linguistique !
Ce malaise est exprimé superbement par Hubert Nyssen, écrivain et éditeur (Actes Sud) :
« À peine entré en France (...), le Belge se sent perdu, minorisé, invalidé, coupable de parler la même langue, mais mal. Affolé, il surcharge et tombe dans la redondance, sème des virgules à la volée, plante des pronoms relatifs dans ses phrases comme les pieux d'une clôture, cultive l'adverbe avec la chicorée, adjective à la pelle, et surtout, ah! surtout se dénie cette liberté essentielle qui consiste à parler comme on respire, sans mettre en cause la légitimité du langage qu'on emploie. Bref, le Belge est un immigré ! Sa propre langue devient marécage, il y patauge, et il croit que sur la rive, on ricane. »


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#4 13-11-2007 11:57:28

Mustafa
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Re: Vous avez dit "Francophonie"?

...Suite de la page...                                                                                                                                    Le rôle de l'école
Dans ce domaine, le rôle de l'école a été et reste toujours extrêmement important. En obligeant les élèves à prendre conscience qu'il existe quelque part un français mythique (le français dit standard), elle ne favorise pas leur expression propre. Ils se réfugient alors dans des langages inventés. La vogue, à certaines époques, du verlan (meuf, keum) ou de modes diverses dans le langage participe de ce besoin de création d'une langue particulière, adaptée aux nécessités du temps et en partie hermétique. Au fur et à mesure que les dictionnaires s'emparent des mots nouveaux ainsi créés, ceux-ci ont une tendance à disparaitre dans le langage des jeunes et à être remplacés par d'autres, plus complexes encore à décoder par les adultes.
Le « bon français » n'existe souvent qu'à l'école, dans ses cartons et ses citations. Et encore ! L'école elle-même fait une sélection en citant plus souvent Hugo que Cavanna ou en ne prenant dans les « bons » auteurs que des exemples qui correspondent à la norme. Il est significatif, par contre, de constater dans le « Bon usage », le livre de grammaire servant de référence aux enseignants, le nombre incroyable de citations d'auteurs connus pour leur respect des normes s'écartant cette fois joyeusement de celles-ci au point que la notion même de « règle grammaticale » devient de plus en plus difficile à construire sur des exemples tirés de la littérature. Il suffit d'ouvrir ces gros volumes pour constater que très souvent de « grands » auteurs, appelés à la rescousse pour légitimer tel ou tel usage, se trouvent parfois cités en long et en large pour les exceptions.
On s'en sort en signalant que l'exception confirme la règle, mais il nous en reste souvent un arrière-gout d'ambigüité...

Une langue bâtarde ?
Ainsi s'est installé lentement dans le chef des francophones belges le sentiment d'utiliser une langue bâtarde, moins claire, moins expressive, moins normée que celle qu'on utilise à Paris. Ce sentiment est peut-être moindre dans des villes comme Liège, Namur ou Charleroi qu'à Bruxelles car les premières revendiquent moins le statut de villes représentatives de la Communauté française du moins au plan international. De même, l'accent régional n'est pas nécessairement perçu comme une « faute ». Au contraire, il peut devenir un facteur d'unité d'une communauté. Allez demander à un Liégeois d'abandonner son accent, vous vous heurterez probablement à un refus. Par contre, il acceptera plus facilement de supprimer avoir facile de ses conversations si on le convainc du bien-fondé et de la nécessité de ce changement.
Les classes sociales « supérieures » emploient moins des expressions régionales, des belgicismes que les autres. Bien que certains de nos dirigeants et des personnalités émaillent souvent leurs discours, leurs interventions radiodiffusées ou télévisuelles de grossières erreurs de langage ou tout simplement de régionalismes, nous avons une tendance à les attribuer plutôt à leur bilinguisme souvent nécessaire qu'à une mauvaise connaissance de la langue. Quand un président de parti dit qu'il n'aime pas tous ces « tchic et tchac » à propos des manœuvres supposées d'un adversaire politique, le public s'intéresse plus au contenu qu'au contenant, c'est-à-dire au problème soulevé qu'à l'expression régionale qu'il emploie et c'est tant mieux !

Osez, il en restera toujours quelque chose !
La langue appartient à tout le monde. C'est un outil de communication qui change, évolue, s'adapte. Donc changeons, évoluons, adaptons. Triturons-la, torturons-la, jouons avec elle, mais surtout utilisons-la sinon elle dépérira et, un jour, mourra de sa belle mort !

Henry LANDROIT


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#5 13-11-2007 23:40:07

france
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Re: Vous avez dit "Francophonie"?

Merci Mustafa. J'y reviendrai à tête reposée.


Le manque de curiosité est un vilain défaut

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