Un lipogramme est un texte d'où sont délibérément exclues certaines lettres de l'alphabet. La notion a été inventée au sein de l'Oulipo. Le mot lipogramme vient des racines grecques leipein (enlever, laisser) et gramma (lettre).
Un lipogramme qui n'utilise qu'une des cinq voyelles de l'alphabet, s'appelle un «monovocalisme».
Et celui qui en utilise seulement deux, un «bivocalisme».
Exemples
Le plus ancien auteur de lipogrammes (ou lipogrammatiste) est Lasos d'Hermione (VIe siècle avant notre ère), dont Georges Perec affirme qu'il composa deux poèmes sans utiliser la lettre sigma.
Plus récemment, lorsqu'à l'invention des machines à écrire, imprimantes et ordinateurs, il n'était pas possible de composer à l'aide de caractères accentués, on s'efforçait parfois de rédiger des présentations en lipogrammes excluant ces dernières.
Les lipogrammes les plus célèbres sont dus à l'écrivain Georges Perec, pour ses romans La Disparition (écrit sans utiliser la lettre e, ) et Les Revenentes (dans lequel e est la seule voyelle utilisée, on parlera alors de tautogramme ou de monovocalisme et non de lipogramme). La Disparition a été traduit en anglais, en espagnol, en allemand et en italien, Les Revenentes en anglais, et leurs traductions sont aussi des lipogrammes dans ces langues. En espagnol, cependant, du fait de contraintes liées à la langue, la traduction de
La Disparition omet non pas le e mais le a.
Certains lipogrammes «traduisent» en vers des poèmes célèbres. On en trouve huit au chapitre 10 de La Disparition de Georges Perec ; les rimes féminines (comportant la lettre e) sont exclues par définition, mais les rimes sont parfaites et la rythmique irréprochable.
En 2006, a vraisemblablement été battu le record du plus long lipogramme versifié en e : la traduction par Jean-Louis Bailly des cinquante-sept quintils de la Chanson du mal-aimé d'Apollinaire.
Chaque lettre ayant une fréquence d'utilisation propre, dans chaque langue, certaines omissions sont plus aisément réalisées que d'autres. Par exemple, le texte de cet article est un lipogramme qui ne comporte pas de lettre « k », de « w » ni de « z ».
Cas des langues
La plupart des langues artificielles sont en fait des lipogrammes. En espagnol, le b et le v correspondent à des sons similaires ; en chinois, le r n'existe pas. Une nouvelle langue espérant rencontrer le succès auprès de certaines catégories de locuteurs évitera l'emploi de tel ou tel son. Si les créateurs de cette langue choisissent d'écrire cette dernière dans un alphabet préexistant, ils en élimineront alors certaines lettres. Cette écriture lipogrammique peut rendre plus difficile la reconnaissance des racines des mots.
De façon plus générale, si l'on considère l'ensemble des lettres utilisées dans le monde, on peut même considérer que tout langage écrit est lipogrammatique : l'hébreu n'utilise pas les lettres de l'alphabet glagolitique, les langues latines n'utilisent pas les hiéroglyphes, etc.
Lipogrammes et mots croisés
Par extension, des recherches ont été faites sur des contraintes lipogrammatiques appliquées aux mots croisés. Il est ainsi aujourd'hui établi qu'en langue française, existent uniquement 23 mots croisés carrés (mêmes mots dans le sens de haut en bas que dans celui de gauche à droite) lipogrammes en e de taille 7 x 7.
Source : Wikipedia
Hors ligne
La difficulté d'écrire un lipogramme dépend évidemment des lettres que l'on souhaite éviter : plus ces lettres sont fréquentes dans la langue ordinaire, plus l'exercice est ardu.
En français, la lettre la plus fréquente est le E, qui représente environ 17% des lettres d'un texte ordinaire, et est présent dans près de 90% des mots de la langue. Il n'est donc pas surprenant que le plus difficile, et partant le plus populaire, des lipogrammes soit celui où l'on s'interdit d'utiliser le E - on dit plus simplement : le lipogramme en E.
La technique d'écriture du lipogramme en E est bien décrite par exemple sur le site de Marc Autret mais l'archétype de cette contrainte est sans conteste le roman "[u/]La Disparition[/u] de Georges Perec, qui non seulement aligne trois cents pages sans un seul E, mais raconte la disparition de cette lettre en accumulant les auto-références subtiles. On y trouve également des réécritures (ou des parodies) sans E de poèmes et autres textes célèbres, exercice que l'on retrouvera sur certaines pages du présent site.
Source : http://www.graner.net/nicolas/OULIPO/exp-lipo.html
Hors ligne