Ce jeu (méta = transformation et gramma = lettre) consiste à trouver d'après de courtes définitions une série de mots qui ne diffèrent que par une seule lettre :
boire foire noire
moisson poisson boisson
voilà des parcours métagrammatiques qui ne diffèrent que par leur première lettre.
Mais n'importe quelle lettre dans le corps du mot peut être l'objet d'une substitution ainsi :
porte, perte, poète, ponte, poste
Le champ ouvert à un tel jeu est pratiquemment illimité.
On peut :
- soit passer d'un mot à l'autre par le plus petit nombre d'intermédiaires possibles, par exemple : homme - comme - corme - forme - ferme - femme;
- soit former des mots nouveaux jusqu'à épuisement.
Un joueur propose un mot de trois lettres. Son adversaire forme un mot nouveau en ne changeant qu'une seule lettre et ainsi de suite.
Exemple : mur - pur - pus - pas - pis - ris - ras - mas - tas - sac - sec - sic - soc - toc - tic - tir - ter - mer ...
In : L'esprit des jeux de Jean-Michel Varenne et Zéno Bianu. Ed. Albin Michel. Collection Espaces libres
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Un poète comme Raymond Roussel a systématiquement utilisé nombre de jeux verbaux sans son écriture; il a notamment donné au métagramme ses lettres de noblesse en le transformant en véritable procédé de composition poétique. Il prenait, par exemple, deux phrases quasi identiques à une lettre près :
"Lettres du blanc sur les bandes du vieux billard
"Lettres du blanc sur les bandes du vieux pillard".
mais en jouant sur le double sens de chaque mot.
Les lettres, ce sont, dans un cas, celles de l'alphabet et, dans l'autre cas, des missives.
Le blanc, c'est celui qu'on met au bout des queues de billard, ou un individu de race blanche, etc.
A partir de là, Roussel développe une histoire assurant le passage de l'une à l'autre phrase de sorte que le conte commence par l'une d'elles et se termine par l'autre.
A l'aide d'un parcours verbal, le vide se comble entre ces deux phrases qui engendrent le contenu du récit, comme si le langage devenait un agent créateur, une réalité douée de vie autonome.
Des expériences comme celle de Raymond Roussel montrent que l'activité ludique dans l'écriture peut développer des créations fabuleuses, transformer les mots en générateurs d'inventions infinies.
In : L'esprit des jeux de Jean-Michel Varenne et Zéno Bianu. Ed. Albin Michel. Collection Espaces libres
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