#1 29-02-2008 18:37:28

Mustafa
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Les mots d'emprunt, ou les mots voyageurs

http://users.skynet.be/Landroit/index.html                                   Emprunts



Un emprunt est un mot qu’une langue A a pris à une langue B. L’emprunt peut être intégré dans la langue A avec ou sans adaptation phonique ou graphique.
Au cours de son histoire, le français a emprunté à de très nombreuses langues. Depuis la seconde guerre mondiale, le nombre d’emprunts à l’anglais, puis à l’américain, a crû dans de notables proportions.
On peut distinguer trois types essentiels d’emprunts : l’emprunt direct (qui est introduit tel quel dans la langue réceptrice), l’emprunt intégré (qui subit des modifications graphiques et/ou phoniques, partielles ou totales) et le calque (ou traduction ).
Voici quelques exemples qui sont, pour la plupart, “ empruntés ” à l’anglais par la terminologie de l’informatique et de l’internet.



Emprunts directs


E-mail

Ce terme vient de l’anglais Electronic mail. Son orthographe est très hésitante : email, E-mail, E-Mail, e-mail.
De gros débats ont eu lieu lorsque les instances linguistiques françaises ont proposé mél. pour désigner le courrier électronique. Elles ne l’ont proposé que comme symbole ou abréviation, pour les en-têtes de lettre ou les cartes de visite. En effet, mél. s’harmonise bien avec tél. Mais ces instances ont prévu qu’on ne pourrait énoncer oralement mél. (pas plus qu’on ne prononce tél.), ce qui laisse le problème entier.


Père grand, mais pas pépé

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29-02-2008 18:37:28

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#2 01-03-2008 00:14:39

france
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Re: Les mots d'emprunt, ou les mots voyageurs

Il me semble que l'on utilise "courriel" pour éviter un anglicisme évitable.


Le manque de curiosité est un vilain défaut

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#3 01-03-2008 07:31:46

Mustafa
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Re: Les mots d'emprunt, ou les mots voyageurs

Pour les autres usages (notamment oral), on préfèrera donc courriel (mot-valise, d’origine québécoise, composé de “ courrier ” et “ électronique ”) qui parait de plus en plus utilisé (As-tu bien reçu mon courriel ?), et que certains utilisent aussi sur leurs cartes de visite où il est parfois concurrencé par courrier électronique.
Certains proposent aussi de donner une nouvelle vie à câble qui aurait l’avantage de s’insérer dans une famille (câbler, câbleur, etc.)


Web

Le web , en anglais, c’est le tissu, la toile. En français, on le trouve tantôt avec majuscule, tantôt sans. Les graphies ouaibe et ouèbe se rencontrent parfois mais ont peu de chance de devenir la règle.
Le mot web fonctionne aussi, parfois, comme un préfixe : webfiction, webzine, webmestre, webdesign ...
Ce mot est déjà bien implanté en français mais les francophones peuvent aussi utiliser  le terme toile pour le désigner, en faisant ainsi de la néologie de sens. Ce n’est pas toujours possible, notamment lorsque web est utilisé en fonction d’adjectif épithète. On parlera d’une page web ou d’un site web mais parlera-t-on d’une * page toile ou d’un * site toile ?
Ceci montre qu’il n’existe pas forcément de parfaite synonymie entre un mot  d’emprunt et le mot français qui peut lui être substitué.


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#4 02-03-2008 07:35:25

Mustafa
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Re: Les mots d'emprunt, ou les mots voyageurs

Booter, rebooter

Démarrer, redémarrer la machine conviendrait mieux.
Browser

Le terme browser est issu de l’anglais to browse qui signifie “ regarder, parcourir ”. To browse est lui-même emprunté à l’ancien français brouster où l’on reconnait le français moderne brouter. Le joli mot butineur est notamment proposé pour remplacer browser.
Il s’agit en effet d’un programme destiné à aller à la recherche de sites sur l’internet. On trouve aussi les termes navigateur et logiciel de navigation  qui commencent, semble-t-il, à bien s’implanter en français.

Freeware

Ce sont des programmes gratuits, diffusés largement. Graticiel serait de bon aloi. Il a l’avantage de s’insérer dans la famille des termes informatiques en -ciel.

Shareware

Ce sont des programmes que l’on peut utiliser en versant une contribution à l’auteur. Pourquoi pas partagiciel ou contributiel ?


Home-page

Il s’agit de la première page d’un site. Page d’accueil paraît s’imposer. D’autres synonymes français ont été proposés : page de départ, page d’ouverture, page de base, enseigne, portail. L’usage est encore très indécis et ces termes peuvent avoir des sens légèrement différents selon les contextes d’utilisation.



Mailing-list

C’est la  liste de messagerie qui rassemblent des internautes intéressés par les mêmes sujets. On trouve aussi les équivalents liste de diffusion, liste de discussion, liste de destinataires. Ici encore, les sens peuvent varier.

Morphing

Il s’agit d’une technique qui permet la transformation progressive d’une image en une autre par un traitement informatique. Morphage, morphisme, remodelage, mutation graphique sont quelques-uns des substituts proposés.


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#5 02-03-2008 13:38:35

france
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Re: Les mots d'emprunt, ou les mots voyageurs

Tu parles donc apparemment essentiellement de termes techniques empruntés à l'anglais, donc des anglicismes.
Mais il y a des lois ou du moins des décrets contre les anglicismes en français. Bon nombre d'entre-eux ont été traduits, plutôt adaptés, ou sont évitables.
Il me semble que, lorsqu'il existe un mot en français, il est impératif de ne pas utiliser le terme anglais.
Par contre, en ce qui concerne l'enrichissement du français au fil du temps grâce à des emprunts à diverses langues, dont l'arabe, c'est un phénomène tout à fait "naturel". Qu'en penses-tu ?


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#6 02-03-2008 14:47:26

Mustafa
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Re: Les mots d'emprunt, ou les mots voyageurs

France, dans les prochains jours inchallah je vais revenir sur la question des mots français empruntés à la langue arabe et même à d'autres langues européennes et américaine.                                                  C'est pour cela que j'avais intitulé ma discussion "les mots d'emprunt, ou les mots qui voyagent".              France, c'est juste une question de temps, tous les " mots voyageurs" n'ont pas la même date de départ.


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#7 02-03-2008 20:43:48

france
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Re: Les mots d'emprunt, ou les mots voyageurs

A ton aise. Le "bled" tiens.


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#8 03-03-2008 07:46:57

Mustafa
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Re: Les mots d'emprunt, ou les mots voyageurs

Emprunts intégrés

Par définition, les emprunts intégrés sont généralement plus anciens dans la langue réceptrice que les emprunts directs. Remarquons en outre que, s’ils sont intégrés, ils le sont plus ou moins bien et qu’ils demeurent parfois en nette concurrence avec le terme anglais d’origine.
En français, redingote, conteneur, listage, aquaplanage, ... sont des emprunts intégrés de longue date.
Pensons aussi au coquetel, officiellement recommandé au Québec mais peu utilisé ailleurs, et au cédérom, qui a été récemment approuvé par l’Académie française, et qui pourrait bien donner naissance au verbe cédéromiser.


Calques

Certains calques (ou traductions) de l’anglais sont déjà anciens en français. Par exemple gratte-ciel, qui traduit l’anglais skyscraper. D’autres sont plus récents :

Attachment

Ce mot anglais attachment se traduit tout simplement par attachement en français. Il désigne les fichiers que l’on peut envoyer en les “ attachant ” à un courriel. Le terme document attaché ou document joint conviennent bien pour désigner ce type de fichiers électroniques.

Digital

La technologie numérique ne s’oppose pas à la technologie digitale. Il s’agit de la même réalité. Dans le sens de numérique, le terme digital est un calque de l’anglais bien qu’il soit initialement emprunté au français qui l’a lui-même hérité du latin digitus. Le terme numérique (du latin numerus) est proposé en français. On dira donc une horloge numérique, une caméra vidéo numérique. Mais digital semble bien implanté.


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#9 03-03-2008 12:14:17

france
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Re: Les mots d'emprunt, ou les mots voyageurs

Mais pas du tout Mustafa : en français on n'envoie jamais un "attachement". On dit une "pièce jointe" que l'on raccourcit souvent par PJ. Lorsque un terme existe en français, on évite l'anglais.
En anglais, joindre un document c'est "to attach". En français, on dit "joindre".
"Avoir de l'attachement pour quelqu'un", ça c'est autre chose.


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#10 03-03-2008 14:42:14

Mustafa
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Re: Les mots d'emprunt, ou les mots voyageurs

Mais France, c'est dit "document attaché ou document joint", que l'on remplace par "pièce jointe', moi je trouve que c'est du "kif kif" au même... Et après tout, l'attachement à quelqu'un c'est pas si mauvais!!!


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#11 03-03-2008 15:48:37

france
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Re: Les mots d'emprunt, ou les mots voyageurs

Ce mot anglais attachment se traduit tout simplement par attachement en français. Il désigne les fichiers que l’on peut envoyer en les “ attachant ” à un courriel.

Je n'ai lu que cela. Voila ce qui arrive quand on écrit mal. Je suis désolée, mon regard a été attiré par cette phrase qui semble contenir l'information. La vraie information vient après encore une autre phrase et est, selon moi, mal formulée. Ce qui ce conçoit clairement ...

Si c'est "pièce jointe", faut pas écrire alors :
"Ce mot anglais attachment se traduit tout simplement par attachement en français".   
C'est l'un ou c'est l'autre. Au cas où ce serait les deux, il faut le dire avec une conjonction adéquate comme "aussi" ou "également" et, qui plus est, au bon endroit dans le texte.

Je ne connais pas ce monsieur. Il faudra que j'aille voir. 
Pour la lutte contre les anglicismes voir à "Spaak" notamment.


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#12 04-03-2008 08:50:03

Mustafa
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Re: Les mots d'emprunt, ou les mots voyageurs

LES MOTS VOYAGEURS                 http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=561                        L’échange de mots propre à la conversation fait tournoyer les origines et les étymologies, bien au-delà de ce qu’on imagine. La géographie dont on a parlé au café géographique n’était pas seulement celle de l’étymologie, même si l’étymologie pose une question fondamentale en géographie : d’où viennent les mots ? mais aussi de la quête de l’origine : comment les mots circulent ? Comment voyagent-ils ? dans nos bagages comme les mots-valises ? Et où vont les mots ? On veut les suivre jusque dans nos gosiers, là où on les prononce, les répète, les assimile, là où on les fait siens, là où on les fait nôtres, au point parfois de changer leur sens originel.
Au-delà de ce voyage à travers les langues, mais aussi de ce voyage au sein même de la langue française (ouverte aux quatre vents), on veut aussi chercher ce que ces mots voyageurs ont à dire à la géographie. Car comme le dénonçait déjà le dictionnaire Les mots de la géographie, les géographes pratiquent parfois la langue de bois, d’où la notice du dictionnaire sur la "xyloglossie" (littéralement : langue de bois) qui affirmait : "de sérieux essartages sont périodiquement nécessaires pour brûler ces bois-là afin de fertiliser la pensée".
Or, la pensée géographique peut sortir ébranlée de cette confrontation aux mots qui voyagent. Car la distance, concept clé de la discipline, comment disent certains, n’est pas toujours pertinente en matière linguistique ! Comment se fait-il que la langue française ait emprunté des mots à l’indonésien (comme "bambou"), à la langue lao (avec "siamois") ou encore à l’australien ("boomerang") et qu’elle n’ait rien pris à l’albanais, pourtant parlé à nos portes ? On nous apprend à l’université que les interactions ont plus de chance d’avoir lieu avec le proche qu’avec le lointain. Or, avec la langue, ce n’est pas forcément le cas. Consultez le Robert électronique, et vous constaterez que le français a emprunté :
   6 mots seulement au basque (pourtant à côté),
   7 au danois,
   15 au hongrois pourtant plus loin,
   100 au russe (si éloigné)
   et pas moins de 60 au japonais alors que 9 fuseaux horaires nous séparent.
contrairement à une idée reçue qui veut que les Français soient nuls en langue étrangère, elle affirme que nous sommes tous polyglottes. Elle est invitée à nous parler du caractère vivant d’une langue comme le français : les emprunts à l’étranger sont-ils la source principale du développement d’une langue ? ou bien les créations endogènes dépassent les importations de mots venus d’ailleurs ?                                                                                     Faire des mathématiques, de la chimie, lever les yeux vers le ciel pour faire de l’astronomie renvoient aux mots arabes. Cultiver son jardin, jouer aux échecs renvoient à la Turquie, aux Grecs et à la Perse. On peut voyager par l’imaginaire, mais aussi par les mots. La description de la mer et de ses dangers fourmille de mots scandinaves. Boire un verre nous fait utiliser des mots allemands, comme les armes et les uniformes, également composés de mots tchèques, suisses ou hongrois. La pacotille, les jeux de cartes, le tabac sont autant de mots d’origine espagnole. Tomate, chocolat, cacahuète sont Aztèques. Comment parler à son banquier, peindre, tomber amoureux sans passer par une ribambelle de mots italiens ? Comment vivre aujourd’hui sans un mot anglais ? Ce serait ignorer l’informatique, le sport, le coiffeur, le confort, autant de choses indispensables ou futiles mais qui nous feraient vivre en dehors de notre temps si on ne les employait pas. Nous sommes tous polyglottes à notre insu.
Comment ces mots se sont-ils implantés dans la langue française, alors qu’ils poussaient chez nos voisins ou très loin ? Les mots voyagent. D’abord en accompagnant les choses (surtout les denrées). L’appropriation de l’objet passe par l’appropriation de son nom. Puis les mots sont utilisés pour des réalités plus subtiles. Ils arrivent avec des Hommes : marchands, soldats, voyageurs, ce qui leur donne une dimension culturelle. Enfin ils arrivent par l’intermédiaire de savants et notamment par leurs livres (l’arabe par les maths, l’hébreu par la Bible). Toutes les activités humaines sont couvertes : les habitudes alimentaires (le sucre, le café, la bière ou le croissant qui sont autrichiens), vestimentaires (la jupe est arabe, l’escarpin italien), domestiques (matelas : italien puis arabe, divan ou sofa : arabe, édredon : danois, estrade : espagnol, mot introduit avec Anne d’Autriche car la 1ère estrade en France a été dressée au Louvre). Les mots passent aussi par des activités lucratives : les techniques (carat ou quintal : arabes), la construction (balcon : italien, digue : néerlandais), par la guerre (pistolet, obus : tchèque), par le jeu (loto : mot italien mais issu du français loterie. Le loto est un ancien impôt déguisé en jeu obligatoire à Venise. Aujourd’hui, c’est un jeu non obligatoire mais qui rapporte à l’Etat), par le sport (golf, tennis). Mais ce sont aussi des habitudes étrangères qui sont introduites : flâner ou faire du vacarme qui sont néerlandais, faire la bringue est allemand, humour est anglais

Dernière modification par Mustafa (05-03-2008 15:11:38)


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#13 05-03-2008 14:44:10

Mustafa
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Re: Les mots d'emprunt, ou les mots voyageurs

Depuis le XIIème siècle, le français a emprunté beaucoup à l’étranger. Les linguistes considèrent qu’il y a plus de 3000 mots importés dans notre langue. Les langues indo-européennes, les plus apparentées à la nôtre, ont été sollicitées, et surtout les langues sœurs comme l’italien, le portugais, l’espagnol, ou les cousines : l’allemand, le scandinave, les langues slaves (polonais, russe, tchèque). Mais il faut également compter sur les langues sémitiques ou ouralo-altaïques, et même finno-ougriennes (hongrois), sans oublier les langues aztèque ou inca. Selon les périodes, on importe des mots de la ou des langues avec lesquelles on a le plus de contacts. Tout commence au Moyen Age. Le latin est la langue qui cimente toutes les communautés européennes et permet les échanges. Mais le peuple ne le parle pas. Or la langue vulgaire est celle du contact pour le commerce qui est tenu par l’Italie et les Flandres, tandis que les Arabes jouent les courtiers. Au XVIème siècle, ce sont les idées nouvelles et les techniques qui voyagent, principalement par l’Italie. Au XVIIème siècle, les nouveautés issues de l’Espagne et du Portugal qui ouvrent sur l’Amérique et l’Asie, mais aussi les guerres qui opposent aux Allemands et aux Néerlandais. Au XVIIIème siècle, la révolution accélère les emprunts linguistiques : au lieu de les laisser venir à nous, on les cherche. Car le siècle des révolutions est celui de la recherche de modèles institutionnels dont on importe les mots : ainsi l’anglais sert de creuset : vote, jury, motion, révolution (sens politique) en proviennent. Actuellement, ce sont les puissants courants médiatiques qui développent les mots liés à la mode, au sport.
Comment assimiler les mots étrangers ? D’abord on les prononce à la française. Puis vient l’assimilation syntaxique en modifiant la forme (exemple : balarina devient ballerine, ou la conjugaison des mots qui les transforme en verbes : zapper, squatter). Enfin, arrive l’assimilation sémantique : on transforme le terme en l’acclimatant avec une dimension métaphorique qui permet de passer par l’image pour en donner un deuxième sens (perdre la boussole, surfer sur Internet). Mais parfois, certains s’insurgent. Les réactions protectionnistes ont toujours existé. Dans Deux Dialogues du nouveau langage françoys italianisé et autrement desguizé (1578), Henri Estienne se plaignait de l’invasion des mots italiens, qui avaient connu un fort développement avec l’arrivée des Médicis à la Cour de France. L’emprunt linguistique est taxé de paresse, de légèreté, d’absence de fierté nationale, notamment pour ce qui concerne les mots militaires. Quant aux graphies, elles sont nombreuses et variées. En règle générale, c’est la loi du moindre effort qui l’emporte et qui permet la graphie la plus simple possible. Le mot est conservé dans sa forme étrangère car cela permet de lui conserver la réalité du mot étranger. Mais cela relève de l’imaginaire : il s’agit en fait de ce que l’on se représente de cet étranger. Ainsi, building renvoie aux Etats-Unis à une construction, quelle soit basse ou haute, alors qu’en français, le building est une construction haute. Il affiche une référence à un mythe : les villes américaines et leur skyline. L’assimilation s’effectue donc par fascination ou pragmatisme. Les mots ont une histoire, une géographie, même si ils ont l’apparence de bons mots français.
s’intéresse aux mots pour pouvoir répondre à la question de l’origine des mots souvent formulée par les enfants, sans avoir à passer par l’étymologie. Les mots sont les traces vivantes et émouvantes de notre lien aux autres civilisations. L’étymologie s’arrête souvent là où commence notre intérêt : pourquoi une telle origine ? Pierre Enckell, quant à lui, aime travailler sur des sujets non encore traités de façon complète, d’où ses dictionnaires des onomatopées, des diminutifs et maintenant des jurons. Les jurons représentent une quantité de termes figurant dans la littérature française, or il en existe de nombreuses formes et variétés qui n’apparaissent pas dans le Littré.
Pourquoi emprunte-t-on des mots aux langues étrangères ? C’est pratique et pragmatique, mais aussi par fascination pour les autres cultures ou par nécessité. Certains mots étrangers peignent mieux que tout autre une réalité étrangère comme la steppe ou la toundra.
Toutes les langues sont-elles hospitalières ? Ou bien peut-on dire que l’anglais est plus hospitalier que l’allemand ou le français plus que l’italien ?Y a-t-il des langues plus exportatrices que d’autres ? et inversement plus importatrices que d’autres ? Les transferts de mots et les emprunts aux langues étrangères relèvent-ils le plus souvent de l’impérialisme ? avec une langue colonisatrice qui prélève des mots aux langues « indigènes » colonisées ?
Toutes les langues empruntent des mots étrangers. Une langue pure est une langue morte. Beaucoup de mots français ont été assimilés par les langues étrangères car pendant longtemps le français fut la langue diplomatique. Toutes les langues sont égales pour la linguistique, mais sur le marché des langues, leur "valeur" fluctue en fonction des époques. Certains Etats y ont une position dominante par leur culture. Ce fut le cas de la France au XVIIIème siècle ou c’est le cas actuellement de l’Anglais grâce au poids économique et politique mondial des Etats-Unis. Les langues sont sollicitées mais rarement imposées. La linguistique et la politique ont toujours été mêlées, pour le meilleur et pour le pire. Mussolini n’a-t-il pas pris un décret pour supprimer les mots anglais de l’italien ? Actuellement, ce sont les langues internationales qui dominent.
Les jurons voyagent-ils ? Il suffit de prendre quelques exemples : le Caramba utilisé par Hugo ou Hergé, Damned, My God, Madonna,... Les jurons répondent davantage à une utilisation ludique : ils seront d’autant plus appréciés qu’ils sonnent bien et paraissent originaux. Ils sont souvent importés par des locuteurs, même si il n’y a pas de besoins criant en la matière.
Les jurons sont-ils utilisés de la même manière sur tout le territoire ? Il y a des jurons régionaux et certains en patois, mais ce sont souvent des formes régionales de jurons nationaux.
Cette dernière remarque de Pierre Enckell provoque une question de Jean-Louis Tissier : existe-t-il des jurons des villes et des jurons des champs ? Les jurons des champs sont les jurons en patois et régionaux. Mais il faut bien différencier juron et insulte. Le juron ne s’adresse à personne mais exprime un sentiment fort (colère, surprise,...), alors que l’insulte s’adresse à une personne précise. Il n’y a pas de dictionnaire des insultes car elles sont très laides et offensantes.


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#14 05-03-2008 14:54:32

france
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Re: Les mots d'emprunt, ou les mots voyageurs

Cher Mustafa : j'ai un "problème" avec ton post 12. Puisque nous nous permettons ici de parler le mieux possible de linguistique, question hautement complexe s'il en est, ne faudrait-il pas commencer par ne pas mettre une majuscule au "français" ? En effet, si en anglais, les noms de langues (et les noms de mois) prennent une majuscule, ce n'est nullement le cas dans la langue française. On dit donc : "un Français parle le français".
Il semble que de moins en moins de gens s'en rendent compte. Cela me saute illico aux yeux. smile


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