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/www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/francophonie/chronologie.shtml 1880-1950 : la naissance d'un mot vite oublié
Le mot "francophonie" apparaît à la fin du XIXe siècle, sous la plume d'un géographe s'intéressant notamment à l'expansion coloniale française, pour retomber ensuite dans l'oubli. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, un mouvement associatif se développe autour de l'idée de rayonnement de la langue et de la culture françaises. L'importance de l'activité des associations est aujourd'hui encore une caractéristique majeure de la Francophonie, qui accorde une place et un rôle centraux à la société civile.
Dans un ouvrage intitulé "France, Algérie et colonies", le géographe français Onésime Reclus invente le terme "francophonie". Dans le contexte de la fin du XIXe siècle, il prône l'expansion coloniale de la France et dans ce cadre s'intéresse au facteur linguistique.
21 juillet 1883
L' "Association nationale pour la propagation de la langue française dans les colonies et à l'étranger" ("Alliance française") est créée sous l'égide de l'ambassadeur Paul Cambon. L'année suivante est fondée l' "Alliance française" de Paris, au conseil d'administration de laquelle siègent notamment Ferdinand de Lesseps, Louis Pasteur, Ernest Renan ou Jules Verne. De nombreuses autres "Alliances françaises" vont rapidement voir le jour à travers le monde. L' "Alliance française" est reconnue d'utilité publique en France en 1886.
1950-1970 : l'essor d'un mouvement né hors de France
Après la Seconde Guerre mondiale, le mouvement prend une ampleur nouvelle, sous l'action notamment d'Africains et de Canadiens français. Achevant son processus de décolonisation, la France s'en tient à une attitude prudente et réservée, tandis que des dirigeants africains, dont les présidents Senghor, Diori et Bourguiba, proposent dès les années 1960 la constitution d'une communauté francophone.
1950
L' "Union internationale des journalistes de la presse de langue française" (UIJPLF) est créée à Limoges à l'initiative d'un journaliste canadien Dostaler O'Leary. L'UIJPLF est devenue l'"Union internationale de la presse francophone" (UPF) en octobre 2001.
1960
La Conférence des ministres de l'Education nationale des pays francophones (CONFEMEN) est la première institution officielle francophone à être créée.
1961
L' "Association des universités partiellement ou entièrement de langue française" (AUPELF) est créée à Montréal par des universitaires, dans le but de développer les échanges et la solidarité entre les universités. Elle est devenue l' "Agence universitaire de la Francophonie" (AUF).
1962
Un numéro de la revue "Esprit" sur "le français dans le monde" marque la résurgence du mot et de l'idée de francophonie, lancés par Onésime Reclus plus de quatre-vingt ans plus tôt et depuis lors tombés dans l'oubli. Sous des plumes diverses et prestigieuses, dont celles de Léopold Sédar Senghor ou Norodom Sihanouk, les possibilités d'avenir de la francophonie y sont analysées. L'article signé par le grammairien, poète et chef d'Etat sénégalais L.S. Senghor est considéré comme le texte fondateur de la francophonie
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//www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/francophonie/chronologie.shtml La Francophonie selon Senghor
"Au moment que, par totalisation et socialisation, se construit la Civilisation de l'Universel, il est, d'un mot, question de nous servir de ce merveilleux outil, trouvé dans les décombres du Régime colonial. De cet outil qu'est la langue française.
La Francophonie, c'est cet Humanisme intégral, qui se tisse autour de la terre : cette symbiose des "énergies dormantes" de tous les continents, de toutes les races, qui se réveillent à leur chaleur complémentaire. "La France, me disait un délégué du F.L.N., c'est vous, c'est moi : c'est la Culture française". Renversons la proposition pour être complets : la Négritude, l'Arabisme, c'est aussi vous, Français de l'Hexagone. Nos valeurs font battre, maintenant, les livres que vous lisez, la langue que vous parlez : le français, Soleil qui brille hors de l'Hexagone".
Léopold Sédar Senghor, "Le français, langue de culture", in "Esprit" n°311, novembre 1962, p. 844 (extrait).
1965
Deux "Ententes" sont conclues par la France et le Québec, l'une sur "un programme d'échanges et de coopération dans le domaine de l'éducation" (27 février 1965), l'autre sur "la coopération culturelle" (24 novembre 1965).
Cette dernière, dont le titre Ier est consacré à "la langue française", est considérée comme le premier accord international dans lequel Paris reconnaît en partager la responsabilité : "conscients des liens historiques que leur communauté d'origine, de langue et de culture a créés entre la France et le Québec" et "désireux de promouvoir la langue française et de développer leurs relations culturelles" (préambule), les gouvernements français et québécois s'engagent à "coopérer étroitement à la promotion et à la diffusion de la langue française" (article 1er).
Juin 1966
Sous l'impulsion du Président Senghor, la Conférence des chefs d'État de l'Organisation commune africaine et malgache (OCAM) réunie à Tananarive propose la constitution d'une communauté francophone, définie comme "une communauté spirituelle de nations qui emploient le français, que celui-ci soit langue nationale, langue officielle ou bien langue d'usage".
1967
L' "Association internationale des parlementaires de langue française" (AIPLF) est créée à Luxembourg. Elle est devenue en 1998 l' "Assemblée parlementaire de la Francophonie" (APF).
1969
La Conférence des ministres francophones de la Jeunesse et des Sports (CONFEJES) est créée.
17-20 février 1969
La première conférence intergouvernementale des Etats francophones se réunit à Niamey (Niger). Dans le prolongement de l'action des présidents Senghor du Sénégal, Diori du Niger et Bourguiba de Tunisie, il s'agit de trouver les moyens de maintenir et renouveler les liens unissant la France à ses anciennes colonies nouvellement indépendantes et au-delà à l'ensemble des pays parlant français. La Conférence est placée sous le patronage du ministre français des Affaires culturelles André Malraux.
La culture de la fraternité
"Seule, la culture francophone ne propose pas à l'Afrique de se soumettre à l'Occident en y perdant son âme ; pour elle seule, la vieille Afrique de la sculpture et de la danse n'est pas une préhistoire ; elle seule lui propose d'entrer dans le monde moderne en lui intégrant les plus hautes valeurs africaines. Nous seuls disons à l'Afrique, dont le génie fut le génie de l'émotion, que pour créer son avenir, et entrer avec lui dans la civilisation universelle, l'Afrique doit se réclamer de son passé. Nous attendons tous de la France l'universalité, parce que, depuis deux cents ans, elle seule s'en réclame.
Messieurs, en ce temps où l'héritage universel se présente à nos mains périssables, il m'advient de penser à ce que ce sera peut-être notre culture dans la mémoire des hommes, lorsque la France sera morte ; lorsque, "au lieu où fut Florence, au lieu où fut Paris - s'inclineront les joncs murmurants et penchés…" Alors, peut-être trouvera-t-on quelque part une inscription semblable aux inscriptions antiques, qui dira seulement : "En ce lieu naquit, un jour, pour la France et pour l'Europe, puis pour la France, l'Afrique et le monde, la culture de la fraternité"."
André Malraux, discours prononcé à la Conférence des pays francophones, Niamey, 17 février 1969 (extrait).
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1970-1990 : la réalisation du projet francophone
Après un premier pas en 1970, avec la création de l'Agence de coopération culturelle et technique, il faut attendre les années 1980 pour assister à une réelle reprise de cette idée : en 1986 se tient ainsi le premier sommet des chefs d'Etat et de gouvernement francophones.
16-20 mars 1970
La deuxième conférence intergouvernementale des Etats francophones aboutit, à Niamey le 20 mars 1970, à la signature par 21 pays de la Charte créant l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT). Elle donne ainsi naissance à la première organisation intergouvernementale de la Francophonie, devenue "Agence de la Francophonie". Cette date du 20 mars deviendra en 1988 celle de la Journée internationale de la Francophonie.
31 décembre 1975
En France, est adoptée la loi n° 75-1349 du 31 décembre 1975 relative à l'emploi de la langue française, dite "loi Bas-Auriol", qui en impose notamment l'usage dans les domaines du commerce, du travail et de l'audiovisuel. Elle sera abrogée par la "loi Toubon" du 4 août 1994.
26 août 1977
Au Québec, est adoptée la loi 101, établissant une "Charte de la langue française", qui renforce notamment le statut du français dans la Province.
10 novembre 1978
L'Assemblée générale des Nations unies reconnaît à l'Agence de coopération culturelle et technique le statut d'observateur (résolution 33/18).
1er mai 1979
L' "Association internationale des maires et responsables des capitales et métropoles partiellement ou entièrement francophones" (AIMF) est créée à l'initiative du maire de Paris Jacques Chirac.
17-19 février 1986
Sommet de Versailles et Paris. A l'invitation du Président François Mitterrand, une Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement ayant en commun l'usage du français se réunit en France.
Placée sous le signe de la solidarité, la Conférence retient quatre domaines essentiels de coopération multilatérale : le développement (agriculture et énergie) ; les industries de la culture et de la communication ; les industries de la langue ; l'information scientifique ; le développement technologique, y compris la recherche.
2-4 septembre 1987
Sommet de Québec. A l'occasion de ce deuxième sommet francophone, les chefs d'Etat et de gouvernement définissent cinq secteurs d'activité prioritaires : l'agriculture ; l'énergie ; la culture et les communications ; l'information scientifique et le développement technologique ; les industries de la langue. La création d'un Institut de l'énergie est décidée (IEPF).
Une "Déclaration de solidarité francophone" est en outre adoptée, qui rappelle les principes de solidarité et les défis que les francophones entendent relever.
Par ailleurs, les chefs d'Etat et de gouvernement décident d'un rythme bisannuel pour leurs rencontres et adoptent le logo du Sommet de Québec comme couleurs officielles des sommets francophones.
Enfin, le Sommet décide d'instituer des "Jeux de la Francophonie", événement à la fois sportif et culturel.
24-26 mai 1989
Sommet de Dakar (Sénégal). Il s'agit du premier sommet francophone à se dérouler en terre africaine et notamment dans le pays natal de l'ancien président sénégalais Léopold Sédar Senghor, à l'origine de l'idée d'une communauté francophone.
La Conférence consacre l'essentiel de ses travaux aux questions d'éducation et de formation, qualifiées de "domaine stratégique d'intervention" (Déclaration de Dakar). La création de l'Université internationale francophone Senghor d'Alexandrie est décidée.
Pour sa part, la France annonce qu'elle efface la dette publique qui lui est due par les pays d'Afrique les plus pauvres, en renonçant au remboursement de ses créances sur 35 Etats africains, soit environ 16 milliards de francs.
Juillet 1989
Les premiers "Jeux de la Francophonie", organisés à Casablanca et Rabat (Maroc), réunissent 1 800 participants venus de 30 pays.
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1990-2005 : un tournant politique et institutionnel
Essentiellement consacrée à la coopération culturelle et économique, la Francophonie connaît dans les années 1990 un tournant politique et institutionnel.
19-21 novembre 1991
Sommet de Chaillot (Paris). La quatrième rencontre des chefs d'Etat et de gouvernement ayant en commun l'usage du français décide une importante réforme des institutions francophones : une Conférence ministérielle composée des ministres chargés de la Francophonie se réunira désormais à mi-parcours entre deux sommets ; un Conseil permanent composé des représentants des chefs d'Etat et de gouvernement est établi pour préparer et suivre les sommets.
L'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) se voit confirmée dans son rôle d'opérateur principal et de secrétariat de toutes les instances francophones.
25 juin 1992
En France, une révision constitutionnelle (loi constitutionnelle n°92-554) précise dans le texte de la Constitution de la Ve République que "la langue de la République est le français" (article 2, alinéa 1er).
16-18 octobre 1993
Sommet de Grand-Baie (Maurice). Le cinquième sommet francophone décide de rebaptiser cette instance "Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement ayant le français en partage", en remplacement de la formule antérieure "ayant en commun l'usage du français".
La Conférence reconnaît que l'économie est l'un des éléments indissociables de la culture des peuples et précise les modalités de la coopération économique entre les membres. Une résolution sur l'exception culturelle au GATT est adoptée, dans laquelle les chefs d'Etat et de gouvernement francophones "conviennent d'adopter ensemble, au sein du GATT, la même exception culturelle pour toutes les industries culturelles, cette disposition constituant un moyen efficace pour maintenir une forte production culturelle francophone".
4 août 1994
En France, est adoptée la loi n°94-665 relative à l'emploi de la langue française, dite "loi Toubon".
Elle affirme que la langue française est "un élément fondamental de la personnalité et du patrimoine de la France", "la langue de l'enseignement, du travail, des échanges et des services publics", ainsi que "le lien privilégié des Etats constituant la communauté de la francophonie". Actualisant et renforçant la législation de 1975, cette loi précise les conditions dans lesquelles l'emploi du français est obligatoire, sous peine de sanction, notamment dans les domaines de la consommation, de l'éducation, du travail, de l'audiovisuel et des manifestations culturelles et professionnelles.
2-4 décembre 1995
Sommet de Cotonou (Bénin). Le sixième sommet francophone exprime une volonté d'affirmation politique de la communauté francophone sur la scène internationale.
Les chefs d'Etat et de gouvernement ayant le français en partage entreprennent une importante réforme institutionnelle, afin de donner une présence et une visibilité accrues à la Francophonie : un Secrétariat général de la Francophonie sera institué ; l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) deviendra l' "Agence de la Francophonie", placée sous la responsabilité d'un administrateur-général ; la Charte de l'ACCT, révisée, deviendra la "Charte de la Francophonie". Par ailleurs, après "l'Appel de Cotonou" lancé par le Président Jacques Chirac, le Sommet s'engage à "promouvoir un espace francophone dans le domaine des nouvelles technologies de l'information et de la communication" (Déclaration de Cotonou).
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