Il y a une parole des princes et il y a une paroles des gueux. Celle des princes est comme une chambre où il n’y aurait rien et où en même temps tout serait plein, rempli à ras bords. C’est une parole qui est sourde de suffire à elle-même. Celle des gueux, au contraire, contient en elle assez de vide, d’espace, de silence, pour que le premier venu s’y faufile et y découvre son bien. C’est une parole qui laisse en elle une place à l’autre, qui rend possible la venue d’autre chose qu’elle-même. Vous savez : la vielle tradition de disposer sur la table une assiette en plus pour un visiteur imprévu, étranger. Ce sont ces paroles-là que j’aime. C’est à ces tables que je mange le mieux.
Il y a une parole des princes et il y a une paroles des gueux. Celle des princes est comme une chambre où il n’y aurait rien et où en même temps tout serait plein, rempli à ras bords. C’est une parole qui est sourde de suffire à elle-même. Celle des gueux, au contraire, contient en elle assez de vide, d’espace, de silence, pour que le premier venu s’y faufile et y découvre son bien. C’est une parole qui laisse en elle une place à l’autre, qui rend possible la venue d’autre chose qu’elle-même. Vous savez : la vielle tradition de disposer sur la table une assiette en plus pour un visiteur imprévu, étranger. Ce sont ces paroles-là que j’aime. C’est à ces tables que je mange le mieux. Christian Bobin