La musique était-elle , pour Proust, l’art le plus subtil, le plus universel, le plus sublime ?

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Marcel Proust a toujours éprouvé une fascination pour la musique.  La musique est en effet pour Proust, l’art le plus subtil, le plus universel, le plus sublime.  Fasciné par la beauté de la langue française et par la musique, l’auteur nous fait part d’un voyage littéraire et musical hors du temps, notamment au travers de la « Sonate de Vinteuil ».

Ainsi dans À la recherche du temps perdu Proust évoque de nombreuses fois la musique :

(III, page 258) :

« si la Musique n’était pas l’exemple unique de ce qu’aurait pu être – s’il n’y avait pas eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées – la communication des âmes. »

(I, page 349).

« Swann tient les motifs musicaux pour de véritables idées, d’un autre monde, d’un autre ordre, idées voilées de ténèbres, inconnues, impénétrables à l’intelligence, mais qui n’en sont pas moins parfaitement distinctes les unes des autres, inégales entre elles de valeur et de signification. »

(I, pages 349-351).

« Il  savait que le souvenir même du piano faussait encore le plan dans lequel il voyait les choses de la musique, que le champ ouvert au musicien n’est pas un clavier mesquin de sept notes, mais un clavier incommensurable, encore presque tout entier inconnu, où seulement çà et là, séparées par d’épaisses ténèbres inexplorées, quelques-unes des millions de touches de tendresse, de passion, de courage, de sérénité, qui le composent, chacune aussi différente des autres qu’un univers d’un autre univers, ont été découvertes par quelques grands artistes qui nous rendent le service, en éveillant en nous le correspondant du thème qu’ils ont trouvé, de nous montrer quelle richesse, quelle variété, cache à notre insu cette grande nuit impénétrée et décourageante de notre âme que nous prenons pour du vide et pour du néant.»

Et le plaisir que lui donnait la musique et qui allait bientôt créer chez lui un véritable besoin, ressemblait en effet, à ces moments-là, au plaisir qu’il aurait eu à expérimenter des parfums, à entrer en contact avec un monde pour lequel nous ne sommes pas faits, qui nous semble sans forme parce que nos yeux ne le perçoivent pas, sans signification parce qu’il échappe à notre intelligence, que nous n’atteignons que par un seul sens.

 

 « Chaque artiste semble le citoyen d’une patrie inconnue, oubliée de lui-même, différente de celle d’où viendra, appareillant pour la Terre, un autre grand artiste».

 

Dans la musique de Vinteuil, il y avait ainsi de ces visions qu’il est impossible d’exprimer et presque défendu de contempler, puisque, quand au moment de s’endormir on reçoit la caresse de leur enchantement, à ce moment même, où la raison nous a déjà abandonnés, les yeux se scellent et, avant d’avoir eu le temps de connaître non seulement l’ineffable mais l’invisible, on s’endort.

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    Marcel Proust a toujours éprouvé une fascination pour la musique, sujet d’admiration mais aussi modèle dans la conception de sa propre écriture, qu’il transpose dans nombre de ses ouvrages.

    Proust expose sa vision personnelle de la musique. Pour lui, le thème musical est une véritable idée qu’exprime le compositeur et il permet l’accès à un univers éternel, inaccessible à l’intelligence mais bien réel : celui de l’art qui dure, contrairement à l’amour. Swann comprend donc enfin que son amour ne renaîtra jamais. Cette idéalisation esthétique est très importante dans l’univers proustien et est à rapprocher de l’épisode de la madeleine bien que ce dernier soit beaucoup plus développé.

    Selon l’auteur et biographe André Durand, pour Marcel Proust, « la musique est l’art le plus subtil, le plus universel ». Evoquée à plusieurs reprises dans La recherche du temps perdu, la Sonate de Vinteuil – œuvre fictive pour violon et piano – exerce un rôle majeur sur la psychologie des personnages. Mais, c’est dans Un amour de Swann  – deuxième partie Du côté de chez Swann – qu’elle emprunte ce caractère si singulier, sorte d’idéal esthétique qui active et bouscule l’imaginaire.

    C’est notamment lors de la rencontre entre Charles Swann et Odette de Crécy, durant laquelle la sonate de Vinteuil est jouée, qu’elle provoque chez Swann un amour inconditionnel pour Odette. « Une petite phrase » répétitive, seulement 5 notes, qui vient transcender la relation de ces deux personnages jusqu’à en devenir « l’air national de leur amour » écrit l’auteur.

    La vie de Marcel Proust, comme le prouvent son œuvre et sa correspondance, est emplie de musique : Proust écouta Pelléas et Mélisande au théâtrophone, il fût à la première du Sacre du printemps de Stravinsky. Il faisait venir le quatuor Poulet en plein milieu de la nuit pour lui jouer du Beethoven. S’il était germanophile (Beethoven et surtout Wagner), Proust avait un faible pour la musique française. De ce point de vue, sa palette musicale était conséquente, de Fauré à Ravel en passant par des compositeurs aujourd’hui méconnus tels qu’Edmond de Polignac ou Léon Delafosse.

    Il aimait aussi la musique légère (celle qu’il qualifiait de « mauvaise musique ») et n’hésitait pas à écouter les chansonniers tels Mayol ou Yvette Guilbert.

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