En 1915, Raymond Bonnefous, étudiant en médecine, part pour la guerre, où il passera près de quatre ans dans l'enfer des tranchées, aux postes de secours où défile l'effarant cortège de blessés et de mutilés. Avec les autres médecins, dont ses amis Morin et Declercq, souvent au péril de leur propre vie, ils tentent de soulager la souffrance qui afflue vers eux. Mais aussi de l'oublier…
Car ces « garçons d'avenir » ont envie de vivre. Employant leurs moments de liberté à monter à cheval, à s'amuser à Paris, à revoir leurs proches, à aimer aussi, ils s'acharnent à renouer les fils de leur existence d'avant-guerre sans cesser de s'ouvrir à de nouvelles expériences. Ainsi, au mépris de tout, Bonnefous et Declercq se lancent dans une singulière relation avec la fraîche et lucide Zouzou : derniers instants d'insouciance d'une génération qui voudrait prolonger un monde en train de disparaître.
De l'horreur des combats quotidiens surgissent des êtres capables de trouver néanmoins une forme de bonheur. Paradoxe qui fait de ce texte magistralement écrit, solidement documenté, un des plus beaux romans consacrés à la Grande Guerre et à ceux qui tentèrent malgré tout d'y demeurer des hommes.
Né en 1955, Mo Yan est désormais un écrivain universellement reconnu. Une dizaine de ses romans sont traduits en français et publiés au Seuil dont Beaux seins, belles fesses (2004), Le maître a de plus en plus d'humour (2005), Le Supplice du santal (2006), Quarante et un coups de canon (2008) et La Dure Loi du karma (2009).
« La tante était une grande bavarde, et nous aimions bien l'entendre conter. Quand elle eut fini ses nouilles, elle s'adossa contre le mur, s'assit de profil sur le bord de notre kang et ouvrit sa boîte à parole. Elle s'était rendue dans un nombre incalculable de foyers, elle avait fait la connaissance de toutes sortes de gens et entendu des tas d'anecdotes plaisantes ; en les racontant à son tour, elle ne se privait pas d'y ajouter ses propres ingrédients, si bien que ces récits étaient aussi captivants que ceux des conteurs. » Disciple maladroit d'un écrivain japonais notoire, Chen le Pied dit Têtard entreprend de raconter à son maître l'histoire de sa tante, une gynécologue et obstétricienne de talent inspirée dans l'exercice de sa profession. « Depuis le 4 avril 1953, date où elle accoucha une femme pour la première fois, jusqu'au premier jour de l'an passé, elle aurait, selon ses dires, aidé à la naissance de dix mille enfants. » De l'hostilité d'une commune populaire face aux nouvelles techniques d'accouchement à la mise en place du planning familial, des années Mao à l'époque contemporaine, des campagnes d'avortements forcés à la vasectomie obligatoire pour les hommes dont les épouses ont eu plus de trois enfants, Mo Yan déploie dans son dernier roman une grande richesse expressive et thématique. L'aisance avec laquelle s'effectue le passage de l'individuel au général, l'équilibre des anecdotes et l'omniprésence d'un l'humour corrosif auréole cette œuvre d'un message qui acquiert une universalité, qui l'étire au-dessus de la polémique et lui confère une valeur durable.
À la mort de Sergueï Matchaiev, ses trois enfants, Pierre, Anne et Joshua, héritent de la maison paternelle en Bourgogne, dernier témoin d'une histoire familiale mouvementée, à l'image des romans russes que Sergueï leur lisait dans leur enfance. Ils ont entre vingt et trente ans. Ils vivent à Paris. Faut-il garder cette « maison d'un pendu » ou la vendre ? Que faire de ces souvenirs à la fois très doux et trop lourds ?
Les enfants Matchaiev sont marqués par le poids de la honte, insidieusement mêlé à celui de la différence culturelle et sociale. Un héritage complexe lié à la langue, aux traditions, aux cicatrices de l'Histoire. Un héritage encombrant qui entraîne de leur part révolte et revendications.
Paradoxalement, c'est par une approche ludique, pleine de vivacité, d'humour et de tendresse, en prise directe avec les affres et les joies d'une jeune génération en quête d'identité, que Stanislas Wails, à la manière du Vereker d'Henry James, ou du Grifalconi de Georges Perec, tisse une trame romanesque réaliste et imaginative, incitant à la réflexion et à la rêverie.
Stanislas Wails est né à Paris en 1973. Après des études de Lettres, il apprend l'arabe et part deux ans à l'ombre des pyramides égyptiennes. De retour en France, il gravit les marches du 7e art, d'accessoiriste à scénariste, de conseiller musical à régisseur… Et il travaille comme assistant-réalisateur sur les films de Tsaï Ming-liang ou Alain Resnais.
La maison Matchaiev est son premier roman.
Léna est née dans le Grand Nord sibérien, elle aime plus que tout la brume, la neige, l'attente et l'immobilité qui n'ont ni couleurs ni frontières. Son mari Vassia, pilote dans l'armée de l'air, n'a qu'un rêve, poursuivre la grande épopée soviétique de l'espace dont Gagarine fut le héros et qui reste l'immense fierté du peuple russe.
Comment acclimater leur nature profonde, leurs sentiments et leur vision du monde si différents en ces temps incertains de la perestroïka qui voit s'effondrer leur univers ?
Un étonnant premier roman où tout est dit de l'âme russe, paysans dans leurs kolkhozes, exilés dans la taïga, citadins entassés dans leurs appartements communautaires, qui tous ont pour ligne d'horizon l'envol et la conquête spatiale comme un Eldorado collectif et puissant.
Virginie Deloffre est médecin à Paris. Depuis l'enfance, elle est fascinée par la Russie, le Grand Nord et la glace.
Un père qui déclare que sa vie est un roman et demande à son fils de l'écrire.
Mais comment écrire, après sa mort, si Abdelkader Magoudi n'a rien raconté, et laissé si peu de traces ?
À la découverte de cette vie romanesque restée sans mots, Ali Magoudi, psychanalyste et écrivain, se retrouve plongé dans une enquête vertigineuse qui le mène des archives de l'administration française à la Pologne et l'Algérie, du début du XXe siècle à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Sa recherche révèle des pistes inimaginables. Qui nouent le silence du père à la grande Histoire et sondent les mystères de toute identité.
Ali Magoudi, psychanalyste, est l'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels, Les Rendez-vous. La psychanalyse de François Mitterrand (Maren Sell, 2005).
Né en 1978 à Addis-Abeba, Dinaw Mengestu a fui à deux ans l'Ethiopie avec sa famille pour s'installer aux Etats-Unis. Prix du meilleur premier roman étranger pour Les Belles Choses que porte le ciel, il a été sélectionné comme l'un des vingt meilleurs écrivains de moins de quarante ans par le New Yorker.
« La période où ils s'étaient fréquentés avait été courte et extraordinaire. Pour la plus grande part, elle s'était déroulée sur fond de discours incendiaires et fréquents échanges de tirs durant les derniers jours d'une monarchie, période que ceux qui étaient trop jeunes pour en apprécier les enjeux avaient surnommée la fin de l'Histoire. Il était facile de tomber amoureux en pareilles circonstances et on aurait d'ailleurs pu dire que ceux qui n'étaient pas en train de mourir ou de croupir en prison passaient leur temps à baiser ou à tomber amoureux dans les bars ou les motels de la capitale. […] Vu les enjeux, il était facile de se donner à une autre personne. Offertes simplement et sans hésitation, les déclarations d'amour se propageaient partout dans la capitale. » Séparés par la révolution éthiopienne, Yosef et Mariam se retrouvent trois ans plus tard aux Etats-Unis et décident d'effectuer leur voyage de noces à Nashville. Entre leurs silences et les bribes de ses propres souvenirs d'enfance, leur fils Jonas s'efforce, trente ans après, de reconstituer leur itinéraire, et à travers lui l'histoire de sa famille qui est aussi la sienne. Riche en couleur et imprégné d'un souffle très vaste, Ce qu'on peut lire dans l'air, bien qu'il emprunte une forme réaliste, est parfois teinté d'idéalisme ; cela ressort d'autant mieux de l'intrigue qu'elle est intimement liée à l'histoire du narrateur. Dinaw Mengestu épouse le rythme cahotant, tantôt large et diffus, tantôt précis, des retours de mémoire, puis s'interrompt pour laisser place à d'autres digressions.
Autour d'un phénomène dramatique - les prises d'otages récurrentes au large de la Somalie -, Yasmina Khadra, au sommet de son art, construit un roman éblouissant, qui mêle suspense, récit d'aventures et histoire d'amour enfiévrée.
Médecin à Francfort, Kurt Krausmann mène une existence ordinaire, limitée à ses allers-retours entre son cabinet de consultation et son appartement bourgeois. Jusqu'au drame familial qui va le précipiter dans le désespoir. Afin de l'aider à surmonter son chagrin, son meilleur ami, Hans, un riche homme d'affaires versé dans l'humanitaire, lui propose de l'emmener sur son voilier jusque dans les Comores, pour les besoins d'une bonne cause. Au large des côtes somaliennes, leur bateau est assailli par des pirates. Kurt et Hans sont enlevés puis transférés dans un campement clandestin. Dans leur geôle improvisée, se trouve déjà Bruno, un otage français que tout le monde semble avoir oublié, et qui tente péniblement de concilier sa passion pour le continent africain avec l'angoisse de sa captivité. Une détention à l'issue incertaine, des conditions de vie innommables, une promiscuité dangereuse avec des mercenaires sans pitié, c'est le début d'une descente aux enfers dont personne ne sortira indemne. Mais parce que le drame est propice aux revirements de situation, c'est aussi pour Kurt le début d'une grande histoire d'amour.
En nous offrant ce voyage saisissant de réalisme, qui nous transporte, de la Somalie au Soudan, dans une Afrique orientale aux multiples contradictions - tour à tour effrayante, irrationnelle, sage, fière, digne et infiniment courageuse -, Yasmina Khadra confirme une fois encore son immense talent de narrateur. Construit et mené de main de maître, ce roman décrit la lente et irréversible transformation d'un Européen, dont les yeux vont, peu à peu, s'ouvrir à la réalité d'un monde jusqu'alors inconnu de lui. Un hymne à la grandeur d'un continent livré aux pires calamités.
Le narrateur, apprenti romancier, prend conscience à l'occasion du décès de son grand-père de tout ce qu'il n'a pas su vivre avec lui. Il comprend que le seul moyen de garder l'amour vivant est de cultiver la mémoire des instants heureux. Dans le même temps, frappée par le deuil, sa grand-mère semble perdre la tête. Il assiste aux manœuvres des proches pour la placer en maison de retraite et vendre à son insu son appartement. Ce qu'il n'a pas su vivre avec son grand-père, il décide alors de le vivre avec elle. Il va la voir souvent, parvient à égayer sa solitude, à la faire rire de tout. Mais elle finit par apprendre que son appartement a été vendu, et fait une fugue…
Le narrateur va partir à sa recherche, et la retrouver pour lui offrir ses derniers moments de bonheur. Le hasard lui fait en même temps rencontrer Louise, qu'il va aimer, et qui le quittera. Les souvenirs, nourris de joies, de douleurs et de mélancolie, lui offrent désormais la possibilité d'écrire son roman – et peut-être son avenir.
David Foenkinos nous offre ici une méditation sensible sur le rapport au temps et sur la mémoire. Les rapports entre générations, les sentiments enfouis, les déceptions de l'amour, le désir de créer, la tristesse du vieillissement et de la solitude, tout cela est exprimé avec une grande délicatesse, un humour léger et un art maîtrisé des formules singulières et poétiques.
• Les hommes et les femmes« On peut considérer que ce fut grâce à son mari que madame Izarra rencontra le lieutenant Taïbo. » Car c'est lui, Gustavo Izzara, qui, revenant de vacances un soir d'octobre 1997, appelle la police pour qu'elle vienne constater que sa somptueuse villa de Villanueva avait été cambriolée. Un vol pour le moins étrange puisqu'aucun objet n'a été dérobé et que les intrus, apparemment familiers des lieux, se sont contentés d'habiter la maison en l'absence du couple. Vida Izzara va peu à peu sortir de son silence et dévoiler au lieutenant Taïbo la vérité : Paloma, sa fille unique de 18 ans, s'est évaporée du jour au lendemain avec Adolfo, un mystérieux (dangereux?) jardinier, et elle la soupçonne d'être revenue – par effronterie, insolence, nostalgie ?- hanter la demeure familiale.Les vies d'oiseaux, ce sont celles que mènent ces quatre personnages dont les trajets se croisent sans cesse. Chacun à sa manière, par la grâce d'un nouvel amour, est conduit à se défaire de ses anciens liens – conjugaux, familiaux, sociaux – pour éprouver sa liberté d'exister. Sans plus se soucier d'où il vient ni de là où la vie le mène. Avec Des vies d'oiseaux, Véronique Ovaldé continue à explorer les rapports qui lient les hommes et les femmes.
• Le dernier roman de Véronique Ovaldé a été un succès public (80 000 exemplaires vendus) et critique (grand prix des lectrices de Elle 2010, prix France Télévision 2009, prix Renaudot des lycéens). Des vies d'oiseaux confirme son talent et la place centrale qu'occupe Véronique Ovaldé sur la scène littéraire française.
« Nous n'avions pas besoin de mots pour nous comprendre : un regard suffisait. Sans que je m'en aperçoive, sans que je le décide vraiment, il était devenu, plus que mon ami, mon confident, mon frère : mon âme-sœur. »
Adultère. Anna a beau être divorcée, aimer Sacha éperdument, elle sait que si elle cède à sa passion, elle sera considérée par tous comme une femme adultère. À moins que son ex-mari ne lui accorde enfin le guet, ce divorce religieux juif qui la délivrerait de ses chaînes. Écartelée entre des pulsions amoureuses de plus en plus exigeantes et sa conscience, Anna se heurte sans cesse au poids de traditions qu'elle n'ose transgresser.
Entre lyrisme et ironie poignante, Éliette Abécassis analyse l'histoire d'une passion, d'autant plus fébrile qu'elle est faite d'un mélange d'acceptations et de refus, dessinant le portrait d'une femme tout à la fois libre et enchaînée.
Éliette Abécassis alterne romans intimistes (La Répudiée, Mon père, Un heureux événement, Une affaire conjugale), sagas (Qumran, Le Trésor du Temple, Sépharade) et essais (Petite métaphysique du meurtre, Le Livre des Passeurs, Le Corset invisible). Elle collabore régulièrement à des journaux (Le Monde des Religions, Le Figaro littéraire, Elle) et écrit pour le cinéma (Kadosh, bientôt Un heureux événement).