Proverbes d'amour


L'amour naît à la première vue.- L'amour le plus parfait est le plus malheureux - L'amour fait perdre le repos et le repas.Le mouvement des yeux est le langage des amants - autant de proverbes d'amour connus. Mais connaissez vous l'origine et la signification de ces proverbes sur l'amour ?







Page 1 sur 6 pages.


Les beaux proverbes d'amour


Les proverbes qui expriment des sentiments universels comme l'amour se retrouvent toujours et partout. Ils sont les mêmes chez tous les peuples quant au fond : ils ne varient que dans la forme : d'où l'on peut conclure qu'en général ils n'ont pas été empruntés par un peuple à un autre peuple, mais qu'ils sont nés spontanément chez toutes les nations et dans tous les pays par le seul fait du sens commun.

Proverbes et amour

Il faut aimer pour être aimé. Proverbe rapporté par Sénèque : Si vis amart, ama (Epist. ix), et très bien expliqué dans ce passage de J. J. Rousseau : « On peut résister à tout,  hors à la bienveillance, et il n'y a pas de moyen  plus sûr de gagner l'affection des autres que de  leur donner la sienne. On sent qu'un tendre cœur ne demande qu'à se donner, et le doux sentiment qu'il cherche le vient chercher à son tour. » II y a dans une passion véritable une puissance d'attraction qui finit par triompher, non-seulement de l'indifférence, mais de la haine, et c'est avec raison qu'un grave archevêque de Paris, monseigneur de Péréfixe, a dit : « Le philtre de l'amour, c'est l'amour même. »
Les Italiens ont ce proverbe : Chi non arde non incende. Qui n'est pas en feu n'enflamme point.
Il faut aimer pour être aimé.


C'est trop aimer quand on en meurt. Proverbe que Gilles de Nuits ou des Noyers dius Nuceiïensis), dans son recueil d'Adages français, traduits en vers latins, Adagia gallica a rendu par ce pentamètre : Semper amor nimius dum fera mors sequiiur. Ce proverbe est du moyen âge, où le culte de l'amour pouvait faire des martyrs. Il trouve rarement son application dans notre siècle d'égoïsme. On dit, au contraire, aujourd'hui : Mort d'amour et d'une fluxion de poitrine. Le troubadour Pons de Breuil avait écrit, à ce que nous apprend Nostradamus, un roman jadis trèsgoûté, dont le titre était : Las amors enrabgadas de Andrieu de Fransa : Les amours enragées d'André  de France. » Il se pourrait que le proverbe fût venu d'une allusion au héros de ce roman, mort d'amour pour une reine du pays, et fréquemment cité comme le parfait modèle des amants. Le Romancero espagnol nous offre l'histoire de l'amoureux don Bernaldino, qui disait : « Ma gloire  est à bien aimer, » et qui se tua de désespoir parce que le père de son amie Léonor avait emmené cette belle en pays lointain. Ses vassaux, désolés de sa mort, lui élevèrent un mausolée tout de cristal, où ils gravèrent une épitaphe touchante terminée par ces deux vers :
Aqui esta don Bernaldino Que murio por bien amar. « Ci-gît don Bernaldino, qui mourut pour bien aimer. » Sahid, fils d'Agba, demandait un jour à un jeune Arabe : « A quelle tribu appartiens-tu? — J'appartiens à celle chez laquelle on meurt d'amour. — Tu es donc de la tribu des Arza? — Oui, j'en suis et je m'en glorifie. » Ajoutons que cette tribu, célèbre par son caractère d'amour passionné, a fourni presque tous les noms qui figurent dans un livre ou nécrologe arabe fort curieux, intitulé : Histoire des Arabes morts d'amour.
C'est trop aimer quand on en meurt.


Feindre d'aimer est pire que d'être faux monnayeur. Cette maxime proverbiale est sans doute du temps des Amadis, où le faux amour était plus décrié que la fausse monnaie.
Feindre d'aimer est pire que d'être faux monnayeur


Mieux vaut aimer bergères que princesses. On a voulu chercher une origine historique à ce proverbe, qui est né peut-être de la simple réflexion, et l'on a trouvé cette origine dans l'affreux supplice que subirent deux gentilshommes normands, Philippe d'Aulnai et Gauthier d'Aulnai, son frère, convaincus d'avoir eu, pendant trois ans, un commerce adultère avec les princesses Marguerite et Blanche, épouses de Louis et de Charles, fils de Philippe le Bel. Les chroniques en vers de Godefroy de Paris (Manuscrits de la Bibliothèque impériale, n° 6,812) nous apprennent que les deux coupables furent écorchés vifs, traînés, après cela, dans la prairie de Maubuisson tout fraîchement fauchée, puis décapités et pendus par les aisselles à un gibet. Quant aux deux princesses, elles furent honteusement tondues et incarcérées. Marguerite fut étranglée dans la suite au château Gaillard, par ordre de son époux, Louis le Hutin, qui voulut se remarier en montant sur le trône. Blanche languit dans une longue captivité.
Mieux vaut aimer bergères que princesses


Aimer à la franche marguerite. Cette locution, employée pour dire être dans une disposition d'amour pleine de sincérité et de confiance, fait allusion à une superstition amoureuse bien connue dans les campagnes, et que je vais expliquer.
Telle est la disposition du cœur de l'homme que, dans toutes les passions qu'il éprouve, il ne saurait jamais s'affranchir d'une sorte de'superstition. On dirait que, ne trouvant dans le monde réel rien qui réponde pleinementaux besoins d'émotion et desympathie produits par l'exaltation de son être, il cherche à âtendre ses rapports dans un monde merveilleux. C'est surtout dans l'amour que se manifeste cette disposition. L'amant est curieux, inquiet, il veut pénétrer l'avenir pour lui arracher le secret de sa destinée. Il rattache ses craintes et ses espérances à toutes les pratiques mystérieuses que son imagination lui fait croire capables de changer la volonté du sort et de la disposer en sa faveur. Il veut trouver dans tous les objets de la nature des assurances contre les craintes dont il est assiégé. Il les interroge sur les senliments de celle qu'il adore. Les fleurs, qui lui présentent son image, lui paraissent surtout propres à révéler l'oracle de l'amour. Lorsqu'il va rêvant dans la prairie, il cueille une marguerite, il en arrache les pétales l'un après l'autre, en disant tour à tour : « M'aime-t-elle? — pas du tout, — un peu, beaucoup, — passionnément, » dans la persuasion que ce qu'il tient à savoir lui sera dit par celui de ces mots qui coïncidera avec la chute du dernier pétale. Si ce mot est pas du tout, il gémit, il se désespère ; si c'est passionnément, il s'enivre de joie, il se croit destiné à la suprême félicité, car la marguerite est trop franche pour le tromper.
Les amoureux villageois emploient aussi la plante vulgairement appelée pissenlit pour savoir s'ils sont aimés. Ils soufflent fortement sur les aigrettes duveteuses de cette plante, et s'ils les font toutes envoler d'un seul coup, c'est un signe certain qu'ils ont inspiré un véritable amour. Les bergers de Sicile, comme on le voit dans la troisième idylle de Théocrite, se servaient d'une feuille de la plante que ce poête nomme télêphilon (espèce de pavot). Ils la pressaient entre leurs doigts de manière à la faire claquer; car ils regardaient ce claquement comme un heureux présage que leur tendresse ne pouvait manquer d'être payée de retour. Les jeunes paysans anglais, lorsqu'ils aiment, ont soin de porter dans leur poche des boutons d'une certaine plante qui sont appelés, en raison d'un tel usage : bachelor's buttons (boutons de jeunes gens), persuadés que la manière dont ces boutons s'ouvrent et se flétrissent dpit leur faire connaître s'ils réussisiront ou non auprès de l'objet de leur passion. Shakspeare a rappelé cette coutume dans les Jogeuses Bourgeoises de Windsor (act. III, se. H).
Aimer à la franche marguerite


S'aimer comme Robin et Marion S'aimer d'un amour tendre et fidèle. Il y a une espèce de pastorale du douzième siècle, le Jeu du Berger et de la Bergère, par Adam de la Halle, où Robin et Marion sont représentés comme les parfaits modèles des amants. Le chevalier Aubert, épris de Marion, l'accoste en lui demandant pourquoi elle répète souvent et avec tant de plaisir le nom de Robin.Elle répond : « C'est que j'aime Robin et que Robin m'aime. » II lui déclare qu'il l'aime aussi, qu'elle serait plus heureuse avec lui, et il cherche à la séduire par les plus belles promesses. Voyant enfin qu'il ne peut y réussir, il veut l'enlever. Mais elle résiste, et il est forcé de la laisser aller vers son cher Robin, avec qui l'auteur nous la montre échangeant les plus doux témoignages d'une tendresse mutuelle.
Cette pièce, que les jongleurs jouaient et chantaient dans les festins publics, entre les mets ou après les mets, a sans doute donné lieu à l'expression proverbiale : s'aimer comme Robin et Marion, ainsi qu'à cette autre expression analogue : être ensemble comme Robin et Marion, c'est-à-dire en parfaite intelligence.
S'aimer comme Robin et Marion


On ne peut aimer et être sage tout ensemble. C'est un apophtegme que Plutarque, dans la Vie d'Agésilas, attribue à ce grand capitaine. Il s'explique parle proverbe : Omnis amans amens, — tout amant est fou. Les Latins disaient encore qu'aimer et être sage à la fois était à peine possible à un dieu. Âmare et sapcre vix deo conceditur. (P. Syrus.)
On ne peut aimer et être sage tout ensemble.


Aimer n'est pas sans amer. Ou plus simplement aimer est amer. Ce jeude mots était un vrai calembour dans l'ancien temps, où l'on disait amer pour aimer. Le sens est suffisamment expliqué par cette apostrophe à l'amour tirée des Stances sur le déplaisir d'un départ, partie FV, liv. xi du roman d'Astrée. Que nos sages Gaulois savoient bien ta coustume, Lorsque, pour dire aimer, ils prononçoient amer! Amers sont, bien tes fruits, et pleines d'amertume Sont toutes les douceurs qu'on a pour bien aimer.
Aimer n'est pas sans amer


Qui ne sait pas celer ne sait pas aimer. Le mystère est nécessaire à l'amour, et il ajoute beaucoup à la vivacité de cette passion, dont il est la preuve. Ce proverbe est traduit du texte latin, qui non celai amare non potest, qui forme le second des trente et un articles du Code d'amour, qu'on trouve dans l'ouvrage intitulé : Livre de l'art d'aimer et de la réprobation de l'amour, par maître André, chapelain de la cour royale de France, vers 1176.
« L'amour aime de sa nature tellement le secret et le mystère, qu'on peut dire que tout ce qui n'est ni secret ni mystérieux n'est point amour. » (Mademoiselle de Scudéry.)
Qui ne sait pas celer ne sait pas aimer


Aimer mieux de loin que de près. Expression qui a beaucoup de rapport avec ce vers qu'Alcyone adresse à Céyx, dans les Métamorphoses d'Ovide fliv. XI, fab. xi) : . Jam via longa placet, jam sum tibi carior absens. Il est bien vrai qu'on aime mieux certaines personnes lorsqu'on n'est plus auprès d'elles, celles surtout qui sont d'un caractère peu conciliant, parce que leurs défauts, rendus moins sensibles et presque effacés par l'éloignement, ne contrarient plus la tendre impulsion du cœur, d'où le proverbe russe : Ensemble à charge, séparés, supplice, proverbe qui peut avoir été suggéré par ce joli vers latin : Nec possttm tecum vivere, nee sine te. Je ne puis vivre avec toi ni sans toi. Mais ce n'est pas là ce qu'on entend d'ordinaire quand on dit aimer mieux de loin que de près. Cette phrase n'a pas été faite pour exprimer ce que madame de Sévigné appelle si heureusement les unions de l'absence, et elle ne s'emploie guère que pour signifier qu'on ne se soucie point d'avoir un commerce assidu avec une personne.
Aimer mieux de loin que de près


Qui bien aime tard oublie. Un sentiment vif et sincère laisse dans le cœur qui l'éprouve un souvenir qui dure longtemps. Ce proverbe usité en langue romane, qui ben ama tari oblida, est passé dans plusieurs autres langues, et, ce flui est assez curieux, il a été employé en vieux français par Chaucer, poête anglais du quatorzième siècle, dans son poëme intitulé : The Assemble of foule (st. 97). Hom ki bien aime tart ublie.
Qui bien aime tard oublie


II fait bon voir vaches noires en bois brûlé, quand on aime Les amants se plaisent à bercer leur tendre rêverie de félicités imaginaires ; « il faict bon voir vasches noyres en boys bruslé, quand on jouit de ses amours. » (Rabelais, liv. II, c. xii.) Voir vaches noires en bois brûlé est une locution qui signifie se forger d'agréables chimères, poursuivre de douces illusions, comme font les vachers lorsque, placés devant leur feu, ils rêvent au bonheur d'avoir de bonnes vaches noires, réputées meilleures laitières que les autres, et croient les voir apparaître avec leurs mamelles pendantes dans les figures fantastiques que les tisons en se consumant offrent à leurs yeux. Les vaches noires en bois brûlé sont les châteaux en Espagne des vachers.
Il fait bon voir vaches noires en bois brûlé, quand on aime


Qui aime vilement s'avilit. Proverbe traduit du roman qui ama vilmen si eis vihis. Il exprime une opinion qui régnait aux époques chevaleresques et qui interdisait à tout gentilhomme de choisir pour son épouse ou pour sa dame une femme issue de basse condition. Cette mésalliance, réputée honteuse et avilissante, surtout dans le mariage, exposait celui qui l'avait contractée à une pénalité dégradante que les autres nobles lui infligeaient. Saint-Foix cite, à ce sujet, dans ses Essais historiques sur Paris, le passage suivant d'un écrit du roi René : « Un gentilhomme qui se rabaissoit par «mariage, et qui se marioit à une femme roturière et non noble, devoit subir la punition, qui étoit qu'en plein tournoi tous les autres seigneurs,  chevaliers et écuyers, se devoient arrêter sur lui et  tant le battre qu'ils lui fissent dire qu'il donnoit cheval et qu'il se rendoit. »
Qui aime vilement s'avilit


Un cheveu de ce qu'on aime tire plus que quatre bœufs.
Proverbe pris d'une ancienne chanson et employé pour marquer l'empire que peut exercer une femme sur les volontés de l'homme qui l'adore. Il y a dans l'Anthologie grecque de Planude (vu, 59) une épigramme de Paul le Silentiaire, où un amant dit que sa Boris l'a attaché avec un cheveu de sa blonde tresse et que ce lien, qu'il se flattait de rompre avec facilité, est devenu une chaîne d'airain contre laquelle tous ses efforts sont impuissants. « 0 malheureux « que je suis ! s'écrie-t-il, je ne suis lié que par un « cheveu, et ma Doris me mène ainsi comme elle veut! »
Nous disons encore : On tire plus de choses avec nti cheveu de femme qu'avec six chevaux bien vigoureux* Ce qui signifie que l'entremise d'une belle dans une affaire est un des plus puissants moyens de succès.
Les Persans disent dans un sens analogue : Celui qui est aimé d'une belle femme est à l'abri des coups du sort. — Rapprochons de cela cet autre proverbe : Une belle solliciteuse vaut bien une bonne raison ; c'est à-dire une belle solliciteuse obtient tout ce qu'elle veut. Et comment résister à une femme aimable qui vous implore, qui a des regards ravissants, des souris gracieux, des paroles pleines de charme, des mains blanches qui vous pressent et des baisers qui vous enivrent! il n'y a pas moyen de s'en tirer autrement que par la réponse que M. de Galonne, minisire, fit à une princesse charmante qui lui recommandait une affaire : « Madame, si la chose est possible, elle est déjà faite, et si elle est impossible, elle se fera. »
Un cheveu de ce qu'on aime tire plus que quatre bœufs


Un peu d'absence fait grand bien. Les personnes qui s'aiment se revoient avec plus de plaisir après une courte séparation. Le sentiment affaibli par l'habitude d'être ensemble se retrempe dans l'absence. « L'imagination, dit Montaigne, embrasse plus chauldement et plus continuellement ce « qu'elle va querir que ce que nous touchons. « Comptez vos amusements journaliers, vous trou« verez que vous estes le plus absent de votre ami « quand il vous est présent. Son assistance relasche votre attention et donne liberté à votre pensée de « s'absenter à toute heure, pour toute occasion. » (Ea., m, ix.)
Les deux passages suivants de Saady offrent une explication plus sensible : « Ahuhurra allait tous  les jours rendre ses devoirs à Mahomet, à qui Dieu « veuille être propice! Le prophète lui dit : Abuhurra, « viens me voir plus rarement, si tu veux que notre « amitié s'accroisse, de trop fréquentes visites lui seraient trop promptement. » Un plaisant disait : « Depuis le temps qu'on vante « la beauté du soleil, je n'ai jamais ouï dire que per« sonne en soit devenu plus amoureux. — C'est, « répondit-on, parce qu'on le voit tous les jours. « excepté en hiver, où il se cache quelquefois sous « les nuages. Mais alors même on en connaît mieux « le prix. » Un amant dit à sa maîtresse dans une épigramme d'Owen : Sol fugitiir prxsens, idemque requirltur absens : Quam similis sali est, Nœvia, nosler amor! « On fuit le soleil présent, on le cherche absent. 0 Névia, combien noire amour ressemble au soleil. » Raynouard parle d'un manuscrit où est discutée cette question : « Laquelle est plus aimée, ou « la dame présente ou la dame absente? Qui induit « le plus à aimer, ou les yeux ou le cœur? » Celle question, ajoute-t-il, fut soumise à la décision de la cour d'amour de Pierrefeu et de Signe, mais l'histoire ne nous apprend pas quelle fut la décision. Le silence de l'histoire fait supposer celui clé la cour d'amour. Les dames siégeant à ce tribunal sentirent sans doute qu'il valait mieux se taire que de prononcer sur une question qu'elles ne pouvaient résoudre sans se placer dans une alternative nuisible à leurs intérêts ; car, en décidant pour la présence ou pour les yeux, elles eussent donné à leurs amants une sorte de droit d'avoir toujours les yeux sur elles, ce qui serait devenu incommode et compromettant sous plusieurs rapports, et, en accordant gain de cause à l'absence ou au cœur, elles se fussent exposées à ne jouir que par passades de leurs adorateurs changés en chevaliers errants : situation incompatible avec les sentiments des femmes qui sont toujours plus jalouses d'être aimées de prés que de loin.
Quoi qu'il en soit, les personnes qui sentent l'amour prêt à les quitter et qui désirent retenir ce volage, ne sauraient mieux faire que de le soumettre, pendant quelque temps, au régime fortifiant de l'absence, car l'absence est un moyen de se rapprocher, comme dit un proverbe turc. Une fois séparées par l'espace, elles se toucheront de plus près par le cœur. Il y avait répulsion à proximité, il y aura attraction à distance. Ce sont là deux phénomènes dépendants de plusieurs causes fort naturelles. La plus générale, c'est que les amants dépareillés par la séparation passent d'un état de satiété qui alanguissait leurs désirs à un état de privation qui les excite. L'éloignement produit d'ailleurs dans l'amour le même effet que la perspective, où il prête aux objets une apparence plus agréable en les montrant sous des formes arrondies qui font disparaître leurs aspérités. Il ne laisse plus voir l'objet aimé que par les côtés séduisants : les défauts cessent d'être aperçus, les qualités se présentent sans ombre, elles s'embellissent au gré de l'imagination et du sentiment, elles se transforment en idéalités poétiques, et le rêve doré des premières amours recommence.
Il ne faut pas croire pourtant que l'absence ait une influence vivifiante sur toutes les passions. Elle augmente les grandes et diminue les petites. On connaît ce distique proverbial qui a survécu à d'autres vers du comte de Bussy-Rabutin, son auteur : L'absence est à l'amour ce qu'est au feu le vent : ll éteint le petit, il allume le grand. Il parait avoir été pris de cette pensée de la Rochefoucauld : « L'absence diminue les médiocres passsions et augmente les grandes, comme le vent éteint les bougies et allume le feu. » La Rochefoucauld passe pour avoir tiré sa pensée de la réflexion suivante de saint François de Sales, qu'il s'est appropriée en l'appliquant à l'absence : « Ce sont les grands feux qui s'enflamment au vent, « mais les petits s'éteignent si on ne les met à couvert. » (Introd. à la vie dévote, part. III, ch. xxxm.) La comparaison était connue et probablement populaire avant ces trois auteurs, et les trois manières dont ils l'ont employée ne sont que des variantes de la maxime persane que voici : « Les obstacles abattent les âmes vulgaires, tandis qu'ils exaltent celles des héros, semblables à un vent impétueux qui  éteint les flambeaux et allume les incendies.
Un peu d'absence fait grand bien


L'absence est l'ennemie de l'amour. « L'absence, dit un écrivain anglais, tue l'amant ou l'amour. » Il s'agit ici de l'absence prolongée et non de l'absence passagère, car celle-ci agit sur l'amour à l'inverse de Un peu d'absence fait grand bien. La longue absence l'éteint et la courte absence le rallume. Il en est de l'absence comme de la diète, qui est nuisible ou salutaire au malade, selon qu'il y a excès ou mesure dans sa durée.
L'absence est l'ennemie de l'amour


L'absence est pire que la mort. L'absence cause plus de souffrances que la mort aux personnes sensibles, qui quelquefois aiment mieux cesser de vivre que de continuer de vivre dans l'éloignement de l'objet de leur affection. Un distique du chevalier Vatan donne, par un sophisme ingénieux, une autre explication de ce lieu commun proverbial, si fréquemment et si longuement développé dans toutes les correspondances épistolaires des amants condamnés par le sort barbare à gémir, éloignés l'un de l'autre. De deux amants la mort ne fait qu'un malheureux, C'est celui qui survit ; mais l'absence en fait deux.
L'absence est pire que la mort


Loin des yeux et loin du cœur. Proverbe pris du vers suivant de Propercc, liv. III, 616g. 21. :Quantum oculis anima tam proctil ibit amor. Il s'explique très-bien par cet autre proverbe qu'on trouve dans le troubadour Peyrols : Coroblida qu'elhs no ve. Cœur oublie ce qu'œil ne voit. Un bel esprit, écrivant à un voyageur qui se plaignait d'être loin des beaux yeux de la dame de ses pensées, lui rappelait le proverbe et ajoutait plaisamment : « Ce proverbe s'est toujours accompli à Paris comme un arrêt du destin contre les absents. « Hâtez-vous donc d'oublier la maîtresse que vous y a laissée, car il est bon de prévenir les infidèles. »
Loin des yeux et loin du cœur


Le cœur ne vieillit pas. Pour signifier que le cœur, chez les personnes âgées, n'éprouve pas toujours le refroidisscrrïenl que la vieillesse communique aux autres organes, qu'il conserve une certaine chaleur de sentiment, qu'il est quelquefois sujet à s'enflammer d'amour et qu'il ne doit pas être considéré comme une propriété assurée contre l'incendie. Nous avons encore le proverbe le cœur n'a point de rides, c'est-à-dire qu'on est toujours jeune pour aimer.
Le cœur ne vieillit pas


Les lunettes sont des quittances d'amour. C'est-à-dire qu'on doit n'aimer qu'à l'âge où l'on peut être aimé et qu'il faut renoncer à l'amour quand on commence à prendre les lunettes, ce qui arrive malheureusement à une époque de la vie où notre cœur est souvent en meilleur état que nos yeux, et où nous sommes d'autant plus à plaindre qu'en amour tout nous abandonne sans que nous voulions rien abandonner.
Les lunettes sont des quittances d'amour





africains   anglais   arabes   auvergnats   chinois   français   indiens   japonais   juifs   tibétains   








De toutes les, sciences, dit Erasme, il n'en est peut-être pas de plus ancienne que celle des proverbes. Ils étaient comme autant de symboles qui renfermaient presque toute la philosophie des premiers âges. Les oracles des philosophes étaient-ils dans ces temps reculés, autre chose que des proverbes ? On avait pour'eux tant de respect, qu'ils semblaient sortis de la bouche d'un mortel, mais descendus du Ciel. Aussi les voyait on partout inscrits au frontispice des temples, et gravés sur des colonnes, comme dignes de partager, en quelque sorte, l'immortalité avec les Dieux, dont ils paraissaient être l'ouvrage.

Les proverbes les plus recherchés


 Proverbes africains   Proverbes allemands   Proverbes américains   Proverbes anglais   Proverbes arabes   Proverbes auvergnats   Proverbes belges   Proverbes bretons   Proverbes chinois   Proverbes congolais   Proverbes français   Proverbes indiens   Proverbes islamiques   Proverbes japonais   Proverbes juifs   Proverbes portugais   Proverbes russes   Proverbes tibétains