Les Lettres de la Marquise de M *** au Comte de R *** est la première grande œuvre d'un écrivain de vingt-cinq ans. Il s'agit d'un roman par lettres qui ne donne à lire de cette correspondance amoureuse que les lettres de la femme.
Mariée contre son goût, la marquise cultive les figures successives et contradictoires d'une passion dont elle fait la substance de son existence entière.
Des formes les plus gracieuses de la comédie de sentiment jusqu'à la tonalité tragique, toute la gamme des modalités de l'amour se propose à une épistolière fort habile à mettre en spectacle la vie du cœur. Rien n'échappe à l'héroïne des dangers vers lesquels elle court. Mais le savoir dont elle dispose est à la mesure de son impuissance : la raison n'est d'aucune efficacité contre la passion.
Le roman de Crébillon va du réjouissant au terrible. Il procure ces pages rares où l'émotion coexiste avec la perception de l'artifice qui devrait l'abolir.
La qualité de l'œuvre, la maîtrise du romancier, le style, font des Lettres de la Marquise l'un des plus beaux romans des Lumières.
« M », comme on l'appelle désormais, rêve de devenir mannequin. Malgré quelques déconvenues, la chance semble enfin lui sourire : un grand couturier en fait son égérie et elle épouse Larry Vaughan, un acteur célèbre qu'elle admire depuis sa plus tendre enfance. Son bonheur sera malheureusement de courte durée. Plusieurs accidents curieux se succèdent, et il apparaît bientôt qu'ils ne sont pas le fruit du hasard, mais des attaques délibérées d'un ennemi venu du passé visant M et ceux qu'elle aime. Résolue à protéger sa famille, la jeune femme est prête à tout pour protéger les siens… même à enfreindre la loi.
A Martinpré, au bord du canal de l'Est, Louis Champart, fils d'éclusier, puis éclusier lui-même, rêve de voyages et d'ailleurs. Jusqu'à sa rencontre, fortuite, avec une saltimbanque, l'énigmatique Rose, qui le rapproche de cette existence fantasmée. La révélation de l'histoire de la jeune femme, marquée par la souffrance et la solitude, transformera-t-elle le rêve de l'éclusier ? Le récit d'un bel amour sur fond de batellerie, cet univers à part, hors du temps.
Dinard, printemps 1926. Lors de ses vacances, Flora rencontrera le grand amour : il a pour noms Félix, Hubert et Cosmo. Dix ans plus tard, bafouant tous les principes, elle préférera les trois compères au très honorable parti que lui destine son père. Choix insensé ? Bien au contraire, follement sensé, répond notre espiègle Mary. Elle fait, dans ce Jules et Jim très british, triompher le plaisir sur la vertu.
Deux sœurs se retrouvent après de nombreuses années de silence, et la rencontre s'annonce douloureuse. Toutes deux ont aimé le même homme. Il vient de mourir. Et l'ombre de ce dernier ne cesse d'obscurcir ces retrouvailles placées sous le signe d'une pénible recherche de la sincérité. L'une tente désespérément de sauver les apparences derrière lesquelles elle a camouflé le vide de sa vie, l'autre voudrait avouer le tourment autodestructeur qui la ronge et qui l'a conduite à la marginalité. Sur le thème indémodable de la confusion des sentiments, Rosamond Lehmann trace des portraits tout en finesse de personnages complexes, profondément insatisfaits, à qui leur vie échappe d'une façon ou d'une autre.
AUTEUR : Découverte en 1927 avec Poussière (Phébus, «Libretto», 2009), évocation pleine d'ambiguïté des souffrances et des amours de l'adolescence, Rosamond Lehmann (1901-1990) sera jusque dans les années soixante l'une des romancières anglaises les plus lues de par le monde.
Trente ans après leur apparition dans la littérature, les sorcières d'Updike ne sont plus ce qu'elles étaient. L'auteur, qui n'a rien perdu de sa fascination pour les portraits féminins, ressuscite ici Alexandra, Jane et Sukie, désormais veuves de leurs seconds maris et privées de leur jeunesse de femmes émancipées et de leurs pouvoirs, aussi bien de sorcières que de séduction. Le lecteur se divertira au récit des voyages organisés qui les emmènent au Canada, en Egypte et en Chine, avant de les retrouver le temps d'un été à Eastwick, la ville de leurs méfaits d'antan, où elles tentent de racheter leurs péchés passés tout en étant confrontées à la sorcellerie vengeresse d'une ancienne connaissance. L'ouvrage se lit comme un testament de l'auteur et un témoignage sur une époque révolue. En dépit de cette tonalité crépusculaire, Updike, toujours caustique mais jamais sec ni de coeur ni d'écriture, fait à nouveau preuve ici de la finesse de l'observateur sans complaisance qu'il a toujours été.
A la mort de son père, célèbre violoncelliste, Lucrezia met au jour dans les affaires du défunt une boîte remplie de lettres, toutes écrites par la même personne : une certaine Costanza qui, des années durant et dans le plus grand secret, fut la maîtresse du musicien. Surprise de découvrir cette relation dont elle ne soupçonnait pas l'existence, Lucrezia décide de se rendre en Provence, chez Costanza, afin d'en apprendre d'avantage sur son père. Le temps d'un week-end, celle-ci va lui parler de l'homme qu'elle a aimé clandestinement.
En cette nuit du 23 août 1829, le manoir des Treverton sur la côte de Cornouailles n'est plus que silence et ténèbres. Mrs Treverton, avant de rendre l'âme dans la solitude, dicte à sa dame de chambre, Sarah Leeson, une mystérieuse confession et lui arrache la promesse de ne jamais la détruire. Des années plus tard, le manoir est finalement mis en vente. Sarah a disparu et, avec elle, son terrible secret. Le fils du nouveau propriétaire, qui s'apprête à épouser Rosamond Treverton, fille des anciens maîtres du lieu, ne s'attendait pas à voir apparaître cette étrange domestique, curieusement informée de tous les mystères de la maison. Le passé, insidieusement, revient hanter leur existence que tout semblait promettre au bonheur.
AUTEUR : On ne présente plus William Wilkie Collins (1824-1889), rival et ami de Dickens dont Borges a chanté les louanges. Inventeur du thriller moderne, il n'a pas son pareil pour tisser une intrigue diabolique et dépeindre sous un jour impitoyable la haute société victorienne et l'hypocrisie de ses prétendues bonnes moeurs. Publié en 1857, soit deux ans à peine avant La Dame en blanc (Phébus, «Libretto», 1998), Secret absolu est aujourd'hui considéré comme l'un des romans les plus forts de Collins.
LA FEMME DE PIERRE. Après Un sultan à Palerme (2007), Le Livre de Saladin (2008) et À l'ombre des grenadiers (2009), tous trois parus chez Sabine Wespieser éditeur, voici le quatrième volet du « Quintet de l'islam », ensemble romanesque que Tariq Ali, écrivain et intellectuel anglo-pakistanais traduit dans le monde entier, a initié au moment de la première guerre du Golfe, ulcéré par le nombre de commentaires tirant argument de l'absence de culture des Musulmans. Les cinq romans qui constituent cette fresque explorent chacun, de manière indépendante des autres, une période de forte influence politique et culturelle de l'islam. Avec Un sultan à Palerme, Tariq Ali nous plonge dans la Sicile cosmopolite du XIIe siècle, où Musulmans et Chrétiens cohabitaient sous la férule du roi Roger. Le Livre de Saladin met en scène Salah al-Din, qui libéra Jérusalem des Croisés en 1187. À l'ombre des grenadiers revient sur l'expulsion des Maures d'Espagne en 1499. La Femme de pierre est une chronique de la fin de l'Empire ottoman. Le cinquième volume, La Nuit du papillon d'or, qui suit le destin d'un peintre génial et truculent entre Lahore, Pékin et Londres à notre époque, paraitra en 2011, toujours chez Sabine Wespieser éditeur. La Femme de pierre se passe à la fin du dix-neuvième siècle. Tous les ans, quand la température à Istanbul devient insupportable, les descendants de Youssouf Pacha se retirent dans le palace que fit construire au bord de la mer de Marmara leur ancêtre banni d'Istanbul par le sultan (sur les raisons de cet exil, les versions divergent). En cet été 1899, Nilofer revient pour la première fois depuis neuf ans dans la demeure familiale en compagnie de ses deux enfants. Elle qui avait fui pour commettre une mésalliance – elle a épousé un petit inspecteur des écoles, grec de surcroît, alors que sa mère l'avait promise à un de ses cousins… – est heureuse de retrouver le décor familier de son enfance, et surtout la Femme de pierre. Ce rocher, probablement la sculpture d'une déesse païenne, recueille depuis des générations les confidences et les secrets, et se trouve au centre du roman de Tariq Ali. La famille de Youssouf Pacha, tout comme l'empire ottoman en cette fin de siècle, est en pleine décadence. Intrigues amoureuses, vendettas, méprises sentimentales, jalousies et haines : les personnages campés par Tariq Ali, qu'ils soient maîtres ou esclaves, inspecteurs d'écoles ou barons, poètes ou espions, incarnent dans leur quotidien un monde en train de disparaître. L'écrivain, avec sa verve coutumière, leur donne vie et chair, tout en montrant, sans le moindre manichéisme, pourquoi le ver était dans le fruit… et pourquoi le brillant empire ottoman, que la famille avait servi pendant plus de cinq siècles, ne va pas tarder à s'effondrer.
Tariq Ali est né à Lahore (situé à l'époque en Inde britannique) en 1943. Il a fait ses études au Pakistan puis à l'université d'Oxford. Son opposition à la dictature militaire pakistanaise l'a contraint à l'exil en Grande-Bretagne. Figure prépondérante de l'extrême gauche antilibérale depuis la fin des années 1960, il est l'auteur d'essais politiques et historiques, de deux cycles romanesques, « La Trilogie de la chute du communiste » et « Le Quintet de l'Islam ». Éditeur à la New Left Review, Tariq Ali écrit également pour le théâtre, le cinéma et la télévision. En France, sont parus trois essais : Le Choc des intégrismes (Textuel, 2002), Bush à Babylone : la recolonisation de l'Irak (La Fabrique, 2004) et Quelque chose de pourri au Royaume-Uni, Libéralisme et Terrorisme (Raisons d'agir, 2006).