« Il est dix-huit heures. Je suis joueuse. J´ai le coeur qui cogne. Un bruit sec, rapide et répété comme un marteau sur une planche de bois. Les yeux humides, le chouchou de ma queue de cheval qui se défait, le dos droit. Je suis joueuse, curieuse mais anxieuse.
Il est dix-huit heures et neuf minutes. Je t´attends. On est le lundi 1er mai. Hier, c´était mon anniversaire. J´ai fêté mes seize ans. Sans toi. Hier, j´ai décidé de te retrouver. »
Sandrine Roudeix a choisi d´écrire un roman à trois voix pour dire trois attentes à trois époques différentes autour d´un même événement : la naissance de Lola. Elle met en scène ces instants particuliers, solitaires et silencieux, ces cheminements fragiles, à la croisée les uns des autres, ce temps suspendu avant l´épreuve de vérité.
“Rena Greenblatt, mon héroïne s'appelle. Montréalaise expatriée à Paris, âgée de quarante-cinq ans, c'est une photographe spécialisée dans l'infrarouge, les photos de nuit, les corps et leurs étreintes. Au cours de ce récit elle effectuera en même temps deux voyages : l'un bien physique, semé d'embuches et de ratages désopilants, en Toscane, avec son vieux père et sa belle-mère ; l'autre mental, dans l'avalanche de ses souvenirs - les rêves, ressentiments et réjouissances de son passé proche et lointain, les quatre maris, les deux fils, les mille amants, les beautés et horreurs des pays traversés, l'enfance émerveillée et endolorie, l'adolescence saccagée.
Ainsi Infrarouge nous plonge-t-il dans le tourbillon des pensées d'une femme exceptionnellement forte mais peut-être aussi un peu folle. On le serait à moins…” Nancy Huston
Artiste et reporter-photographe pour le journal français De la marge, Rena Greenblatt a offert une semaine de vacances en Toscane à son père Simon - pour ses soixante-dix ans - accompagné de sa deuxième femme, Ingrid. Mais dès le matin de leurs retrouvailles à Florence, le séjour prend l'allure d'une corvée. Jadis brillant intellectuel, esprit libre, passionné de neuropsychologie et adepte de Timothy Leary, Simon n'est plus qu'un homme fatigué au verbe hésitant et sa femme semble peu réceptive aux splendeurs florentines. Le couple parental traîne la patte, déjà Rena se demande ce qu'elle fait là, toute au regret de Paris et du beau corps de son amant Aziz : voilà le genre de chose qu'elle ne peut confier qu'à son "amie spéciale", Subra, confidente qu'elle s'est inventée il y a bien longtemps en contemplant une photo prise par Diane Arbus, son idole. Arbus/Subra : l'une a influencé sa vocation, l'autre partage ses pensées secrètes, a vécu ses trois mariages, encouragé ses amours, sait tout d'elle - même les petits mensonges que parfois Rena se fait à elle-même.
A menus pas touristiques, agrémentés par de nombreuses pauses alimentaires ou "hygiéniques", s'engage cette semaine idéalement dédiée aux merveilles répertoriées par les guides. Mi-irritable mi-conciliante, entre remémoration et application à jouer le jeu du tourisme, Rena est ici et ailleurs, dans le présent et dans le passé, elle "prend sur elle" et tente de s'accorder à l'inévitable célébration de la Renaissance - feignant d'ignorer qu'en elle (et entre elle et son père) le terrain est copieusement miné.
Paris est à distance, mais Paris s'agite : nous sommes en octobre 2005. Et Rena, pendant ce temps, fait du tourisme ? Son journal la réclame, on a besoin d'elle, des "shoot " de son Canon, de ses photos âpres, vraies, nocturnes, tellement vivantes - sans compter qu'elle est une spécialiste des prises de vue en infrarouge. Rena pourrait se saisir de ce prétexte pour rentrer mais … hors de question. On ne lui dicte pas sa conduite ; quarante-cinq ans, mère de deux grands gaillards, belle, libre, xénophile, connaissant les hommes et aimant les toucher, les caresser, les prendre, leur ouvrir son corps et son coeur, les photographier dans l'abandon de la jouissance, elle n'est pas du genre à céder mais à donner. Ce devrait être, ce pourrait encore être une semaine réussie, insouciante, filiale, paisible, il n'est pas trop tard pour sauver ce voyage. Mais désormais l'insurrection est en elle. Ardente, entière, courageuse, provocante, révoltée, exaltée et (à en croire Subra) un peu mythomane, Rena est bien du genre à jouer sa vie à qui perd gagne.
En 1937 dans la cité cosmopolite de Shanghai, la vie insouciante de deux soeurs aux caractères oposées, Pearl et May Chin, est bouleversée quand leur père, ruiné, décide de les vendre à des Chinois de Californie. Elles s'installent alors à Los Angeles et tentent de s'intégrer malgré le racisme et l'anticommunisme.
Dans la presse :
« Si vous aimez les romans dépaysants, alors Filles de Shanghai est pour vous. Lisa See emmène son lecteur dans un périple à la fois tragique et merveilleux, du Shanghai des années trente jusqu'au Chinatown de Los Angeles. » The Dallas Morning News
Ils sont au fin fond de la savane, au milieu de la mer Baltique, dans une salle d'opéra qui abrite le congrès de l'Internationale socialiste, ou dans la Rome des Césars. Il y a là des Sélénites embusqués, des zèbres philosophes, une prostituée cubaine avalée par une armoire, un Esquimau et un ours polaire qui semblent jouer à chat glacé. Tout est loin, différent, aux antipodes de notre quotidien, de nos aspirations et de notre légitime "quant à soi" d'Homo sapiens. Las, il faudra admettre que si ce n'est pas notre stricte réalité, c'est bien notre triste vérité que ces contes donnent à voir. Qu'avons-nous en commun avec ces créatures surréalistes : absolument toutes les peurs. Celle de la solitude, de la folie, de la mort, de l'abandon. Oniriques, fantastiques et drolatiques, ces contes moraux sont un miroir de la condition humaine, autant qu'une charge contre nos besoins artificiels d'hommes modernes. Une constante pour cet écrivain anthropologue (il a passé plusieurs années au Congo) qui certifie n'avoir jamais rencontré un seul pygmée dépressif.
Nous sommes aux premières années de l'ascension de Charles Martel, grand-père de Charlemagne, au temps des rois francs chevelus et de la christianisation de l'Europe. C'est une époque de saints et de nobles brigands, de foi et de sauvagerie, d'où émergera bientôt un empire et une nouvelle civilisation. À l'ombre du monastère que vient de fonder Sainte Odile, la découverte d'un corps, rendu par les eaux boueuses du Rhin, va lancer sur les routes un jeune homme blessé, une jeune fille audacieuse et un vieux moine attentif. Ce roman policier nous emmène avec délicatesse et un art maîtrisé du suspens dans une époque excessive, en dureté comme en amour.
Yves Harteloup est un rejeton déclassé de la grande bourgeoisie, meurtri par la guerre. En vacances sur la côte basque, il retrouve les matins radieux de son enfance et s'éprend de Denise, une femme mariée qui appartient à son milieu d'autrefois. Très vite, Denise l'aime et ne vit que pour lui. Mais à mesure que son amant se révèle mélancolique et fuyant, elle accepte, comme un passe-temps, la compagnie d'un autre homme et perd définitivement celui qu'elle aime. La perte de l'innocence et le goût amer du bonheur dans le Paris des années folles. Le premier roman, jamais réédité, d'Irène Némirovsky, qui n'avait que vingt-trois ans à sa publication, en 1926.
La Suisse est un pays dans lequel on s’ennuie car, malgré la crise, la plupart des gens sont confits dans la routine et la conformité. Pour passer le temps, une des spécialités locales est de vendre des montres. De luxe, aux milliardaires arabes ou russes. Mais cela ne suffit pas pour tromper l’ennui, que ce soit au boulot, en couple, en famille, au cinéma, en vacances.
" Que peuvent bien faire des jeunes gens enfermés dans un lieu clos, sans possibilité de départ. sans passions communes, sans ordinateur ni télévision, alors que le pays est en train de vivre l'un des plus grands mouvements sociaux de son histoire ? Ils pourraient s'adonner, bien sûr, à la cuisine, à l'amour ou à la marche à pied. Mais il nous a plu de les imaginer se livrant au plus vieux passe-temps du monde : raconter et écouter des histoires. Des histoires de gens. Méchantes histoires à propos de gens charmants. Ou charmantes histoires à propos de gens méchants ". S'inspirant des recueils de nouvelles de la Renaissance, comme L'Heptaméron de Marguerite de Navarre, L'Hystéricon célèbre l'art du récit. Cette satire de la jeunesse actuelle s'amuse à mettre en scène les influences réciproques de la vie et de l'imagination, du bavardage et de l'action.
Ce recueil réunit un choix des tout premiers récits de A. Tchekhov (1883, 1884, 1885). Ecrits pour des raisons alimentaires à l'époque où, fraîchement débarqué à Moscou de son lointain Taganrog, Tchekhov collaborait à de petits journaux satiriques pour aider sa famille et payer ses études de médecine. On lui réclamait des textes brefs. De là, le laconisme, la concision de ces récits, qui furent pour Tchekhov une école d'écriture. Ici, la miniature s'ouvre sur l'universel. Rien de plus banal que les sujets et les personnages de ces nouvelles : misérables fonctionnaires, modestes commerçants, rentières désargentées, employés des postes, gouvernante, toutes ces petites gens que Tchekhov avait rencontrés durant sa jeunesse laborieuse à Taganrog. Les histoires que conte Tchekhov sont simples voire insignifiantes mais, sous la plume souvent féroce de l'auteur, elles acquièrent une drôlerie qui, parfois, confine au cynisme. La tragique condition humaine, voilà le domaine où s'exercent ces nouvelles. Plus rarement, des accents nostalgiques, annonciateurs du Tchekhov tardif se glissent au travers de cette joyeuse cruauté. Citons, entre autres, " La joie ", " Chez le barbier ", " Le triomphe du vainqueur ", " Une nature énigmatique ", " La mort d'un fonctionnaire ", " La dot ", " Une fille d'Albion ", " Au bureau de poste "...
« Ma mère exprima vivement son admiration pour celui dont la première pensée, le premier effort, après un désastre aussi grand, tendaient à ce but unique : retrouver un ami, le consoler de sa ruine. ‘‘Consoler'' ? voilà qui n'était guère dans la mentalité de Rimbaud. Comme il n'avait jamais su répondre à des paroles de sentiment, je compris ce qu'il désirait le plus à cette minute-là, je sortis avec lui tout de suite : ‘‘Nous allons voir les décombres !'' »
Ernest Delahaye fut le camarade de classe des deux frères Rimbaud. Il se lia d'amitié avec Arthur, devint son ami et son confident, et sans doute son plus ancien et fidèle camarade. Témoin privilégié de la vie du poète, il décida de consigner ses souvenirs dans plusieurs articles et ouvrages. On y trouve des descriptions et des anecdotes passionnantes, relatées dans un style savoureux.
Mon ami Rimbaud rassemble les extraits des textes d'Ernest Delahaye qui nous permettent d'approcher le jeune Rimbaud au plus près : nous y découvrons Arthur, collégien à Charleville, élève précoce passionné de littérature, avide d'amitié et d'aventures, rêvant de Paris et de poésie.
Delahaye se remémore leur complicité, leurs conversations d'alors, mais aussi les extravagances de ce personnage déjà hors du commun... Le premier séjour du jeune homme à Paris pendant la Commune, puis son retour à Charleville, ses premiers poèmes, ses lettres à Verlaine et son véritable départ pour Paris... Enfin, des années plus tard, leur dernière entrevue à Charleville. Alors, Ernest questionnant Arthur sur la littérature, l'entend lui répondre: « Je ne m'occupe plus de ça… »