Pathétiques et drôles, pleine de détails au quotidien, parfois féroces dans la description d'un monde et d'une culture idéalisés par les Occidentaux, les nouvelles d'Anjana Appachana nous font découvrir l'Inde contemporaine du point de vue de la femme indienne, à travers les âges de sa vie, depuis l'enfance vulnérable jusqu'aux déboires parfois dramatiques des épousailles et d'une vie domestique aliénée aux règles et aux traditions hindouistes. Car la société indienne aujourd'hui, extraordinairement complexe, met aux prises plusieurs mondes, plusieurs époques même : l'ancestral système des castes avec ses superstitions et ses proscriptions, l'intrusion de la modernité occidentale qui, dans les années quatre-vingt où se situent ces histoires, commence à menacer les croyances et les pouvoirs locaux, et en mémoire toujours présente, la vieille éducation britannique à la mode brahmane. Pleine d'inventions narratives, ces huit nouvelles, on s'en doute, sont nourries d'une riche expérience personnelle et témoignent d'un sens aigu de la description dans les moindres détails des comportements, des mœurs et du décor. Ainsi, dans Mes seuls dieux, la narratrice est une fillette qui porte une dévotion folle à sa mère au point de croire celle-ci en communication directe avec le panthéon des divinités hindoues, comme si elle était l'une d'elles. Dans le fantôme de la Barsati, un propriétaire qui loue de préférence aux madrasis (originaires de Madras), réputés bons payeurs, doit baisser ses prétentions quand son nouveau locataire annonce que sa chambre est hantée. En fait de fantôme, il séduira la fille de la maison. Dans Incantations, la jeune narratrice s'invente une vie sentimentale dans les romans anglais au moment où sa sœur aînée se prépare au mariage. Cette dernière se prépare à la pire violence intra-conjugale, celle d'un beau-frère maître chanteur. Et c'est la petite confidente, lectrice éperdue de Jane Eyre, qui devra subir, bouche cousue, les récits circonstanciés de sa grande sœur désespérée… d'autres histoires s'enlacent et se dénouent avec ce même charme unique fait de cruauté inconsciente et d'enchantement amoureux, de songeries amères et tendres, de conflits cocasses ou tragiques…
Née dans le Kodagu, province du Karnataka, l'ancien Etat de Mysore, au sud de l'Inde, Appachana fait des études supérieures à Delhi et en Pennsylvanie et publie en Angleterre ce premier recueil Mes seuls dieux, avant qu'il ne trouve son public en Inde dans l'édition Penguin. Désormais reconnue, primée en Angleterre et aux Etats-Unis pour un premier roman, Appachana poursuit son investigation quasi sociologique de l'imaginaire indien mais en y ajoutant, comme dans chacune des nouvelles de ce recueil, cette ampleur intimiste, frémissante de nuances, qui nous rend si proches ses petites filles inquiétées par le drame familial et ses jeunes femmes désemparées par la secrète violence institutionnelle sous les dehors lénifiants des fêtes et des rituels. En rupture avec la respectabilité des conventions, le système des castes et le poids de la bureaucratie provinciale, l'auteur de Mes seuls dieux place le lecteur au cœur même de la sensibilité féminine indienne si proche de la nôtre dans ses aspirations, tout en nous invitant au voyage. Anjana Appachana partage sa vie entre l'Inde et les États-Unis (Arizona).
Nouvelles traduites de l'anglais (Inde) par Alain Porte
« Le 13 août 1496, au large du Portugal, le bateau que commande Christophe Colomb fait naufrage.
Le futur amiral vient d'avoir vingt-cinq ans. Par miracle, il réussit à regagner la côte et trouve refuge à Lisbonne auprès de son frère cadet, Bartolomé. Lequel exerce la profession de cartographe.
Depuis le début de ce xve siècle, le monde s'ouvre. Et le Portugal est le moteur principal de cette ouverture. La Renaissance commence par des expéditions lointaines. Sous l'impulsion d'Henri le navigateur, des caravelles partent chaque mois pour aller explorer les côtes de l'Afrique. À Lisbonne, capitale du savoir, se retrouvent toutes les corporations de la découverte : mathématiciens savants du ciel, cosmographes, géographes, constructeurs de bateaux et des outils de navigation… cartographes.
Huit années durant, les deux frères vont travailler ensemble et préparer le voyage auquel Christophe songe depuis l'adolescence : c'est l'Entreprise des Indes, gagner Cipango (le Japon) et l'empire du Grand Khan (la Chine). Mais au lieu de la route habituelle, celle de la soie, vers l'est, on affrontera l'océan, plein ouest.
En 1484, leur projet sera rejeté par le Comité des Sages qui conseille le Roi Jean II. C'est la raison pour laquelle Christophe ira tenter sa chance auprès des monarques espagnols, Isabelle et Ferdinand.
Un maître cartographe, un rhinocéros, un fabricant de veuves, une maîtresse d'école pour les oiseaux, une bécassine, une prostituée réputée principalement pour la qualité de ses oreilles, Marco Polo, quelques Dominicains, des chiens dévoreurs d'Indiens, tels sont quelques-uns des personnages secondaires de ce récit.
J'ai voulu m'attacher à cette période peu connue de l'histoire de la curiosité humaine. Ce moment où naît une nouvelle liberté en même temps que se développe l'Inquisition et que les Juifs sont chassés. Ces années où se conçoit peu à peu l'unité de la planète, préalable à la première mondialisation, qui ne va plus tarder.
Pour ce faire, j'ai osé donner la parole au jeune frère, Bartolomé. C'est lui qui parle, c'est lui qui raconte : il est complice, et premier témoin de l'Entreprise depuis ses tout débuts. C'est aussi lui qui s'interroge : pourquoi, et comment, cette belle passion de la Découverte s'est-elle changée en génocide des Indiens ? À quoi sert de découvrir si l'on tue ce et ceux que l'on découvre ? »
Erik Orsenna
Par pure vanité, le richissime Californien Danny Roth décide de révéler, dans le portrait flatteur qu'on lui consacre dans le "Los Angeles Times", les joyaux de sa cave, une des plus belles collections de grands crus classés au monde. Quelque temps après la parution de l'article, sa cave est cambriolée. Sommée de lui verser trois millions de dollars d'indemnités, son assurance, méfiante, demande à Sam Levitt, ancien avocat reconverti en détective privé et fin connaisseur en vins, de mener l'enquête. Sam part donc... en France, évidemment, patrie du vin, de la bonne chère et des jolies femmes. Bien vite aidé par une charmante collègue française, notre « aventurier gastronome » va entraîner le lecteur dans un délicieux itinéraire gustatif et sensoriel, des vignobles bordelais aux terrasses ensoleillées de la Canebière. Un Peter Mayle grand cru à déguster sans modération !
En cette année 1886, le docteur Nicolas Martin s'apprête à prendre ses nouvelles fonctions dans un petit bourg du Limousin. Il vient de rentrer des colonies, où il a passé plus de dix ans, et a conclu un marché peu commun pour gagner sa vie : il récupérera la clientèle d'un vieux médecin décédé, ira loger chez sa veuve et, en échange, épousera la cadette des filles, Mlle Claudine. Mais le juge d'instruction, devançant Nicolas, épouse Claudine. Nicolas se retrouve libre de conter fleurette à l'inquiétante châtelaine, Manon, trop jeune épouse d'un riche malotru. Bientôt, on retrouve le châtelain assassiné. Chacun soupçonne Manon… Et le bon docteur Nicolas se voit chargé d'élucider ce curieux meurtre, au péril de sa vie. Sa connaissance de la médecine asiatique et son grand amour des femmes seront de précieux alliés.
À qui ressemblerait la Pénélope d'Ulysse si elle vivait à notre époque ? À nous toutes bien sûr !
Certaines histoires se répètent à travers les siècles et, Stéphanie en est convaincue, elle est elle-même victime de « la malédiction de Pénélope ». Elle a beau être une jeune femme bien de son temps avec un job dans une grande maison d'édition, une thèse à terminer et des amies adorables, un fil mystérieux la relie à une ère plus lointaine où une épouse modèle attendit patiemment le retour de son héros. Car oui, comme bien d'autres amoureuses, Stéphanie passe son temps à attendre son cher et tendre. Et depuis la reine mythique, seuls les accessoires ont changé. Scotchée à son téléphone jour et nuit, passant et repassant les épisodes de séries TV cultes comme Pénélope aurait fait et défait sa tapisserie, Stéphanie revit la tragédie de la femme soumise avec pour seule compagnie son insupportable petit chien baptisé… Télémaque. Mais qui sait, peut-être que les dernières incartades de Mr Big et de Bobby Ewing, ou les sages conseils de Laura Ingalls, sauront aider notre Pénélope moderne à briser cette terrible malédiction ?
Dans "Toutes des Pénélopes !" Lisa Klimt met l'"Odyssée" sens dessus dessous dans un véritable choc des cultures, où la vie d'aujourd'hui côtoie à merveille l'épopée la plus extraordinaire de tous les temps !
La brève période pendant laquelle Jack London navigua comme mousse pour la chasse aux phoques et la longue croisière qu'il effectua dans les mers du Sud à bord de son propre yacht, le "Snark", lui ont inspiré tantôt des histoires sombres, violentes et sanglantes, tantôt des aventures parsemées de lagons, de coraux et de cocotiers. Mais que notre dépaysement naisse des embruns et des tempêtes ou qu'il soit bercé par le souffle chaud des alizés, le message ne varie pas. L'exotisme, la mer, les vagues, les fêtes indigènes, les léproseries, les trafiquants aventureux ou ironiques ne font que composer un environnement dans lequel s'inscrit l'implacable combat de la vie.
1943. Depuis deux ans, Alex Beaumont s’est retiré sur l’île de Wight, où il exerce la médecine. Shanghai n’est plus qu’un souvenir, Isaure d’Argreen et la LCS, des fantômes. Kathleen a renoué avec lui des liens amoureux et projette des fiançailles vers lesquelles il avance à reculons. Mais son passé va le rattraper dans les couloirs du Haymarket Theatre de Londres, où il croise Alberto Morani, l’Autrichien qu’il avait rencontré à Shanghai. L’homme, tueur pour le compte de l’Abwehr et proche de la mafia chinoise, tente de vendre sa pièce de boulevard à tous les metteurs en scène de la capitale. Il est le lien inespéré qui permettra à Alex de remonter jusqu’à l’énigme de la mort de son père et son implication dans la dissémination de la grippe espagnole.
Fin d'hiver dans l'Athènes des années 70. Une femme mariée de quarante ans et un étudiant de vingt ans se retrouvent tous les soirs dans le même métro. Brève rencontre, amour impossible.
Une histoire toute simple en apparence, racontée par l'un des grands romanciers grecs, Mènis Koumandarèas, qui déploie là ses thèmes de toujours : beauté de la jeunesse, hantise
du vieillissement, vies gâchées, mélancolie, amertume.
Un écrivain au sommet de son art et un portrait de femme inoubliable.
« Madame Koùla rougit soudain. Elle faillit répondre, se ravisa, baissa les yeux. Excusez-moi, la devança-t-il, je vous ai choquée ? Cela vous ennuie que je vous tutoie ? Ses yeux brillaient, il regardait ses lèvres. Non, dit Koùla sans lever les yeux, je n'avais même pas remarqué... Les filles de mon âge ne m'intéressent pas, avoua-t-il avec chaleur, elles m'ennuient ; avec vous j'ai l'impression que j'ai un tas de choses à dire, et plus encore à apprendre ; j'aime être avec vous, je ne sais pas si c'est réciproque. Koùla gardait les yeux baissés. Ses doigts tortillaient la bandoulière de son sac. Elle le tenait comme si c'était son dernier rempart. Eh bien, Koùla, dit-il — pour la première fois il l'appelait par son prénom —, quand veux-tu qu'on sorte ensemble ? Vraiment ? Elle releva la tête, éberluée, quand voudrais-tu ? Pourquoi pas ce soir ? dit-il, pris d'un fol espoir. Non, pas ce soir, le rabroua-t-elle sévèrement, un autre jour. Alors demain, après-demain, dit-il vivement, dès que possible. Ses yeux avaient la fièvre, et ses lèvres, remarqua-t-elle, étaient humides. Elle compta les jours sur ses doigts. Après-demain, dit-elle timidement. Après-demain, approuva-t-il. En amis, dit-elle encore sévèrement. En amis, reprit-il comme un petit garçon. Le métro arrivait à Nèa Ionìa. Bonsoir, Koùla. Bonsoir, Mìmis. »
Mènis Koumandarèas, né en 1931, est considéré comme l'un des meilleurs prosateurs grecs vivants. Il est également l'auteur de sept romans (La Verrerie, Le Beau Capitaine notamment), cinq recueils de nouvelles et deux volumes d'essais. Il a entre autres traduit McCullers et Fitzgerald, et reçu deux fois le Prix d'État pour le roman.