"Pour être sûr qu'un amour est véritable, il faut que le désir ait disparu. Et pour que le désir ait disparu, il faut que la beauté ait disparu…"
Colline, trente-trois ans, cent dix kilos, employée modèle d'un magasin de bricolage, est en liberté conditionnelle. Il fut un temps où elle s'appelait Lynn, et défilait sur tous les podiums de haute couture. Avant qu'elle ne se décide à s'auto-détruire et à enlever de jeunes garçons, pour mieux les sacrifier à sa mission christique…
Parler avec la voix de la folie plutôt que parler de la folie, c'est le pari de ce premier roman sombre et violent, impeccablement mené, où l'on suit, le souffle coupé, une narratrice psychopathe à l'intelligence acérée, éprise d'absolu et de pureté, nous raconter sa quête désespérée d'êtres parfaits.
"Celui là, il crie pour deux ! Lorsque ma mère entend cette réflexion d’une infirmière au sortir de l’anesthésie, mon destin est scellé. Ma jumelle est morte, et je resterai à jamais seul dans le double berceau qui a été prévu. Ainsi dès que je commence à respirer suis-je investi d’un devoir dont je comprends inconsciemment l’importance : être à la fois moi et quelqu’un d’autre, crier pour deux, parler pour deux, vivre pour deux."
Au fil d’un roman intimiste bouleversant, Joël Schmidt imagine l’histoire d’un amour absolu autant qu’improbable. Un frère séparé de sa sœur à la naissance croit reconnaître, des années plus tard, celle qu’il n’a pas eu le temps de découvrir et d’aimer. Attiré par cette femme à la fois inconnue et familière, il va tout faire pour la rejoindre et réparer la déchirure originelle qui a brisé son existence. Dans la grande tradition romantique, un récit troublant, hanté par la quête d’infini.
Septembre 2007 : né trente ans plus tôt entre la sortie de Star Wars et du God save the queen des Sex Pistols, Bill Madlock vit à Oxford avec sa mère et son iguane domestique. En apparence, son existence n'est pas simple. Il accuse quatre-vingt-dix livres en trop, les filles le fuient, les garçons l'évitent et tous les chiens du quartier semblent lui vouer une haine personnelle. Mais le Gros Bill, amateur éclairé de jeux de rôle et de rock indie vintage, détient un secret essentiel : il est le seul à comprendre le véritable sens des paroles de Radiohead.
Juillet 2008 : derrière les hauts murs de la prison de Grendon, Bill Madlock entame la rédaction d'un roman qui décrira les raisons qui l'ont conduit à tirer sur un spectateur, un mois auparavant, lors du dernier concert de Radiohead à Victoria Park. Un roman qui, accessoirement, révélera aux hommes la date précise de la fin du monde.
Big Fan est un roman composé de trois parties qui s'entremêlent : l'enfance du Gros Bill à Oxford, entre un père absent, une mère surprotectrice et des petites amies éphémères, l'histoire du groupe Radiohead, et l'explication de la « conspiration quantique » contre laquelle les membres de Radiohead (et aujourd'hui, Bill) ont vainement tenté de nous mettre en garde.
I love dollars et autres nouvelles de la Chine profonde
Zhu Wen
"Le récit hilarant des années bling-bling en Chine." London Review of Books
Cocktail explosif d’insolence et d’humour noir, I Love Dollars brosse le portrait halluciné de la Chine d’aujourd’hui où tout s’achète et se consomme, où sexe et amitié, en vente libre, se monnayent en yuans… ou en dollars. Mais l’envers de cette passion amoureuse avec le capitalisme, c’est un paysage social et affectif dévasté où chacun cherche à survivre comme il peut à la violence du chacun-pour-soi.
À l’image de la première novella, où un écrivain avide et érotomane offre par dévotion filiale les services d’une prostituée à son honorable père, les récits réalistes et décalés de Zhu Wen, peuplés de mafieux de province, d’ouvriers sans travail et d’étudiants sans études jettent une lumière crue sur les tourments d’une société fascinée par l’argent-roi mais hantée par ses traditions. "Brillant… Génial. À ne pas manquer." Taipei Times
Dans cet ample roman victorien aux ramifications multiples, le centre de gravité est occupé par Augustus Melmotte, un financier véreux qui lance une vaste opération spéculative en Angleterre et en Amérique pour prendre au piège les investisseurs naïfs. Le procédé qu'il met en œuvre à Londres dans les années 1870 préfigure curieusement certaines affaires du vingt et unième siècle. Melmotte n'est pas le seul à tricher. Les jeunes gens de bonne famille désargentés n'hésitent pas à payer leurs dettes de jeu en monnaie de singe et à faire la cour à de riches héritières dans le seul but de reconstituer leur fortune. On triche aussi dans le monde littéraire, où une romancière sans talent veut s'assurer les bonnes grâces des critiques pour faire vendre ses livres. On triche enfin dans le monde du journalisme et de la politique. Quelle époque! Anthony Trollope nous en brosse un portrait sans concession dans ce roman satirique que connaisseurs et spécialistes saluent comme son chef-d'œuvre.
Une photo montre un jeune garçon : il est souriant et très beau ; la vie l'épargne encore. Le document n'est pas récent. La sœur du jeune garçon naît l'année de la photo, elle n'a jamais connu cette douceur. De ce frère aîné elle a subi les accès de colère et d'égoïsme, la fréquentation quotidienne des drogues douces puis dures qui l'ont vieilli prématurément, ravageant sa dentition et son visage, les séjours en prison. Elle a connu un être imprévisible et charmeur, magnétique et manipulateur, qui distilla, dans une famille vivant en huis clos, sa douloureuse violence.
Elle a terriblement souffert de ne pouvoir lutter ; elle n'a pourtant jamais rompu le lien, au fil des années, rattrapant les mauvais coups du frère, l'accompagnant jusqu'au dernier hôpital. Lorsqu'il est parti, il lui a semblé qu'elle pouvait souffler. Respirer, avec culpabilité.
Longtemps la colère fut une protection. Une colère fortement, longuement rentrée. Une colère qui est une douleur gardée pour soi. Jusqu'au jour où elle a cherché à retrouver le visage de l'enfance, le sien, celui d'un être disparu, sinon pour lui pardonner, du moins faire la paix à travers l'écriture.
Kéthévane Davrichewy est née à Paris en 1965 dans une famille géorgienne. Après avoir publié de nombreux ouvrages pour la jeunesse et un premier roman en 2004 (Tout ira bien, Arléa), elle a puisé dans la mémoire familiale et l'expérience de l'exil vécue par ses grands-parents la matière de La Mer noire.
« Elle n'ouvre pas les albums de famille. Elle préfère rester assise sans rien faire, ses pensées l'occupant suffisamment. Dans ce moments-là, elle marche et court comme autrefois. Elle peut aller n'importe où, sa mémoire n'a pas de limite. Elle en savoure l'infini. À cet instant, elle ne pense à rien, elle fixe la fenêtre, la rambarde du balcon. […] À force d'immobilité, elle est devenue perméable au moindre frémissement d'une feuille, au bourdonnement d'un insecte. Elle remarque des choses qu'elle n'aurait jamais notées auparavant. » Le jour de son anniversaire, Tamouna se souvient de Tamaz, l'homme qu'elle a rencontré l'été de ses quinze ans à Batoumi, au bord de la mer Noire, et qui doit se joindre dans la soirée à ses nombreux invités. Originaire de Tbilissi, fille d'un membre du gouvernement, elle a été contrainte de fuir la Géorgie avec une partie de sa famille à l'arrivée des bolcheviques. En banlieue parisienne, puis à Paris, elle a refait sa vie au milieu d'autres exilés, ne cessant jamais d'attendre Tamaz. Mais ce dernier a toujours été en retard. Un retard à la géorgienne. Aujourd'hui, à quatre-vingt dix ans, elle ressuscite son passé et cet amour de jeunesse qui n'a jamais pu être pleinement vécu. Pour transmettre l'humour, la richesse intérieure et le désarroi de son héroïne, Kéthévane Davrichewy, qui sait l'art de mettre l'ombre en lumière, use de pétillantes tournures de langage et d'esprit. Un roman magnétique et bouleversant qui emporte d'emblée toutes les adhésions.