La maison des Manin est à vendre. Après avoir abrité trois générations d'une famille désormais éclatée,
elle ne contient plus qu'un lot de vieilles photos et d'objets épars dont personne ne se soucie. On ne lui
rend plus visite. En dépit de la solitude et de sa situation de garde-souvenirs, la maison des Manin n'est
pas très sentimentale. Elle sent bien qu'elle s'affaisse, qu'elle tombe en ruines, et d'ailleurs, les maisons
voisines le lui rappellent constamment. Elle attend ses nouveaux propriétaires. Au fond, comme toutes les maisons, elle cherche la compagnie des hommes, un peu de chaleur, un peu d'action. Aussi, quand
Hector, un metteur en scène peu bavard, arrive avec à sa suite sept comédiens déterminés à la
transformer en théâtre, la maison se voit déjà en haut de l'affiche. Elle se laisse aller à tous les travaux
que ses nouveaux occupants jugent nécessaires, et sa transformation progressive suscite la curiosité
générale au village, ce qui n'est pas pour lui déplaire. D'abord irritée par la présence d'Isis, une nouvelle
recrue d'Hector, la maison va peu à peu se faire apprivoiser par cette comédienne accidentelle au
parcours chaotique, et composer avec le reste de la troupe une pièce unique dont elle sera bien plus que le décor.
Ce deuxième roman très maitrisé de Camille Bordas poursuit l'exploration de ces moments de latence
qui ponctuent chaque vie, ceux où affleurent les doutes et d'où émerge le changement. Ils sont ici
envisagés avec humour et détachement, sans psychologie ni pathos, dans une langue rythmée où la
narration passe de main en main, prise en charge par une maison en personnage principal, prêtée à trois
protagonistes majeurs ou empruntée le temps d'une phrase par des objets, qui eux aussi ont leur drôle
de caractère.
Au soir du 27 février 2010, les habitants de la Faute-sur-Mer se sont endormis paisiblement sans s?inquiéter de la tempête annoncée.C?est à 3 heures du matin que les digues ont lâché et que la mer est montée. Lentement, inexorablement, elle a noyé les plages, les routes, les jardins et, sans jamais modifier son allure, elle a enlacé les maisons, piégé les résidents et tenté de les engloutir.À travers l?histoire de quatre familles, Yves Viollier raconte ces heures atroces que ces hommes, ces femmes et ces enfants ont dû affronter en tentant de toutes leurs forces de survivre.Il y a les Clemenceau, Guillaume et Alexandra, et leur toute petite fille Amandine, les Murail, un vieux couple installés là depuis toujours, Julie, la jeune célibataire et son chat, et enfin les Montauran, grands-parents de Jérémie et de Claire que leurs parents leur ont confiés pour les vacances scolaires.Torturés par l?angoisse, la culpabilité, le désespoir, s?accrochant au moindre espoir, montant sur les chaises, les tables, les meubles, poussés inexorablement vers le plafond et le toit, tous tenteront d?échapper à cet élément si familier devenu en quelques heures un ennemi mortel. Tous ne seront pas sauvés.À travers le destin de ces quelques personnages, c?est toute la dimension tragique de cette catastrophe qu?Yves Viollier a su rendre. Il nous dit l?horreur de cette nuit mais aussi la dignité, le courage et la solidarité dont ont fait preuve toute une population, tout un pays, toute une région.
Une petite annonce dans un journal comme une bouteille à la mer. Hélène cherche la vérité sur sa mère, morte lorsqu'elle avait trois ans. Ses indices : deux noms, et une photographie retrouvée dans des papiers de famille qui montre une jeune femme heureuse et insouciante, entourée de deux hommes qu'Hélène ne connaît pas. Une réponse arrive : Stéphane, un scientifique vivant en Angleterre, a reconnu son père.
Commence alors une longue correspondance, parsemée d'indices, d'abord ténus, puis plus troublants. Patiemment, Hélène et Stéphane remontent le temps, dépouillant leurs archives familiales, scrutant des photographies, cherchant dans leur mémoire. Peu à peu, les histoires se recoupent, se répondent, formant un récit différent de ce qu'on leur avait dit. Et leurs découvertes, inattendues, questionnent à leur tour le regard qu'ils portaient sur leur famille, leur enfance, leur propre vie.
Avec Eux sur la photo, Hélène Gestern nous livre une magnifique réflexion sur le secret de famille et la mémoire particulière que fixe la photographie. Elle suggère que le dévoilement d'éléments inconnus, la résolution d'énigmes posées par le passé ne suffisent pas : ce qui compte, c'est la manière dont nous les comprenons et dont nous acceptons qu'ils modifient, ou pas, ce que nous sommes.
Quel est mon nom ? s'interroge l'auteur, Melvil Poupaud, qui est aussi le narrateur. Il suffit de songer à la filmographie de celui qui fit ses premiers pas au cinéma à l'âge de 11 ans dans La Ville des pirates (Raúl Ruiz) pour connaître son nom. Doillon, Ozon, Desplechin, et plus récemment James Ivory et Zoe R. Cassavetes ; la liste est longue. Et pourtant, ce n'est pas un livre sur le cinéma, ce n'est pas une autobiographie. Quel est mon nom ? est un objet. L'une de ces boîtes dans lesquelles on séquestre parfois sans distinction les indices d'une trajectoire intime. Journaux d'adolescence, cartes postales, collages, photographies, talismans… Melvil Poupaud a délivré ses « effets personnels » et les a assemblés, dans la tentative éperdue de leur donner du sens. Mais où trouver le ciment qui, de l'enfance à la vie d'homme, fera de ces souvenirs épars une traversée des âges cohérente et sensible, conviant à la même table le jeune garçon baigné d'images, de cinéma, l'adolescent fou de poésie, de mots, de musique, et l'adulte, produit des deux premiers, père en recherche du père et âme errante des abords du Jourdain quêtant la trentaine passée le sacrement du baptême ? Car Quel est mon nom ? est le récit d'un apprentissage. Celui de l'amour et de la connaissance. Celui d'un acteur qui, toujours, incarne des personnages sans pouvoir définir son rôle, sa place, la vraie. On découvrira le ciment de ces vestiges d'existence dans la richesse des procédés littéraires. Melvil Poupaud, pour dire ceux qui, vivants et absents, l'ont fait grandir, pour dire aussi le métier d'acteur, a convoqué le roman, le conte, flirté avec le fantastique. Dans cette épopée, on croisera Chantal (la mère), Yarol (le frère), Chiara (la première amoureuse), l'oncle Jack, et même Lacan, Rohmer, le batteur de Trust, sans oublier l'irremplaçable Serge Daney, tous protagonistes et « adjuvants » d'un conte illuminé. Ainsi se déploie, élégant et fasciné, Quel est mon nom ?, comme une quête du Graal en forme de quête identitaire.
Du 30 août au 23 octobre, le Département du Pas-de-Calais organise une exposition consacrée à Charles Dickens, pour fêter le bicentenaire de sa naissance. Le Victoria & Albert Museum et la Bibliothèque Nationale de France ont prêté pour l’occasion des manuscrits de l’écrivain, que le public pourra admirer.
Les 17 et 18 septembre, des ateliers pour jeunes de 7 à 12 ans seront organisés. Des lectures publiques et des visites commentées permettront à tout un chacun de se familiariser avec la vie et l’œuvre de l’écrivain. L’ensemble est accueilli au château Hardelot par le Centre Culturel de l’Entente Cordiale, dédié à la promotion de la culture franco-britannique. Le château a souvent reçu Charles Dickens. De style néo-gothique, il a été rénové il y a trois ans.
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Paru pour la première fois en France en 1992 aux Éditions des Femmes, Roman sans titre est aujourd'hui réédité chez Sabine Wespieser éditeur où sont publiés depuis 2006 les livres de la grande romancière vietnamienne. Premier des romans de Duong Thu Huong à avoir été interdit de publication au Viêtnam, il met en scène la dérive hallucinée d'un combattant au cœur de la guerre contre les Américains. Quân, capitaine d'une unité de combat, est envoyé dans la lointaine zone K par Luong, son supérieur, pour retrouver Biên, en passe de sombrer dans la folie. Les trois hommes sont amis depuis l'enfance ; originaires du même village, ils se sont enrôlés le même jour, transportés par leur exaltation patriotique et guerrière. En traversant la jungle et les vallées sinistrées par les bombardements, Quân prend la mesure du fossé qui s'est creusé entre eux. Au fil de son angoissant périple, alors qu'affluent les images de sa vie heureuse et à jamais disparue de jeune homme pressé de défendre son idéal, Quân découvre également l'ampleur des destructions subies par son pays. Le rêve d'un nouveau Viêtnam s'est perdu dans des slogans qui résonnent de manière de plus en plus absurde à ses oreilles. Plongeant au cœur des ténèbres avec une force lumineuse, Duong Thu Huong dénonce, dans ce roman qui tient une place centrale dans son œuvre, la vanité de la guerre et le cynisme de ses instigateurs.
Duong Thu Huong est née en 1947 au Vietnam. À dix-huit ans, l'âge de son héros lors de son incorporation, elle dirigeait une brigade de la jeunesse communiste envoyée au front pendant la guerre. Avocate des réformes démocratiques, elle n'a cessé, à travers ses livres et dans son engagement politique, de défendre vigoureusement ses convictions, finissant par être exclue du parti communiste en 1990, avant d'être arrêtée et emprisonnée sans procès. Depuis le succès en France de Terre des oublis (Sabine Wespieser éditeur, 2006 ; Grand Prix des Lectrices de Elle 2007), elle vit à Paris.
C'est une après-midi de printemps, au bord de la Méditerranée, dans un ancien village de pêcheurs près de Marseille, à la fin des années 70.
C'est là qu'elle entend Patti Smith chanter pour la première fois.
Elle, l'adolescente de seize ans, maigre et timide, entend la voix d'une autre fille maigre qui, à trente ans, avec son premier disque, est devenue une star. Et sa voix lui entre dans le corps. La grâce d'une voix.
Correspondance secrète, cela s'appelle. Comme celle entre Patti Smith et Claudine Galea.
Car on projette toujours ce qu'on est, ce qu'on n'est pas, ce qu'on voudrait être, ce qu'on croit être, sur les artistes. Ils sont là pour nos rêves, nos utopies. Pour nos faiblesses. Pour nos illusions. Pour nos grandeurs.
Né en 1976 à Hambourg, Kristof Magnusson est islando-allemand. Il a écrit une comédie, Crèche pour hommes, qui a été représentée dans plusieurs théâtres à Berlin, et un premier roman, Retour à Reykjavik (Gaïa, 2008).
« Je me suis fait apporter une salade de fruits par le room service, puis j'ai pris le Chicago Tribune que le serveur avait déposé sur le plateau et j'ai commencé à parcourir le journal comme à mon habitude : d'abord les photos de la rubrique sportive, ensuite la partie économique, à la poubelle, et puis… c'est là que je suis tombé sur cette photo dont je n'ai pas pu détacher le regard tant je suis resté figé, décontenancé. Elle montrait un jeune homme épuisé en chemise blanche et dont les yeux fatigués se perdaient dans le vague, jusque dans ma suite junior, jusqu'au sofa où j'étais assis ; il semblait me regarder si directement que je me suis passé la main dans les cheveux avant d'arranger le col de mon peignoir. Derrière lui se profilait quelque chose de flou : le cours d'une action en chute. » Un business boy désespéré convoité par un écrivain qui n'a pas rendu son manuscrit et ne peut plus écrire, lui-même recherché par sa traductrice – qui a pour conseiller financier le businessman susnommé – se croisent et se poursuivent dans Chicago, jusqu'à ce que le hasard les réunisse dans une même maison. Dans un langage dense et sonore, sensuel et plein de nuances, usant de moyens simples et sur fond de panne d'inspiration, de quiproquos, de tragédie amoureuse, de système financier déliquescent et de banque en faillite, Kristof Magnusson compose une partition puissamment évocatrice qui déjoue sans équivoque la pure description et témoigne de son talent tout aussi vigoureux qu'original.
En 2002 a paru son premier roman, Fenêtres sur rues, sélectionné pour le Man Booker Prize, lauréat du prix Betty Trask et du prix Somerset Maugham. En 2006, Jon McGregor publié Il n'y a pas de faux départs, également sélectionné pour le Man Booker Prize. Même les chiens a été unanimement salué par la critique anglo-saxonne.
« On en a tous connu, des gens qui sont morts, mais on n'est pas bien nombreux à en avoir vu. Pensait qu'il aurait l'air de dormir ou quoi mais ça n'avait absolument rien à voir. Plutôt comme, quoi. Des mouches et des vers et des trucs qui dégoulinent par terre. Et puis l'odeur. Vous remue l'intérieur des tripes et vous remonte par la bouche pour ressortir comme ». Quand un dénommé Radcliffe, alcoolique notoire, est retrouvé mort dans son appartement, sa peau est enflée et ramollie, son regard fixe et enfoncé. Une mare huileuse de fluides s'est répandue sur le sol. Quelles sont les causes de son décès ? Comment s'est-il retrouvé seul, à court de vivres, peu après Noël, dans cette petite ville du nord de l'Angleterre ? Une enquête est ouverte. De la découverte du corps à la crémation, de la salle d'autopsie au tribunal, les témoignages se croisent et se répondent. La restitution des derniers instants du défunt passe par les voix de ses proches, tous toxicomanes à la dépendance tenace, à la souffrance physique palpable, à la mémoire vacillante, aux phrases incomplètes. Exploration intime des marges de la société, Même les chiens est un grand roman moderne, parce qu'il dénonce à sa manière la prétention des récits traditionnels à imposer un ordre logique au réel. Comme si la légèreté de la forme, alliée à la gravité du sujet, cherchait à nous faire saisir la triste insignifiance des drames humains.