Ce roman se présente comme le récit parallèle à la célèbre chronique de l'historien égyptien al-Jabarti, témoin oculaire de la conquête de l'Egypte par Napoléon Bonaparte en 1798. Sous ses airs de roman historique, cette vraie fausse chronique qui n'épargne personne, tenue par un disciple anonyme d'al-Jabarti, jeune, perspicace, curieux de tout et possédant quelques rudiments de français, résonne étonnamment avec l'époque contemporaine. Car c'est en réalité toute l'histoire des relations orageuses entre les Arabes et l'Occident qu'y explore Sonallah Ibrahim, en profondeur, avec humour mais sans concession.
Prix France Culture-Télérama 2011
Nicolas Fargues raconte que, sur le périphérique, un dimanche, ses deux fils étaient assis à l'arrière de la voiture et une station de radio a passé Don't Matter, d'Akon, une chanson qu'il n'avait jamais entendue jusque-là. Comme elle ne lui plaisait pas, il a voulu changer de fréquence. Mais son fils aîné, qui connaissait les paroles par cœur, l'a supplié de lui laisser l'écouter jusqu'au bout. Dans les semaines et les mois qui ont suivi, Nicolas Fargues a entendu le morceau à plusieurs reprises sans pour autant l'apprécier davantage. Mais puisque désormais il était immanquablement associé à l'image de son garçon, il l'a lui aussi, chaque fois, écouté jusqu'au bout. Un matin, son fils a quitté l'appartement pour l'école comme chaque jour, en lui faisant un signe de la main puis en se retournant, avec son énorme cartable sur le dos et son jean baissé jusqu'à mi-fesses. Attendri, Nicolas Fargues a eu cette pensée étrange et en même temps irrépressible que si son fils venait à mourir brutalement au cours de la journée, il ne pourrait plus jamais écouter cette chanson d'Akon qui ne l'émouvait pourtant pas plus que cela. C'est d'imaginer tout ce qu'il pourrait ressentir qui a été le point de départ de ce roman non autobiographique qui, sur un ton proche de son roman J'étais derrière toi (2006), adopte cette fois le motif de l'enfance pour parler d'amour et de solitude. Dur, car il se situe dans les jours et les semaines qui suivent la mort accidentelle d'un enfant, un pré-ado, on y voit et on y écoute son père revivre non seulement les circonstances du drame mais aussi leur vie quotidienne et tout ce qui commençait à les opposer l'un à l'autre, tous les conflits commençant qui dressent les fils contre les pères et d'autant plus lourdement quand il s'agit d'un père « séparé ». On retrouve dans ce roman toute la finesse d'analyse de Nicolas Fargues, son talent d'observateur des comportements, des codes et des modes. Un roman qui nous emmène jusqu'en Afrique, où il va trouver sa conclusion suspendue, un roman qui est aussi un hommage intense à l'enfance.
Anaïs naît et grandit dans un village de bord de mer. Très belle et choyée, elle rêve tôt d'un destin romanesque et désuet, de bohème et de chic. L'amour la conduit jeune à Paris. Elle y mène une pauvre vie de maîtresse. Elle est notamment celle, passionnée et insatisfaite, d'un galeriste très âgé. À la mort de ce dernier, elle retourne dans son village, que la modernité défigure. Il s'agit pour elle d'un renoncement. Elle y mourra entourée de ceux qu'elle n'a jamais su aimer, sa mère, son fils Christophe, son ami d'enfance, Armand. Le texte est un assemblage de fragments signifiants (mais qui peuvent sembler anodins) de la vie gaspillée d'une femme. Un livre porté par une écriture d'une extraordinaire sensibilité : l'auteur, un homme pourtant, réussissant à littéralement habiterson personnage. Mélancolie douce-amère, dérive des sentiments, descriptions d'une grande précision quelle que soit l'époque, style évoluant en fonction du narrateur, Anaïs est un grand roman bref.
Afin d'éviter le déshonneur à sa famille, une jeune japonaise se travestit pour devenir kamikaze à la place de son frère déserteur. C'est au côtés de Kosaburo, son modèle et son amour d'enfance que Mitsuko se préparera à accepter la mort.
En 1807, dans les Pyrénées ariégeoises, deux chasseurs aperçoivent et traquent une femme nue, accompagnée d'un ourson. Capturée, hurlant comme une démente ? on l'appellera désormais la Folle du Montcalm ?, elle est conduite chez le curé du village. L'inconnue ne prononce que ces mots : « Robespierre a tué ma famille », et s'échappe dans la nuit. Elle passera encore deux années dans la montagne avant d'être reprise et jetée en prison, à Foix. Pour y mourir peu après. Qui était cette femme ? Comment a-t-elle pu survivre ? Est-elle vraiment morte en prison comme on l'a dit ? Pourquoi le redoutable Fouché, ministre de la Police de Napoléon, s'intéressa-t-il tant à elle ? Et pour quelles curieuses raisons le préfet de l'Ariège tenta de la sauver ?
C'est cette incroyable mais authentique histoire qu'a reconstituée Michel Gardère, secondé par Anne-Charlotte Delangle. Palpitant comme un polar et admirablement documenté, "La Femme sauvage" nous raconte une extraordinaire aventure humaine.
Ce volume contient :
Préface de Claude Leroy – Vie et Œuvre illustré
I. Poèmes :
Du monde entier, comprenant : Les Pâques à New York (1912) – Prose du Transsibérien et de la Petite Jeanne de France (1913) – Le Panama ou les aventures de mes sept oncles (1918) – Feuilles de route suivi de Sud-Américaines (1924-1928)
II. Romans :
L'or. La merveilleuse histoire du général Johann August Suter (1925) – Moravagine (1926) – La fin du monde filmée par l'ange N.-D. (1919) – Dan Yack (1929)
III. Nouvelles :
« Le rayon vert » (La Vie dangereuse, 1938) – « Febronio (Magia sexualis) » (La Vie dangereuse, 1938) – « La femme aimée » (La Vie dangereuse, 1938) – « L'Amiral » (D'Oultremer à Indigo, 1940)
IV. Mémoires :
Vol à voile. Prochronie (1932) – Une nuit dans la forêt (Premier fragment d'une autobiographie) (1929) – Bourlinguer (1948) – « La Tour Eiffel sidérale » (Le Lotissement du ciel, 1949)
Bibliographie
Le titre retenu pour ce volume, Partir, annonce explicitement le projet éditorial. Sont ici réunis des textes choisis, organisés autour du thème du voyage, l'un des thèmes forts de l'œuvre. Les textes sont assemblés par genre et, à l'intérieur du genre, par ordre chronologique.
La vie nomade de Cendrars et l'extrême diversité de ses livres ont fait passer pour un touche-à-tout celui que sa curiosité et son ambition littéraire poussaient à une expérimentation incessante. L'ouverture de ses archives à la Bibliothèque nationale suisse de Berne a dissipé cette réputation d'improvisateur. Vie et écriture pour lui ne font qu'un : « la vie pauvre » des hommes de lettres le désespère. Partir, c'est être en phase avec le mouvement perpétuel, qui commande toute création. Et la bourlingue, telle qu'il la pratique, se mesure moins à la liste de ses voyages qu'au pouvoir de renouvellement de sa création.
Ouvrage publié sous la direction de Claude Leroy
Après la déportation par les Russes de quatre mille officiers polonais dans le camp de Starobielsk, d'octobre 1939 jusqu'au printemps 1940, quatre cents d'entre eux furent déplacés à Griaziowietz : ils furent les seuls à échapper au massacre de Katyn. Afin de surmonter leur abattement et leur angoisse, les prisonniers imaginèrent de se donner mutuellement des cours ou des conférences. Tandis que d'autres parlaient d'histoire, de science ou d'alpinisme, Joseph Czapski fit une série d'exposés sur la littérature française. Comme une mise en abyme, la remémoration de La Recherche du temps perdu par un prisonnier de guerre gravement atteint dans sa santé, sans livres ni documents à sa disposition, est elle-même une véritable création, et d'autant plus que Czapski n'est ni philosophe (il s'en excuse) ni critique professionnel (il en surclasse plus d'un…), mais lecteur et artiste, qui met en valeur la nouveauté de la phrase et de la forme proustienne, tout en ramenant son théâtre prodigieux à la filiation de Saint-Simon et de Balzac. Un lecteur qui n'a jamais lu Proust découvrira, dans ce livre miraculeusement arraché à la déchéance, un chemin tracé vers un auteur qu'on a dit, à tort, réservé aux élites ou entaché de snobisme mondain. Livre à la fois émouvant et pénétrant, Proust contre la déchéance est constitué de causeries improvisées entre 1941 et 1942 par le peintre polonais Joseph Czapski, devant ses camarades prisonniers du camp soviétique de Griaziowietz.
L'auteur Né à Prague en 1896 dans une famille aristocratique polonaise, Joseph Czapski passa son enfance en Biélorussie, puis fit des études de droit à Saint-Pétersbourg et de peinture à l'Académie des Beaux-arts de Cracovie. Czapski fut parmi les rares officiers de l'armée polonaise qui survécurent au massacre de Katyn en 1940. Son livre Souvenirs de Starobielsk retrace ses efforts pour faire connaître la vérité à propos de ce crime. Comme peintre, Czapski est connu notamment pour son appartenance au mouvement kapiste, qu'il contribua à fonder avec quelques amis, pendant son séjour à Paris (1924–1933). Après la Seconde Guerre mondiale, il vécut en exil en France, à Maisons-Laffitte, dans la banlieue de Paris. Il participa à la fondation du mensuel culturel polonais Kultura de Jerzy Giedroyc. Il y est mort en 1993.
Summer Hill, une banlieue de Sydney, dans les années 1940.
Pour les femmes restées au pays, la guerre est aussi une épreuve. Sans nouvelles de son mari, mobilisé dans le Pacifique, Catherine est persuadée qu'il est mort. Ne supportant plus la solitude, elle finit par trouver du réconfort auprès d'un soldat américain. Mais, en février 1946, son époux revient. Hanté par le souvenir des combats, il n'est plus le même homme. Catherine est quant à elle rongée par la culpabilité. Car l'adultère n'est pas le seul de ses secrets.
Avec ce roman remarquable de justesse psychologique, Laura Bloom évoque de façon subtile les drames intimes engendrés par la guerre et offre le magnifique portrait d'une femme qui assume ses choix envers et contre tous.
Monstre d'égoïsme, misanthrope maladivement paranoïaque, capable d'abandonner sans remords plusieurs de ses enfants…
Jean-Jacques Rousseau est aujourd'hui encore sous le coup d'un jugement sans appel sur ses mœurs et sa personnalité.
En nous plongeant au cœur bouillonnant de la vie mondaine du XVIIIe siècle, de l'intimité amoureuse et psychologique de ses figures les plus célèbres, Olivier Marchal propose un portrait radicalement nouveau, plus attachant et nuancé, de l'auteur des Confessions.
Alors que ses amis Encyclopédistes lui prédisent un avenir glorieux, Rousseau décide inexplicablement de tourner le dos à son destin.
Est-il le jouet de sa propre manipulation ou la victime d'implacables adversaires de l'ombre ?
Riche de détails méconnus, souvent puisés dans les écrits mêmes de Jean-Jacques ou de ses contemporains, cette évocation ressuscite Diderot, Thérèse Levasseur, Grimm, d'Alembert, Louise d'Épinay, Madame Dupin, la comtesse d'Houdetot ou Voltaire…
Tous acteurs d'une troublante Comédie des masques, ils semblent prisonniers de leurs personnages et des soubresauts d'un monde finissant, bouleversé par les visions prémonitoires d'un de ses plus grands pourfendeurs.
La Comédie des Masques est le premier roman d'Olivier Marchal, fruit de plus de dix années de lecture et de recherches passionnées sur le XVIIIe siècle et sur l'œuvre de Rousseau.
Mourir d'enfance, L'étrange monsieur Joseph, La fermeture
Alphonse Boudard
Entre émotion et virtuosité littéraire, trois titres, trois bonnes raisons de redécouvrir un grand écrivain français disparu il y a maintenant dix ans.
« C'était un homme à majesté, un grand écrivain. Un moraliste sous ses airs goguenards, d'une érudition folle, même s'il avait fait ses universités ailleurs que dans les endroits habituels. » Louis Nucera
« On connaissait le Boudard de la langue verte et de la verve populaire, ce livre révèle un Boudard plus personnel, sensible et révolté, un magnifique écrivain français », concluait la quatrième de couverture de Mourir d'enfance, le « roman » dans lequel Boudard, plus personnel que jamais, évoquait ses années de jeunesse et ses relations avec sa mère. Le jury de l'Académie française fut du même avis que l'éditeur et lui décerna pour ce livre son Grand Prix du roman en 1995. Avant de disparaître, en 2000, à l'âge de soixante-quatorze ans, Alphonse Boudard devait encore publier un livre aux Éditions Robert Laffont, L'Étrange Monsieur Joseph (1998), portrait d'un personnage hors-norme qu'il avait rencontré en prison, ferrailleur juif, embrouilleur professionnel, pourvoyeur de métaux pour les nazis, voguant de façon ambiguë durant la guerre entre la Gestapo et l'armée des Ombres. Aujourd'hui, ces deux ouvrages auxquels s'ajoute La fermeture, paru chez Robert Laffont en 1986 et consacré aux maisons closes (« J'ai toujours vécu avec ces histoires de bordel en toile de fond, disait Boudard, parce que ma mère se défendait comme ça »), sont réunis en un seul volume. Ce triptyque forme un ensemble cohérent, qui reflète le regard que Boudard jetait sur cette période si marquante, de l'avant-guerre à l'après-guerre en passant par les années d'occupation, période durant laquelle il a lui-même traversé des univers aussi distincts que ceux de la Résistance et des Forces françaises libres d'un côté, de la pègre, de la prostitution et de la prison de l'autre. Sous le triple visage du romancier, du biographe et de l'historien, Alphonse Boudard fait revivre un monde disparu et impose son talent, celui d'un écrivain à la gouaille, à la truculence, à l'invention verbale rares.
Parmi ses livres les plus connus, citons La Métamorphose des cloportes, La Cerise, Les Combattants du petit bonheur (prix Renaudot 1977), L'Hôpital.
Mourir d'enfance
Alphonse Boudard raconte son enfance dans une famille d'adoption, de modestes paysans du Loiret, sa rencontre à l'âge de sept ans avec une « jolie dame parfumée de la ville », sa mère, qui, échappée d'une maison close, l'emmène avec elle et l'arrache à un destin tout tracé d'ouvrier agricole pour l'installer dans le XIIIe arrondissement de Paris, une mère qu'il ne verra que rarement et aux bras d'« oncles » toujours nouveaux. Il raconte aussi ses émois d'adolescent, ses aventures amoureuses, sa formation d'ouvrier typographe parmi les apaches de la Butte aux cailles, durant l'Occupation, l'hésitation entre le Général et le Maréchal, puis, quand le hasard et l'amitié auront bien fait les choses, son engagement dans la Résistance, et l'armée de De Lattre où il récoltera non seulement une blessure mais… la croix de guerre. Il raconte enfin ses « dérapages », entre trafic de fausse monnaie et cambriolages de coffres forts qui lui vaudront plusieurs séjours en prison, de 47 à 49, et de 57 à 61… et d'assister, menottes aux poignets, grâce à une mesure de clémence, aux obsèques de sa mère. Ce texte juste et émouvant a offert à Boudard la consécration du Grand prix du roman de l'Académie française.
L'Étrange Monsieur Joseph
Né en Bessarabie de parents tués peu après dans un pogrom, Joseph Joanovici débarque en France en 1925 et devient par son travail et sa gouaille hilare un ferrailleur réputé. Lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale, il comprend vite que les Allemands vont avoir besoin de métal, le nerf de la guerre. Grâce à eux, il va devenir milliardaire. En 1949 son procès déchire les Français déjà bien perdus : tel grand résistant, tel passeur certifie que sans lui il serait mort, d'autres disent l'avoir vu offrir des millions à la Gestapo, d'autres encore qu'il a fourni la majorité des armes de l'insurrection de Paris… Alphonse Boudard, qui a connu Joanovici en prison, en dresse ici le portrait et soulève les masques de ce personnage ni blanc ni noir qui réunit à lui seul toutes les ambiguïtés de la société française de cette époque.
La Fermeture
Le 13 avril 1946, l'assemblée nationale abolissait les maisons de tolérance et Mac Orlan déclarait : « C'est la base d'une civilisation millénaire qui s'écroule. » Alphonse Boudard s'est penché sur cette civilisation et, en historien des mœurs éprouvé, nous entraîne de l'âge de pierre à la IIIe République. Surtout, il nous fait découvrir les glorieux établissements du One Two Two, du Chabanais et du Sphinx, et les lugubres façades de Fourcy et du Panier Fleuri, ces assommoirs du sexe où les « filles » faisaient plus de soixante-dix passes par jour. À cet univers à la fois éclatant et sordide a succédé celui de la prostitution en plein air, sur les trottoirs ou à l'orée des bois. Les filles y ont-elles gagné ? Marthe Richard avait-elle songé à cela dans sa croisade ? Et quelles étaient au juste les motivations de cette personne aussi trouble que célèbre ? Alphonse Boudard répond à toutes ces questions.