Ella Rubinstein a en apparence tout pour être heureuse : une jolie maison dans le Massachusetts, trois beaux enfants, un chien fidèle. Mais, à l'aube de ses quarante ans, elle se demande si elle n'est pas passée à côté d'elle-même. Les infidélités de son mari ne sont plus un mystère et les cours de cuisine du jeudi ne suffisent pas à exalter sa vie monotone. Décidée à reprendre une activité professionnelle, elle est engagée comme lectrice par un agent littéraire. Sa première mission : rédiger une note sur un manuscrit signé Aziz Z. Zahara. Ce roman, qui retrace la rencontre entre le poète Rûmi et le plus célèbre derviche du monde musulman, Shams de Tabriz, va être une révélation pour Ella. Au fil des pages, elle découvre le soufisme, le refus des conventions et la splendeur de l'amour. Cette histoire se révèle être le miroir de la sienne. Aziz – comme Shams l'a fait pour Rûmi sept siècles auparavant – serait-il venu la libérer ?
Fille de diplomate, Elif Shafak est née à Strasbourg en 1971. Elle a passé son adolescence en Espagne avant de s'établir en Turquie. Après des études en «?Gender and Women's Studies?» et un doctorat en sciences politiques, elle a un temps enseigné aux États-Unis. Elle vit aujourd'hui à Istanbul. Internationalement reconnue, elle est notamment l'auteur de La Bâtarde d'Istanbul (Phébus, 2007), de Bonbon Palace (Phébus, 2008) et de Lait noir (Phébus, 2009). Soufi, mon amour est l'un des plus grands succès de librairie des dernières décennies en Turquie.
Alan Pauls est né à Buenos Aires en 1959. Il a été professeur de théorie littéraire, scénariste, traducteur, critique de cinéma. Il est actuellement journaliste pour « Radar », le supplément culturel du quotidien Página/12. Il a publié trois roman et différents essais, dont El factor Borges.
« C'est la première, ce n'est pas la seule. La première blessure de toute une série qui l'accompagne et le regarde vieillir et qui se poursuit jusqu'ici, jusqu'à aujourd'hui, jusqu'à ce moment critique où la shampouineuse lui met sur els épaules la serviette humide avec laquelle elle lui a essuyé la tête, tout en le guidant jusqu'à un fauteuil avec une délicatesse plutôt étrange, comme si c'était un aveugle ou comme si on venait tout juste de l'opérer de quelque chose de très grave, et qu'elle lui dit : « Venez pas ici. C'est Celso qui va vous couper les cheveux », tout en lui indiquant une petite armoire à glace humaine, ou plutôt une commode, en tee-shirt blanc, avec des bras aussi gros que des troncs d'arbre, qui balaie le sol en ciment lisse du local avec une balayette et un soin méthodique, lent. » Contre toute attente, la séance de coupe ne se solde pas par un échec. Aux yeux du narrateur, un intellectuel raffiné obsédé par sa coiffure, le coiffeur paraguayen est un génie. Il a surmonté toutes les épreuves de la coupe de cheveux sans effort, avec une aisance aristocratique. Mais Celso disparaît sans prévenir, tandis que d'autres individus refont étrangement surface dans la vie du narrateur. Le miracle de sa nouvelle coupe porte-t-il à conséquence ? La force de ce livre, d'une beauté sombre et tragique, naît du regard qu'Alan Pauls porte sur l'histoire argentine. Tout est violence sourde, maîtrise et tension. Plus qu'une parodie sans états d'âme, Histoire de cheveux est un cri de révolte. Un acte de liberté.
Prix du roman Fnac 2010 En 1992, l'union soviétique s'effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes. Ainsi, lorsqu'elle trouve Zara dans son jardin, une jeune femme qui semble en grande détresse, elle hésite à lui ouvrir sa porte. Ces deux femmes vont faire connaissance, et un lourd secret de famille va se révéler, en lien avec le passé de l'occupation soviétique et l'amour qu'Aliide a ressenti pour Hans, un résistant. La vieille dame va alors décider de protéger Zara jusqu'au bout, quel qu'en soit le prix. Sofi Oksanen s'empare de l'Histoire pour bâtir une tragédie familiale envoûtante. Haletant comme un film d'Hitchcock, son roman pose plusieurs questions passionnantes : peut-on vivre dans un pays occupé sans se compromettre ? Quel jugement peut-on porter sur ces trahisons ou actes de collaboration une fois disparu le poids de la contrainte ? Des questions qui ne peuvent que résonner fortement dans la tête des lecteurs français.
Née à Paris en 1972, Karine Tuil est l'auteur de huit romans parmi lesquels Tout sur mon frère (2003), Quand j'étais drôle (005), Douce France (2007) et La Domination (2008), tous publiés chez Grasset.
En Allemagne de nos jours. Juliana Kant, première fortune allemande, femme froide, retenue, secrète, mariée, a une aventure amoureuse avec un homme qui a tout du prédateur sexuel, Herb Braun. Au bout de quelques mois, d'un hôtel l'autre, d'un rendez-vous clandestin l'autre, l'homme menace de révéler à la presse leur liaison : tous leurs ébats ont été filmés. La milliardaire dénonce le gigolo. On l'emprisonne, la morale est presque sauve, l'argent bien gardé.
Une affaire de mœurs ? Une coucherie prosaïque qui tourne au chantage sordide ? Karine Tuil, dans son roman le plus puissant, le mieux construit, dévoile l'arrière-monde de cette liaison à risques : qui est à l'origine d'une telle fortune allemande ? Pourquoi le grand-père de Juliana, premier mari de Magda Goebbels et nazi notoire, n'a t-il pas été arrêté à la Libération ? Sait-on que le père d'adoption de Magda était un juif qu'elle a renié puis effacé de sa mémoire ? Pourquoi les Kant n'ont-ils jamais autorisé une enquête sur leurs activités industrielles sous le Reich ? Le père de Braun est-il vraiment un ancien déporté du camp de Stöcken, ou est-ce un leurre ? Son fils l'a-t-il vengé en humiliant sexuellement la jolie bête blonde ? Qui est vraiment Herb Braun ? Que veut-il ? Les fils sont-ils responsables des fautes des pères ?
Richard, un new-yorkais sur le point de fêter ses soixante ans, sent la déprime le gagner. Sa femme Evelyn l'a quitté douze mois plus tôt, Manhattan l'ennuie, son travail aussi. Il décide de tout abandonner pour couler des jours tranquilles à Key West, dans une maison de retraite de luxe. Il rejoint la Floride par la route. Dans un bar, Richard tombe brutalement amoureux de Zoë, une serveuse de vingt-deux ans. Elle est insatiable à tous points de vue, drôle, insaisissable, joyeuse. Le couple quitte rapidement Key West pour fuir une tornade qui approche. Commence alors une errance burlesque durant laquelle se révèlent les antagonismes de ce couple bizarrement assorti. Pendant les haltes du voyage, quand Zoë n'épuise pas Richard par une libido volcanique, le sexagénaire appelle son psychanalyste. Il invoquerait presque Dieu, bien qu'il soit athée, pour comprendre ce qui lui arrive. Ses doutes sur cette relation remuante se mêlent à la nostalgie qu'il éprouve à se souvenir de son mariage gâché ou des rapports houleux qu'il entretient avec sa fille. Malgré tout, Richard et Zoë finiront par s'installer dans l'appartement de Manhattan, pour y vivre un bonheur tranquille – du moins pour quelque temps.
Un roman plein de verve et d'humour, truffé de dialogues savoureux, de notations pétillantes sur la vie, le sexe et l'amour... Antonia Kerr a commencé la rédaction de ce roman alors qu'elle avait à peine dix-sept ans. Sa maîtrise désinvolte charme et surprend, et laisse entrevoir un vrai tempérament d'écrivain.
Salué par Roberto Bolaño comme le livre le plus « habile et voyou »
de ces dernières années, Mantra est une sorte d'ode labyrinthique à Mexico, un roman-monstre éclaté où l'âme de la capitale mexicaine est passée au scanner à travers trois récits étrangement assortis, dont un gigantesque atlas de la ville en forme de notices lisibles dans n'importe quel ordre. Des dizaines d'histoires et de personnages se croisent dans ce magma narratif envoûtant et truffé de références artistiques, de Kubrick à Lowry en passant par Kerouac et Juan Rulfo, l'auteur de Pedro Páramo
(le roman mexicain culte par excellence). La richesse de cet ovni est telle que même si on s'y perd, on n'a qu'une envie lorsqu'on arrive au bout : recommencer. Epok, l'Hebdo de la Fnac.
Extrait du livre : Martin Mantra disait que toute histoire - même la plus courte et la plus insignifiante - ne peut être bien racontée qu'à condition d'entamer son récit au commencement de tout, sur ce fameux big-bang, ce "il était une fois..." original qui nous inclut tous. Il faut toujours partir du Vide Absolu et le remplir peu à peu, sans se presser, comme on remplit une piscine dans laquelle on ne nagera jamais. Pourtant, quelle joie de voir d'autres personnes y barboter, de la voir surgir des profondeurs pour reprendre sa respiration et retourner sans hâte au fond de ces eaux bleues et chlorées ! C'est une course avec une seule participante et une seule gagnante. Mais ce n'est pas cette histoire que je vais relater ici. Je n'ai pas assez de temps ni de connaissances. Je commencerai donc par un début plus proche, mais qui me semble tout aussi transcendant. Je commencerai en disant qu'à l'époque, nous étions différents. Pas pour une question d'âge, de taille ou d'idées, mais parce que ceux qui vivent sur cette planète éphémère de la Nébuleuse de Jamais-Jamais connue sous le nom d'Enfance (la seule patrie possible et, en même temps, un endroit dont les habitants s'éteignent aussitôt, un lieu qui disparaît pour certains afin d'être ensuite peuplé par d'autres arrivant toujours après, comme ces villes aztèques brusquement désertées) demeurent d'étranges animaux, des créatures qui ne restent jamais tranquilles quand on les capture pour les classer dans le bestiaire du moment. Ce sont des êtres complètement différents de ce qu'ils finissent par devenir. Étonnamment durs et forts auparavant - contrairement à ce qu'on a tendance à croire, nous sommes dans notre enfance plus puissants et plus résistants à tout -, ils ne se doutent pas qu'avec le temps, ils vont s'amollir, s'emplir de craintes et se fragiliser. Nous tombons des arbres, dormons par terre, saignons peu, cicatrisons vite, sommes ravis de nous rouler dans notre propre merde, pleurons de rire. Les maladies s'attardent à peine sur nos corps pour boire un cocktail fébrile avant de poursuivre leur chemin. Nous adorons fêter notre anniversaire car ce jour confirme la brièveté de tout ce qui fut et l'infini de tout ce qui sera. Elle est encore si loin, la première nuit où, pour la première fois, nous cessons de songer à l'avenir pour nous réfugier dans une redécouverte imprécise de notre passé. Tant que nous sommes neufs nous ne vieillissons pas : nous grandissons. Comme des tumeurs. Comme des Sea Monkeys.
En 1966, Dang Thuy Trân s'engage comme volontaire dans la lutte contre l'occupation américaine au Vietnam. Elle a vingt-trois ans, elle est médecin et tient un journal de sa vie de guerre. Elle meurt en juin 1970, au cours du bombardement de l'hôpital dont elle a la charge.
La couleur des rêves et des espoirs rehausse-t-elle la beauté de la jeunesse ? Dang Thuy Trân a passé la sienne dans le fracas des balles et des bombes. Elle n'a connu que la sueur et les larmes, les plaintes des vivants et le sang des morts. Immolée nuit et jour au feu de la haine, elle a été trempée à toutes les épreuves de la guerre et n'a été conduite que sur des chemins pleins de danger. Dans ces carnets où priment la douleur et le sentiment de l'urgence lié à l'inquiétude des combats, elle raconte le quotidien de sa courte vie de médecin, s'interroge sur sa capacité à survivre, à se contrôler en toutes circonstances. « Encore un an et je ne serai plus très loin de mes trente ans. Encore quelques années et je serai devenue un cadre sérieux et plein d'expérience. Quand tout cela me vient à l'esprit, je deviens soudain mélancolique. Mes jeunes années sont passées comme un songe dans le fracas des obus et des bombes, la guerre m'a volé le bonheur et l'amour auxquels ma jeunesse avait droit. Qui n'aime pas le printemps passionnément ? Qui n'a pas envie de garder un regard vif et des lèvres gonflées de vie ? Mais aujourd'hui les jeunes de vingt ans doivent renoncer provisoirement à leurs rêves de bonheur pourtant légitimes. Le rêve maintenant c'est de vaincre les bandits américains, c'est l'indépendance et la liberté de notre pays. » Ce chant fragmentaire qui laisse entendre ses brisures et ses silences possède une fonction précieuse : il lutte contre l'oubli. Au Vietnam, il est devenu un best-seller.