Léa m’ordonne de poncer doucement le granit ; je m’y emploie sous le regard de la reine. Au retour,
avant de sortir de la nécropole, elle m’indique un anneau de fer scellé dans une trappe de béton.
Péniblement je la soulève. De sa canne, Léa fouille les os et les crânes avec un sourire délicieux.
A travers ces courtes réminiscences, Jean-Gilles Badaire évoque les paysages désolés et le ciel
prodigieusement gris de son enfance. Sombres souvenirs sourdant d’une flaque de verdure et
révélant, jusqu’alors tapis sous les pierres moussues de la Breuille, une époque ou un lieu oubliés.
Un dessin dialogue avec chacun de ces quinze brefs récits.
L’histoire du livre ? L’inventeur Capolino avait enfin réussi à ne plus jamais mourir.
Lovay donne au monde des idées un état physique. Il offre alors un univers halluciné, coloré,
fourmillant de bêtes, de plantes et de mondes enchâssés. Sa générosité avec les mots, sa
confiance dans la langue galvanisent et modifient notre rapport aux choses. A sa lecture, on a
la formidable sensation d’éprouver pour ainsi dire toutes les sensibilités du monde. C’est vrai
qu’il faut prendre son élan au début de chaque phrase comme pour un plongeon. Le vertige à
lire Tout là-bas avec Capolino se reflète dans ce qu’on y lit : la nature s’enfonce dans la
nature, il y a un trou dans le ciel, une pensée à l’intérieur d’une autre pensée. Il est question
du futur dans le passé, d’une présence dans l’absence ou du souvenir d’une future blessure,
mais il ne faut pas s’inquiéter, tout devient lumineux dans ce périple sur la fin et le
commencement.
Au sujet de Jean-Marc Lovay, on a parlé d’un « styliste prodige » dans le Magazine littéraire.
Pour Le Monde, « le livre refermé, on se surprend à guetter les bruits d’une nouvelle manière,
à tenter de percevoir le chant des oiseaux, et le silence qui suit est encore de Lovay ». Pour le
médiéviste Charles Méla, l’écriture de Lovay est tout simplement « à vous couper le
souffle ! »
Tout là-bas avec Capolino est son dixième roman (il a publié le premier, Les Régions
céréalières, chez Gallimard en 1976). Entre montagnes et forêts, c’est parfois la trace d’un
blaireau qui emmène son écriture.
Jakub est professeur de droit à l'Université de Gdañsk, sûr de lui, bien mis. Il sait ce qui est juste et ce qui est faux, et quand une fille se plaint, que c'est injustement qu'elle aurait raté son examen, ce sont des propos qui le laissent de glace. Jusqu'à ce qu'il apprenne un jour par le plus pur des hasards qu'elle s'est suicidée. Sa conscience commence à le tourmenter. Plus rien ne pourra arrêter son déclin moral. Il fait des petits vols à l'étalage, se sépare de sa femme, perd son travail et son appartement et erre comme un sans-abri dans la ville...
Né en 1949, Stefan Chwin recrée le climat culturel de son enfance et révèle sa fascination pour sa ville de Gdansk. Auteur des romans Hanemann, (1995) et Esther, (1999) il fut lauréat du prix du Pen Club polonais pour l'ensemble de son oeuvre, du prix Gryphius et du Prix décerné par la Fondation de la Culture. Traduit du polonais par Frédérique Laurent
Né à Londres, d’une mère russe et d’un père anglais, Owen Matthews a étudié l’histoire à l’université d’Oxford avant d’entamer une carrière de journaliste. Il est actuellement directeur de la rédaction de Newsweek à Moscou.
« Dans une cave de l’ancien quartier général du KGB à Tchernigov, au cœur des terres noires ukrainiennes, un épais dossier de carton brun prend la poussière sur une étagère. Il renferme près de un kilo et demi de papier sous sa couverture rongée par le temps. Les documents, soigneusement numérotés et classés, concernent le père de ma mère, Boris Lvovitch Bibikov. Son nom, calligraphié en belles lettres rondes d’une étonnante distinction, figure sous l’intitulé du dossier, frappé à la machine : « Top secret. Commissariat du peuple aux Affaires intérieures. Bloc antisoviétique des droitistes-trotskistes en Ukraine. » Ce dossier retrace les derniers jours de mon grand-père, mort aux mains de la police secrète de Staline alors que l’été 1937 virait à l’automne. Je l’ai lu dans un bureau minable de Kiev, cinquante-huit ans après les faits. Il pesait sur mes genoux comme une grosse tumeur étrangement malveillante. Une odeur musquée, presque acide, s’en dégageait. » S’appuyant sur le dossier de cet homme victime des purges de 1937, mais aussi sur les centaines de lettres que ses parents se sont adressées entre juillet 1964 et octobre 1969 – son père, un Anglais russophile, a refusé de coopérer avec le KGB ; sa mère, Russe, est devenue une intellectuelle dissidente – et sur sa propre expérience de la Russie contemporaine, Owen Matthews a décidé de raconter les destinées des membres de sa famille tout en mettant en lumière sa vision de la société russe. Une chronique poignante, palpitante, d’une remarquable puissance d’évocation.
« Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. » – La Rochefoucauld
Après Le Bourreau de l’amour. Histoires de psychothérapie, Apprendre à mourir. La méthode Schopenhauer, Mensonges sur le divan, Et Nietzsche a pleuré, La Malédiction du chat hongrois. Contes de psychothérapie et Thérapie existentielle, Galaade souhaite traduire en français ce qui est peut-être l’un des ouvrages les plus personnels d’Irvin Yalom.
Alliant encore une fois l’art du conteur et celui du médecin, Le Jardin d’Épicure est une approche profondément réconfortante de la question universelle de la mort. Dans ce texte magistral, fruit de l'œuvre de toute une vie, Irvin Yalom nous aide à comprendre combien la peur de la mort est au cœur de nos angoisses. Ainsi se confronter à notre propre mortalité aide-t-il à choisir nos priorités, à mieux communiquer avec nos proches, à mieux apprécier la beauté de la vie et à prendre les risques nécessaires à l'épanouissement personnel. Le récit de ceux ou celles que rencontre l’auteur et qui sont confrontés à l’angoisse de la mort, relayé de nombreux cas issus de la littérature et du cinéma, guide le lecteur dans un véritable parcours initiatique.
Écrit au plus près de son expérience d’homme et de thérapeute et traversé par une ferveur rare, Le Jardin d’Épicure est un texte dans lequel la compassion envers autrui et la sagesse des grands penseurs conduisent Irvin Yalom à nous livrer des enseignements précieux pour surmonter l'angoisse et vivre des existences plus heureuses et plus riches.