Née en 1957, Lorrie Moore se fait remarquer à l'université par Alison Lurie. En 1985, son premier recueil de nouvelles, Des histoires pour rien, connaît un succès immédiat. D'autres livres suivront, comme Vies cruelles ou Déroutes. Après plus d'une décennie de silence, elle revient avec La passerelle, roman plébiscité par la presse américaine.
« Le monde vert et morne de la ferme de mes parents, sans bétail ni chevaux – son ennui, ses mouches, son silence déchiré chaque jour par les fumées et le ronronnement des moteurs – s'était évanoui pour me faire découvrir une vie urbaine riche en livres, films et camarades pleins d'esprit. Quelqu'un avait allumé la lumière pour moi. Quelqu'un m'avait fait sortir de ma grotte de Perryville Road. Mon esprit était enflammé par Chaucer, Sylvia Plath et Simone de Beauvoir. Deux fois par semaine, un jeune professeur du nom de Thad, qui portait un jean et une cravate, venait parler avec excitation à un amphithéâtre rempli de gosses de ferme aussi éberlués que moi de la pratique masturbatoire de la virgule par Henry James. J'étais ensorcelée. Je n'avais encore jamais vu d'homme qui portait une cravate avec un jean. » Tassie Keltjin vient de loin. Lorsqu'elle s'installe dans la ville universitaire de Troie, son univers bascule. Tout sonne comme une aventure, un rite, une décision à savourer. Indépendante, elle se sent vivre. Du jour où elle devient baby-sitter pour un couple qui adopte une petite fille métisse, le vernis idyllique de cette petite ville bourrée d'insatisfaction se craquelle : elle découvre le racisme ordinaire de l'Amérique profonde et l'inavouable secret de ses employeurs. Sous la plume de Lorrie Moore, le moindre récit prend un caractère dramatique et intense. On retrouve, avec La passerelle, ce qui l'a consacrée par le passé : le portrait, d'un incomparable relief, d'une Amérique désenchantée, une structure romanesque faisant succéder une crise à un équilibre initial, et surtout un esprit critique et satirique qui, pour être exprimé avec une limpide élégance, n'en est pas moins mordant.
Stewart O'Nan est né en 1967 à Pittsburgh. Publié depuis ses débuts par les Éditions de l'Olivier, il est l'auteur notamment de Speed Queen, Un monde ailleurs et Nos plus beaux souvenirs.
« À l'angle des rues Euclid et Harbor, le carillon préenregistré de l'église méthodiste Lakeview United sonna deux heures, l'heure limite de Kim. Sa mère dormait. Son père dormait. Lindsay, qui avait mis la balle dehors deux fois et commis une grave faute en seconde base, dormait. Cooper ronflait à côté d'elle sur le lit. Au milieu de la nuit son père se leva pour aller aux toilettes et remarqua un rai de lumière sous la porte fermée. Le matin, la lumière était toujours là. Sa porte était ouverte, le lit intact. En bas, le vestibule aussi était allumé, ainsi que la lanterne dehors, près de la porte de derrière, invisible pendant la journée. Sa voiture n'était pas dans l'allée. La première personne qu'appela sa mère fut Nina. La deuxième fut J.P. La troisième, Connie, à l'hôpital. Le quatrième appel fut pour la police. » Dans la famille de Kim, personne ne privilégie l'hypothèse de la fugue. Ni ses amis, qui décrivent la jeune fille de dix-huit ans forte, libre, têtue, intelligente et battante, et surtout sans problème. La police questionne, enquête, mais sans indice matériel spécifique, ne peut présumer qu'elle est en danger. Les recherches sont élargies. Dans la communauté de Kingsville, tous sont perplexes. Les mois, puis les années passent. Tant que l'ombre est présente, la mort semble hésiter à s'emparer de sa proie. L'enquête reste ouverte, mais peut-on encore parler d'enquête ? Chacun tente de reprendre le cours de son existence. Dans cette partition intime, Stewart O'Nan creuse les blessures, dénude les plaies et s'interroge : comment vit-on un deuil de l'intérieur ? Il s'impose, sans conteste, comme l'un des maîtres du réalisme contemporain.
William Thornhill, batelier illettré au sang chaud mais au grand cœur, vole une cargaison de bois. Il est banni en Nouvelle-Galles du Sud en 1806. Comme beaucoup de condamnés, il est amnistié après quelques années et s'installe au bord du fleuve Hawkesbury. Peut-être le gouverneur lui fait-il cadeau de cette terre, ou peut-être la prend-il simplement – l'Hawkesbury marque la limite des terres habitées à cette époque et n'obéit pas aux règles normales. Quoi qu'il en soit, il acquiert cette terre, ses premiers hectares au bord de l'eau. Tout semble le destiner à devenir riche. Il n'y a qu'un seul problème : cette terre appartient déjà à quelqu'un. Elle fait partie du territoire des Darug depuis environ quarante mille ans. Ils n'ont pas construit de barrières, de routes ni de maisons mais ils vivent sur cette terre et de cette terre, aussi clairement que Thornhill avait l'intention de le faire. Ils ne vont pas abandonner leur terre sans se battre. Les lances sont certes des armes primitives, mais les colons savent bien qu'elles peuvent tuer aussi sûrement qu'une balle de mousquet. Quand il comprend tout cela, Thornhill se trouve devant un choix impossible. Certains de ses voisins – Smasher Sullivan, Sagitty Birtles – considèrent les Darug comme à peine humains, comme des sauvages ayant aussi peu de droits sur leur terre que des chiens. Quand les Darug refusent d'être chassés, ces colons n'ont aucun scrupule à leur tirer dessus ou à les empoisonner. D'autres voisins font un choix différent et trouvent moyen de coexister avec les Darug. Blackwood a créé une famille parmi eux. Mrs Herring “leur donne tout ce qu'ils demandent”. L'hostilité entre blancs et noirs monte petit à petit. Pour finir, un groupe de colons décide de sortir régler leur compte aux Darug une fois pour toutes. Thornhill se joindra-t-il à eux ? La décision qu'il prend détermine le reste de sa vie. Le Fleuve secret plonge le lecteur dans l'expérience des limites. Qu'est-ce que cela fait – moment après moment, jour après jour – de se trouver dans cette situation ? Le récit ne juge pas les personnages ni leurs actes, il invite seulement le lecteur à se poser la question de savoir ce qu'il aurait fait dans le même cas. Le Fleuve secret a gagné le Prix de littérature du Commonwealth (the Commonwealth Prize for Literature) ; le prix Christina Stead pour la fiction (the Christina Stead Prize for Fiction) (the NSW Premier's Prize); the Community Relations Commission Prize; the Booksellers' Choice Award; the Fellowship of Australian Writers Prize and the Publishing Industry Book of the Year Award.
Kate GRENVILLE est l'un des auteurs les plus aimés en Australie, elle vit à Sydney. Ses œuvres de fiction ont remporté de nombreux prix tant en Australie qu'au niveau international. Le Fleuve secret s'est vendu à plus de 250 000 exemplaires et a figuré parmi les finalistes du Man Booker Prize en Angleterre.
"Inch' Allah - Volume 1, Le souffle du jasmin" de Gilbert Sinoué :
Pour tenter d'expliquer l'enchaînement de circonstances qui a conduit aux attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, l'auteur retrace l'histoire du Proche et du Moyen-Orient entre 1916 et cette date fatidique, à travers le regard de trois familles : palestinienne, égyptienne et irakienne. La saga mêle leurs destins aux bouleversements de l'Histoire.
Trois « psy » prennent la route une matinée de septembre pour une partie de pêche à la mouche. Une journée très particulière au cours de laquelle leur brève rencontre avec une jeune serveuse sur une aired'autoroute fait déjà bouger les rapports entre eux : rationalité extrême, obsession névrotique ou frustration, chacun prend plus ou moins ses marques. Derrière les leurres, qui avalera l'hameçon ? Subtil et discret hommage à quelques grands de la littérature américaine, le « réalisme vibrant » de Brève histoire de pêche à la mouche de Paulus Hochgatterer plonge le lecteur dans des eaux troubles et sombres comme l'inconscient et ferre la part d'ombre qui est en chacun de nous.
« Tandis qu'elle dessert, le regard de la fille s'arrête une seconde sur la boîte de mouches. Une légère perplexité se peint sur son visage. « Ce sont des nymphes casque d'or », je dis. La fille empile nos assiettes. J'imagine qu'elle se demande si ces bijoux bizarres sont destinés aux oreilles ou à une autre partie du corps. Avec un air aimable nous disons que les oeufs étaient merveilleux et le reste aussi.
Je demande : « Vous avez vu le duvet sur ses avant-bras ? » L'Irlandais fait oui de la tête. « De la laine blonde. » Je pense, comme chez un enfant, bien que la fille ait sûrement déjà dix-huit ans, ou peut-être même vingt, et que, normalement, il ne pousse pas de duvet de ce genre aux enfants. « Tu en tiens pour les femmes et la laine », dit Julian. « Il y a une blague comme ça dont je ne connais que la chute, dit l'Irlandais. Tu veux fricoter ou tricoter ? » »
Paulus Hochgatterer, né en 1961 à Amstetten/Niederösterreich, est écrivain et psychologue pour enfant à Vienne. Il a été récompensé de plusieurs prix et distinctions, dont dernièrement la bourse Elias Canetti de la ville de Vienne et le Prix européen de littérature contemporaine 2009.
Isabelle sort d'une histoire où l'amour était programmé et inéluctable, mais à laquelle, contre toute attente, elle a mis un terme. Elle a quitté le garçon qui était son âme-soeur, mais pour lequel elle n'éprouvait aucun désir physique. Elle se sent coupable de l'avoir blessé en échouant à l'aimer. C'est alors qu'elle rencontre le repoussant, l'abject Martin Zuller. Martin est couvert de boutons depuis toujours. C'est son identité et sa souffrance. Il s'est construit un système de défense contre la compassion forcée et le dégoût irrépressible des autres. Isabelle et Martin ont dix-huit ans et entrent en classe préparatoire, au sein d'une élite arrogante, avec des professeurs méprisants. Immédiatement, Isabelle voit en Martin sa rédemption, le moyen de construire, de forcer ce sentiment amoureux que l'évidence lui a refusé. Elle tente de vaincre sa répulsion. Lui se dérobe à elle. Comment une fille si belle pourrait-elle le regarder sans trembler ? L'un et l'autre vont s'aimanter et se repousser. Isabelle sort d'une histoire où l'amour était programmé et inéluctable, mais à laquelle, contre toute attente, elle a mis un terme. Elle a quitté le garçon qui était son âme-soeur, mais pour lequel elle n'éprouvait aucun désir physique. Elle se sent coupable de l'avoir blessé en échouant à l'aimer. C'est alors qu'elle rencontre le repoussant, l'abject Martin Zuller. Martin est couvert de boutons depuis toujours. C'est son identité et sa souffrance. Il s'est construit un système de défense contre la compassion forcée et le dégoût irrépressible des autres. Isabelle et Martin ont dix-huit ans et entrent en classe préparatoire, au sein d'une élite arrogante, avec des professeurs méprisants. Immédiatement, Isabelle voit en Martin sa rédemption, le moyen de construire, de forcer ce sentiment amoureux que l'évidence lui a refusé. Elle tente de vaincre sa répulsion. Lui se dérobe à elle. Comment une fille si belle pourrait-elle le regarder sans trembler ? L'un et l'autre vont s'aimanter et se repousser. Déboutonnage est l'histoire d'un amour qui se cherche et s'apprivoise. C'est un texte sur la laideur, celle qui est indépassable, qui paralyse et fait écran à toute tentative d'apaisement, de réparation. C'est un texte sur la pureté, celle que Martin appelle de ses voeux en se purgeant chaque jour devant sa glace à la recherche d'un visage vierge et immaculé, celle qu'Isabelle tente de retrouver, après l'échec de son premier amour.
Auteur de Egéries Sixties et du Dictionnaire de Littérature à l'usage des snobs traduit en plusieurs langues, Fabrice Gaignault a enquêté deux ans, de Los Angeles à Aspen, de Paris à New York pour retrouver les principaux témoins de cette affaire comparable, par son retentissement et ses conséquences, à l'affaire O.J. Simpson.
C'est l'histoire d'une danseuse française devenue une chanteuse américaine à la fin des sixties. Belle, et intrigante, elle inspire les Rolling Stones et fait tourner toutes les têtes. Elle connaît le succès, la fortune, et l'existence fastueuse des stars de Hollywood. Puis elle rencontre Spider une légende du sport américain avec qui elle a une liaison explosive. Leur love-story à Aspen, la station de ski huppé du Colorado défie la chronique. Le 21 mars 1976, Claudine tue son amant accidentellement. L'Amérique se passionne pour cette affaire de mœurs qui possède tous les ingrédients du plus sulfureux des polars chez les riches et célèbres, et qui connaîtra un dénouement inattendu.