« Je ne conseille à personne d'avoir un jour mon enfance. Même une
meurtrière ne la mérite pas. Mon père avait un sexe, je le voyais souvent.
Il avait enlevé les rideaux de la porte vitrée de sa chambre. Mais il la
laissait ouverte à deux battants pour plus de sûreté. Ma mère était
rarement sur le lit, il préférait coucher avec d'autres femelles. Je me
réfugiais dans un recoin obscur où je n'avais pas besoin de me boucher
les yeux. J'enfonçais un doigt dans chaque oreille pour ne rien entendre.
Je chantonnais pour m'assourdir quand il se mettait à crier trop fort.
Entre deux rounds, il fouillait la maison sexe à l'air. Il me retrouvait au
fond d'un placard, sur le balconnet de la cuisine, ou dans le vieux frigo
abandonné au fond du jardin.
- Allez, viens, idiote. Si la voisine me voit à poil, elle va faire toute une
histoire.
Il me baffait, il me donnait un coup de pied pour me faire avancer plus
vite. Il m'apportait dans la chambre comme une caméra qui conservera
l'épisode dans sa mémoire jusqu'à son recyclage. Il m'installait à
quelques pas du lit. Il me demandait de me rapprocher quand il avait
besoin d'un gros plan. Les femmes se rhabillaient rarement. Les plus
bégueules faisaient semblant de ne pas me voir. Je me souviens d'une
fille très blanche aux cheveux noirs qui m'a demandé de ranimer
l'érection de mon père.
- Tu veux que j'ai des ennuis avec les flics ?
- Elle ne dira rien.
- Tu la fais pleurer.
J'ai couru jusqu'au square. J'ai plongé ma tête dans le bac à sable
comme à l'école on nous avait dit que faisaient les autruches.
Ma soeur avait un an de plus que moi. Elle ne l'intéressait pas. Je
l'enviais d'être laide ».
Né en 1955, Régis Jauffret est l'auteur de nombreux romans, dont
Clémence Picot, Univers, univers (Verticales), Asiles de fous,
Microfictions, Lacrimosa (Gallimard).
Trente ans plus tôt, je connaissais bien Elisabeth. Mais, lorsqu'elle réapparaît et qu'elle m'en apporte la preuve, je n'en retrouve aucun souvenir. Paul, lui habite pour l'instant chez moi. Mais, lorsqu'il disparaît, il ne m'adresse plus aucun signe. Quant à Marianne, c'est moi qui ne veux plus la voir. Bref, je me retrouve seul. J'en profite pour aller m'exiler en Beauce, faire un peu le point. Et c'est là qu'apparaît Louise, dont je sais que je ne me passerai plus, mais que je n'ai pas encore rencontrée.
Christian Oster est né en 1949. Il a obtenu le prix Médicis en 1999 pour Mon grand appartement.
Un chauffeur de taxi qui se reproche la mort de sa fille, un homme seul qui tente d'oublier son cancer incurable en faisant l'amour frénétiquement, ou encore un comptable impuissant confronté à de curieuses migraines... Dix histoires, dix patients convoqués par Irvin D. Yalom pour illustrer les difficultés que rencontre le psy, véritable "bourreau de l'amour". Mais aussi un portrait sans complaisance, et non dénué d'humour, du psychothérapeute, coincé entre ses exigences professionnelles et ses instincts les plus profondément humains, parfois confronté, lui aussi, aux échecs les plus cuisants.
Sommaire :
° Le bourreau de l'amour ° "Si le viol était légal.." ° La femme obèse ° "Celle qui n'aurait pas dû mourir" ° "Je n'ai jamais pensé que cela pouvait m'arriver" ° "N'y allez pas trop doucement" ° Les deux sourires ° Trois lettres cachetées ° Monogamie thérapeutique ° A la recherche du rêveur
Professeur à Stanford, Irvin D. Yalom est psychiatre à Palo Alto (Californie). Il est né à Washington en 1931 de parents russes. Docteur en médecine depuis 1956, il a mené de front une double carrière de psychiatre et d'animateur de thérapies de groupe. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, dont trois romans : Apprendre à mourir. La méthode Schopenhauer (Galaade Éditions, 2005), When Nietzsche Wept (1993) et Lying on the Couch (1997) qui seront publiés ultérieurement par Galaade Editions.
Jean Bosmans, le personnage principal de L'horizon, a l'habitude de noter sur un carnet les bribes de souvenirs qui lui reviennent de sa jeunesse. À partir du nom de Mérové, il fait ressurgir sa rencontre, vers la fin des années 60, avec Margaret Le Coz, une jeune femme qu'il a fréquentée pendant quelques mois et avec laquelle il partageait le sentiment d'être traqué. Elle, par un certain Boyaval. Lui, par sa mère et son amant.
On apprend ensuite la vie de Margaret Le Coz avant sa rencontre avec Bosmans. Elle est née à Berlin, n'a jamais connu son père, a été interne dans quelques pensionnats pendant son enfance, jusqu'à échouer à Annecy où elle rencontre dans un café Boyaval qui très vite la harcèle. Pour le fuir, elle passe en Suisse où elle est la gouvernante des enfants d'un certain Bagherian qui en fait sa maîtresse occasionnelle. Ce dernier la protège de Boyaval qui vient de ressurgir à Lausanne.
Retour à aujourd'hui : Bosmans cherche les traces de Boyaval sur Internet, et découvre un homonyme qui tient une agence immobilière dans les nouveaux quartiers de Bercy. Il s'y rend, la rencontre est troublante. Quelque temps après, il reconnaît dans un café une certaine Yvonne Gaucher. Il n'ose l'aborder, mais se rappelle alors le curieux couple qu'elle formait avec le docteur André Poutrel, lorsque Margaret gardait pour eux « le petit Peter ». L'histoire avait mal tourné car Poutrel, un occultiste impliqué quelques années auparavant dans de sombres histoires de mœurs, avait été arrêté avec sa compagne par la police, ce qui avait poussé, le même jour, Margaret le Coz à fuir Paris pour Berlin, sans plus jamais donner de nouvelles à Bosmans.
Quarante ans après la disparition de Margaret, Bosmans la retrouve en tapant son nom sur Internet. Il se rend à Berlin, un habitant du quartier lui confirme qu'elle tient bien une librairie à deux pas. Il part à sa rencontre…
Entre le Canada et la France, la reconstruction d'une femme trahie.
Anaba Rivière, une Française d'origine amérindienne, s'apprête à épouser Lawrence Kendall, un brillant avocat canadien. Le jour du mariage, devant le Palais de Justice de Montréal, Anaba et sa soeur Stéphanie attendent en vain le marié. C'est son témoin et ami Augustin, auteur de romans policiers, qui annonce à la jeune femme la mauvaise nouvelle : Lawrence a eu peur de s'engager et a subitement quitté la ville. Anéantie, Anaba rentre en France et s'installe chez sa soeur, antiquaire en Normandie. Peu à peu, la jeune femme se bâtit une nouvelle vie...
À Montréal, Lawrence est aux abois. Il perd son poste dans le prestigieux cabinet d'avocats où il travaillait, puis doit se résoudre à vendre son duplex pour payer ses créanciers. Mais, surtout, pas un jour ne se passe sans qu'il pense à Anaba. Il l'aime toujours, mais comment revenir à elle ? Pourra-t-elle un jour lui pardonner et accepter de le revoir ? Commence alors pour lui une longue descente aux enfers...
Également scénariste pour la télévision, Françoise Bourdin a écrit une trentaine de romans dont quatre ont été portés à l'écran. Son univers s'enracine dans les histoires de famille, les secrets et les passions qui les traversent. Depuis le succès de L'Inconnue de Peyrolles, en passant par Sans Regrets, Une nouvelle vie et Mano a mano, ses livres, publiés chez Belfond depuis 1994, séduisent toujours davantage de lecteurs.
Denis Podalydès nourrit depuis des années une passion pour la corrida. L'objet de ce livre n'est nullement d'en faire l'apologie. Au fil de quatre variations littéraires (un journal de bord, deux monologues de toreros et un récit à tonalité autobiographique), c'est bien plutôt une réflexion sur la peur qui meut le matador et l'acteur qui se déploie. « Pour moi, la passion tauromachique est un retournement de l'angoisse contre elle-même. J'ai trouvé dans le spectacle tauromachique un étrange miroir dans lequel, me voyant à l'envers, pour ainsi dire, j'ai retrouvé, reproduit certaines peurs élémentaires. »Ce livre bouleversant, parfois drôle, trouvera sans aucun doute un public bien au-delà du cercle des aficionados.
Sociétaire de la Comédie-Française, acteur, metteur en scène, il est l'auteur de Scènes de la vie d'acteur (Seuil/Archimbaud, 2006) et de Voix off (Mercure de France, 2008, prix Femina essai).
Qui est réellement cet animal qui défigure ses victimes et sème la terreur dans les forêts de Lozère ? Un thriller très noir, mené de main de maître par Gilbert Bordes.
La paisible bourgade rurale de Villeroy est sens dessus dessous depuis qu'un mystérieux animal s'attaque aux habitants de la petite cité lozérienne. Chien, loup, bête fantastique..., les plus folles rumeurs courent sur le compte de cet étrange canidé aux yeux jaunes, qui rode dans les parages du Parc naturel régional. Pourquoi s'en prend-il aux hommes, et pourquoi leur laisse-t-il la vie sauve après les avoir défigurés ? Chargé de l'enquête, le placide commissaire Boissy prend très vite la mesure de la complexité du dossier, car ces événements dramatiques cristallisent des peurs ancestrales et ravivent bien des rancœurs... La traque s'organise ; des moyens considérables sont mobilisés, mais l'animal demeure insaisissable. Et les tensions s'exacerbent au sein de la communauté villageoise : les chasseurs accusent les écologistes de jouer les apprentis sorciers, les activités du Centre de recherches biologiques alimentent tous les fantasmes, quant aux gens du voyage installés dans la forêt, ils sont très vite désignés à la vindicte publique... Seul le docteur Juillet semble partager la perplexité du commissaire en charge de l'enquête. La rencontre du médecin de campagne avec Maria, une ravissante Tsigane au lourd secret, permettra-t-elle de lever le voile sur cette ténébreuse affaire ? Entremêlant avec bonheur les genres du roman policier et du roman d'amour - en égratignant au passage, et mine de rien, de nombreux préjugés -, Les Secrets de la forêt est une incontestable réussite. À la manière d'un Simenon, Gilbert Bordes scrute d'un œil avisé, tantôt sévère et tantôt tendre, la grandeur et les travers de l'âme humaine. Roman foisonnant à l'intrigue diabolique, Les Secrets de la forêt se laisse dévorer d'une traite.
Romancier des situations contemporaines (Le Porteur de destins, prix Maison de la presse ; La Nuit des hulottes, prix RTL/Grand Public), Gilbert Bordes s'est aussi révélé grand romancier de l'Histoire avec Les Frères du diable (Robert Laffont, 1999) et Lydia de Malemort (2000). Les Secrets de la forêt est son vingt-quatrième roman.