Dans ces deux textes, Claudel offre à entendre, sur un ton
ironique et satirique, les justifications que Judas et Ponce
Pilate apportent à leurs actes.
Point de réhabilitation dans La Mort de Judas, mais
Claudel voit en l’Iscariote plus qu’un trésorier cupide ;
c’est l’administrateur rationnel et terre-à-terre, incapable
de comprendre le miracle de la foi. Si la curiosité lui fait
suivre le Christ dans un premier temps, il se lasse des
miracles, des grands gestes. Tout cela heurte son goût de
la mesure, et lorsqu’il voit Marie-Madeleine dépenser sa
fortune en parfum pour les pieds du Christ, c’en est trop !
Il faut ramener l’ordre, et Judas est bien surpris du mépris
qu’on lui témoigne, à lui qui n’a accompli que son devoir.
À travers Judas, Claudel s’insurge contre ses contemporains,
qui délaissent la foi pour la science, le rationnel ou
le bon sens médiocre.
Peut-être Claudel se sent-il plus proche du préfet de
Judée, ayant lui-même exercé le métier de diplomate,
mais Le Point de vue de Ponce Pilate reste un texte mordant,
rempli de curieux anachronismes.
Entre deux protestations d’innocence, Pilate revient
obstinément sur ces poulets qui meurent avant qu’il ne
puisse les sacrifier à ses dieux – il faut savoir que depuis
la condamnation de Jésus, le pauvre homme ne peut plus
assister à la moindre cérémonie religieuse sans que des
phénomènes mystérieux n’en perturbent le cours… Et
ce juriste rationnel ne sait où chercher les causes de sa
disgrâce.
LES AUTEURS :
Poète et essayiste français, membre de l’Académie française,
Paul Claudel fut un poète dramatique de premier plan.
Profondément catholique, ses écrits sont une ode à la création
et à la nature qu’il glorifie dans ses poèmes lyriques. Il rencontre
le succès au théâtre avec des pièces comme Jeanne
d’Arc au bûcher ou Le Soulier de satin ou le Pire n’est pas
toujours sûr.
Un homme sauvage, jeteur de sorts, venu d'un nulle part archaïque et terrifiant, s'installe à Cluquet, petit village pris entre l'océan et une forêt tout aussi immense. On l'y craint comme on profite de ses dons, jusqu'à ce que la guerre l'emporte comme des millions d'autres. Mais ce révolté dans l'âme a-t-il tout à fait disparu ?
Audric, son arrière-petit-fils, éprouve d'énormes difficultés à assumer cette ascendance pesante, dans un hameau désormais abandonné par la faute de son aïeul et de sa magie funèbre, mais qu'il ne peut lui-même se résoudre à quitter. N'est-il qu'un fétu de paille ballotté par l'histoire sombre de sa famille ? Ou quelqu'un d'encore plus inquiétant, esprit insurgé porteur d'un destin qui le dépasse ?
Dans les ombres sylvestres n'est pas seulement une ode à la forêt et ses enchantements. C'est aussi le portrait à fleur de peau d'un homme fragile, amoureux, et désespéré à l'idée de ne pas être à la hauteur d'ancêtres hors du commun dans un monde qui se disloque jour après jour.
Après avoir navigué sur La Louve des mers, Marie, maintenant de Beauval, coule des jours tranquilles à La Rochelle dans le domaine qu’elle occupe avec son mari, Étienne, parti en mer en mission pour le roi. Julien Legoff et son épouse, Marguerite, vivent au domaine, s’occupant de la gérance de la boutique et de ses succursales. Marek, qu’on croyait oublié dans les colonies où le roi l’a envoyé en exil, ressurgit dans la vie de la jeune femme et profite de son absence au domaine, ainsi que de celle de Legoff, pour enlever son fils. Marie est au désespoir. Tous la pressent d’attendre le retour d’Étienne, mais sa décision est prise : elle part à la recherche de son enfant. Julien Legoff décide d’accompagner la jeune femme. Ils devront se rendre à Brest pour tenter de trouver place sur un bateau en partance pour les colonies. Ils sillonnent donc la France dans un voyage qui ne sera pas de tout repos, mais où ils rencontreront de vieux amis et s’en feront de nouveaux. Tempête, mutinerie, dangers de toutes sortes, Marie se retrouve encore une fois dans une situation délicate qui la mènera sur les rives d’une île où elle rencontrera une tribu d’Indiens Caraïbes réputés pour être féroces et dangereux. La Guadeloupe lui ouvre les bras avec son soleil chaud et ses pièges multiples. Marie progresse non sans mal vers son but ultime, maintenant partagé par d’autres : la rencontre de Marek, chacun ayant ses motivations propres.
Dans la campagne tchèque, un orphelinat tenu par des bonnes sœurs (qui passent au goudron la bouche des petits menteurs) tombe aux mains d’éducateurs musclés, formés à l’école de la « Grande guerre patriotique » et des camps soviétiques. Les garçons, dont le jeune héros, Ilia, recevront une éducation paramilitaire sommaire, avant d’être confrontés à l’invasion du pays par les troupes du Pacte de Varsovie. Alors que la population organise la résistance, Ilia est enrôlé par une division de tankistes soviétiques et participe à leurs combats et exactions. Mais ce ne sont qu’actions secondaires : la véritable mission de cette unité consiste à rassembler divers cirques ambulants pour transformer la région en un grand parc d’attraction socialiste. Un improbable Disneyland à la mode Topol : animaux, Gitans, monstres, acrobates, résistants, tous plus ou moins authentiques, peuplent les rencontres d’Ilia. Et le monde tourne au burlesque et au fantastique. Toute la seconde moitié du XXe siècle défile en quelques mois : l’affrontement Est-Ouest, le pouvoir communiste, le Goulag, les mouvements d’opposition se percutent dans un enchaînement loufoque. Quand Topol rejoue le Printemps de Prague, il invente la Troisième Guerre mondiale… Dans ce chaos d’apocalypse, le petit Ilia poursuit son propre chemin avant de découvrir sa filiation, comme au terme des légendes, et de retourner au pays. Un détonnant roman d’apprentissage.
L’auteur Né à Prague en 1962. Petit-fils du romancier Karel Schulz et fils du dramaturge dissident Josef Topol, il est un représentant typique de l’underground tchèque de l’après 68. Auteur de chansons pour les groupes rock « Les chiens soldats » et « Route nationale », co-fondateur des éditions « Congestion cérébrale » et de l’importante revue clandestine « Revolver ». Après avoir publié plusieurs recueils de poèmes en samizdat, il obtient un succès considérable avec des romans nourris de références autobiographiques : Angel Exit (disponible en poche chez « J’ai lu ») et Missions nocturnes.
Lettres pour lire au lit, correspondance amoureuse
Alfred De Vigny, Marie Dorval
En 1829, Alfred de Vigny, poète renommé, et Marie Dorval, comédienne vedette du théâtre romantique, se rencontrent. L'été 1831, alors que la seconde doit jouer la pièce du premier, La Maréchale d'Ancre, ils deviennent amants. Le poète installe sa muse dans un appartement de la rue Montaigne, où ils se retrouvent avec passion. Peu à peu, celle-ci s'éteindra, mais les amants restent attachés l'un à l'autre. En 1838, après de violentes disputes, ils se séparent. Vigny est extrêmement jaloux, au point de faire suivre sa «vieille maîtresse» par l'inspecteur Vidocq lui-même, ne supportant pas sa liaison avec un poète plus jeune, Jules Sandeau. «Tout était passion chez elle, la maternité, l'art, l'amitié, le dévouement, l'indignation, l'aspiration religieuse ; et comme elle ne savait et ne voulait rien modérer, rien refouler, son existence était d'une plénitude effrayante, d'une agitation au-dessus des forces humaines...», écrit à propos de Marie Dorval son amie George Sand. Cent trente-cinq lettres d'amour rythment cette liaison, où les amants relatent leur vie professionnelle et sentimentale, leurs malheurs (la mort de la mère du poète, celle de la fille cadette de l'actrice), les relations difficiles qu'ils entretiennent avec leur entourage professionnel. Mais l'essentiel de ces lettres réside dans la description minutieuse et douloureuse, ou exaltée et sensible, de la passion amoureuse.
L'histoire transporte le lecteur en 1680, à Paris. La Voisin et ses complices, de nombreux devins et prétendues sorcières, ont été arrêtés pour tentatives d'empoisonnement. Or, le jeune Nicolas de Razès, ne songe qu'à une chose : quitter Montcerf afin d'entrer au service du duc de Luxembourg, maréchal de France. La disparition de son père, Xavier de Razès, le force à suivre sa piste, ce qui le précipite en plein coeur de l'affaire des poisons.
La « jupe rouge » que m’adressait mon père était venue crépiter dans ma vie de recluse comme des castagnettes, mon esprit tout entier dansait le flamenco. Depuis la profonde Espagne de mes origines, en passant par Alger, elle avait franchi les frontières et les murs de mon incarcération à l’orphelinat. Une guitare chantait en moi, c’était plus qu’un cadeau, un grand geste d’amour qui m’avait touchée dans ma désolation. Cette « jupe rouge », je l’ai remise en pensée tout au long de ma vie, cela me rendait radieuse au mépris de ce que je subissais. Ma « jupe rouge », le drapeau de toutes mes victoires triomphant sur mon mauvais sort.
«Babe est très distinguée ; c'est aussi pour cela que je l'estime beaucoup. J'aime sa façon de tenir le journal entre l'index et le majeur ; j'aime quand la lumière du soir se reflète dans l'ébène de ses yeux.
Babe n'est pas titulaire d'une beauté fade ; souvent, je l'en félicite. Son nez aquilin témoigne d'un caractère qui, doux la plupart du temps, sait aussi s'affirmer en cas de nécessité. Babe, à présent, a vingt-cinq ans et vous le fait savoir. Elle tient à sa liberté de jeune lionne comme à la pointe de ses tétons. Gare à celui qui voudrait l'en priver.
Babe ne ferme jamais la porte quand elle est aux toilettes ; c'est un signe d'ouverture d'esprit. Impudeur émouvante.
Babe aime l'amour, le plaisir et les hommes. Elle est assez intelligente pour n'avoir rien contre les filles. C'est une qualité qui dégage de l'horizon les nuages de la morale, et laisse entrevoir de délicieux plaisirs. Aimer Babe contribue à tuer la banalité de l'existence.»
Philippe Lacoche est né en 1956 à Chauny (Aisne). Journaliste au Courrier Picard et parolier, il est notamment routeur de Cité Roosevelt (1993), de La Promesse des navires (1998), de Tendre Rock (2003) et de Petite Garce (2009).