Olivier Jacquemond a vingt-huit ans. New York Fantasy est son premier roman.
« J’ai quitté Paris en 2003, le 4 août. J’ai quitté le début du vingtième siècle pour entrer de plain pied dans la seconde moitié du vingtième siècle. Et qu’importe si nous sommes entrés dans le troisième millénaire, j’ai quitté Picasso, Verlaine, Valéry pour rencontrer les fantômes de Basquiat, Warhol, Ginsberg et Lou Reed, et me laisser posséder par leur légende. J’ai troqué des noms de rues contre des numéros d’avenues, des bistrots contre des Starbucks Coffee, Bagatelles contre Central Park, le 17 pour le 911. J’ai quitté Paris afin de suspendre un avenir bien engagé sur son cintre, et le coincer au fond d’une penderie, à l’abri de la lumière et de la poussière, quelque part entre mes rêves et mes regrets. À moins que je n’aie quitté Paris afin de prendre cet avenir de vitesse, de lui faire tourner la tête et perdre la raison. » Contrairement à ses proches, Éric n’a aucune envie d’avenir, aucun rêve à exaucer. Il se laisse vivre. Mieux : il se regarde vivre. L’essentiel, pour lui, est de n’avoir de comptes à rendre à personne et traverser agréablement la vie à New York. C’est en faisant la connaissance d’un ancien critique de rock, avec qui il se découvre une passion commune pour Leonard Cohen, qu’Éric finira par tisser un lien avec son père, décédé récemment. On referme New York Fantasy avec le sentiment de la légèreté… trop de légèreté peut-être. Mais avec Olivier Jacquemond, la liberté ne s’analyse pas : elle s’éprouve, se glisse dans les marges de l’existence, dans les interstices intérieurs que l’on déniche pour résister à l’ennui.
1953, quelque part en Catalogne, deux adolescentes trompent la vigilance des gardes civils, sautent du train et s'enfuient à travers la campagne. Filles de Républicains espagnols, Esther et Julia échappent ainsi à leur sort dans une Espagne soumise au joug franquiste. Mais c'est trente-cinq ans plus tard, en France, qu'elles retrouvent la pleine mémoire de leur aventure. Par vagues successives, le souvenir brûlant les submerge et l'Espagne qu'elles ont fuie ressuscite en une fresque irréelle et terrible où se croisent de multiples destins : enfants martyrisés dans les couvents, lourds secrets des familles adoptives, médecins convaincus de pouvoir extirper «le gène du marxisme», résistants passeurs qui risquent leur vie à la frontière... Bien au-delà d'un classique roman historique, La Lumière et l'Oubli est une épopée du souvenir, où remontent d'étranges coïncidences familiales, révélant à chaque personnage la face cachée de ses origines.
Serge Mestre est né dans le sud-ouest de la France d'un père républicain espagnol, réfugié politique. Traducteur, il réside depuis 1975 à Paris. Après Les Plages du silence (1991) et Le Livre des rives (1995), La Lumière et l'Oubli est son sixième ouvrage.
La Fronde bouleverse la France. La dynastie des Ming, en Chine, meurt. Deux hommes, passionnément, aiment des femmes qu'ils tremblent de perdre. L'un est français, l'autre chinois. Dans le chaos, ils cherchent la vérité et la justice. Des continents les séparent : M. de La Tour et Lu Wei ne devraient pas se rencontrer. L'amour fou, Dieu et le Vide vont avoir raison des continents entre eux. Pendant douze ans, deux hommes s'efforcent de briser l'absence qui les ronge, la privation, la ruine, les spectres du deuil. Ils leur opposent la fidélité, l'extase. Un jour, Lu Wei confie à M. de La Tour quelques sceaux qui sont tout ce qu'il a conservé de son univers. Les chemins les plus merveilleux sont des détours. Port-Royal et Louis XIV attendent encore M. de La Tour. Une femme aussi.
Laurence Plazenet est née à Paris où elle travaille. La blessure et la soif est son deuxième roman.
Gwendolyn est une jeune trader de Seattle dont les ambitions d’ascension sociale s’écroulent avec les marchés financiers la veille de Pâques. Pour Gwen commence le pire week-end de son existence : alors qu’elle se voit privée d’avenir, le singe kleptomane de son petit ami s’enfuit, un ancien broker de retour d’un voyage à Tombouctou – où il a appris pourquoi les grenouilles disparaissent de la sur face de la Terre – s’insinue dans sa vie, sa meilleure amie se volatilise à son tour, tandis qu’un étrange médecin japonais présente un remède miracle au cancer.
Au milieu de tout ce désordre, Gwen devra peu à peu choisir entre le rêve américain et l’aventure de la liberté.
Vilipendant le consumérisme de l’Amérique et ses rêves de gloire, Comme la grenouille sur son nénuphar est le nouveau chef-d’œuvre de Tom Robbins, qui s’en donne à cœur joie dans ce roman aussi drôle que subversif.
TOM ROBBINS est né en 1936 en Caroline du Nord. Considéré comme l’un des pères de la culture pop et qualifié d’“auteur le plus dangereux du monde”, il a écrit huit romans dont le célébrissime Même les cow-girls ont du vague à l’âme, porté à l’écran par Gus Van Sant. Il vit près de Seattle.
" J'étais désarçonné. Manon venait de faire feu sur moi à deux reprises et pleurait comme une adolescente en proie au doute du premier amour. Ou simplement pleurait-elle comme n'importe qui ? N'importe qui avec un fusil. Je ne pus prononcer le moindre mot et sortis avec un sac de vêtements. J'étais comme ivre de peur comprimée. Je ne cessais de murmurer, assez bas pour être mon unique confident: "Je suis Paul Léonard et je suis en vie, je suis Paul Léonard et je suis en vie." Clairement, nous devenions tous fous." Dans cette aventure réjouissante et fantasque, Paul Léonard, rêveur en attente d'une situation financièrement plus favorable, aura pour complices une fratrie russe et déjantée, une romancière de gare, un éditeur new-yorkais, quelques miliciens, et un teckel convaincu d'être un berger allemand. Bien entendu, il enterrera les mauvaises personnes et aimera, aimera inconsidérément, les bonnes.
« Pas facile, à 55 ans, de se mettre à la littérature. Surtout par un si beau soleil dehors. Et votre fille qui annonce qu'elle amène une copine italienne pour les vacances. Sans compter les voisins d'en face qui, dès que vous vous décidez enfin à prendre la plume face à l'océan, voudraient vous faire comprendre que, tout ce qu'ils demandent, c'est une vue sur la mer eux aussi. »
C'est le début des vacances d'été dans le Cotentin. Après une vie d'échecs divers, John, 55 ans, voudrait se mettre à la littérature. Mary, sa fille, lui annonce son arrivée prochaine, avec son compagnon et une nouvelle amie italienne. Jean, lui, est sur le point de partir en retraite de son emploi de soudeur de coques de sous-marins à la DCN de Cherbourg. Il est marié à Claudine. Ils ont un fils, Frédéric, employé à la SOREDA, l'usine de retraitement de déchets nucléaires de la région. Le rêve de Jean : percer une ouverture dans le mur de sa maison pour voir la mer. Seulement, le bâtiment étant construit en bordure du terrain de John, il faudrait l'accord de ce dernier. Chassés-croisés entre les deux familles sur fond de petites manoeuvres politiques du député-maire du village. Malentendus, quiproquos, instrumentalisation des uns par les autres, incommunicabilité intrafamiliale et interculturelle, amours déçus. Sur le ton de la comédie de moeurs, Nicolas Fargues s'est attaché, comme dans tous ses livres précédents, à faire tomber les masques. Pour dire en riant, que, malgré les liens qui nous unissent les uns aux autres, nous sommes et resteront toujours tous seuls au monde. Pour également brosser un tableau de la société française contemporaine à la fois incisif, précis, ample et sans appel. On peut dire qu'il est, de ce point de vue, un des héritiers de Perec : son sens de l'observation et du détail significatif est confondant de justesse.
Philippe Delerme est l’auteur de nombreux essais, récits et romans, parmi lesquels La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules (Éditions Gallimard), La Bulle de Tiépolo (Éditions Gallimard), Monsieur Spitzweg s’échappe (Éditions du Mercure de France) et Maintenant, foutez-moi la paix ! (Éditions du Mercure de France).
« D’une certaine façon, il se sentait complètement Bartleby, par une répugnance à se livrer, une tendance à dire non, une satisfaction morbide à exercer un travail dénué de réelle implication. La solitude de Bartleby et même son absolue pauvreté lui apparaissaient comme une forme d’idéal, une piste possible et révélée. » Cela fait plus de quarante ans qu’Arnold Spitzweg, simple employé de La Poste, a appris à composer avec la solitude. Il n’a rien d’un meneur, ne revendique aucun exploit et garde ses principes pour lui-même. Il ne voyage pas et ne connaît pas l’ennui. Son vrai paysage, c’est Paris. Du jour où il découvre que des milliers d’individus se livrent à portée de clavier et d’écran, il se passionne pour le journal intime, jeté comme une bouteille à la mer sur les ondes d’Internet. De fil en aiguille naît le désir « d’un blog léger, baladeur, à la surface des choses, sans philosophie ni morale – celui qu’il eût aimé lire, assurément. » Petit à petit, il a quelques lecteurs. Puis, contre toute attente, son site est pris d’assaut. Monsieur Spitzweg goûte alors le poison de la notoriété… Philippe Delerme note tout. Ses idées sur tout et ses pensées sur rien. Peut-être parce que c’est lorsque l’on parle de rien qu’on dit tout. Philippe Delerme sait tout dire, mieux : tout faire sentir en quelques phrases. Il écrit l’infime – l’intime – qu’il débusque au-delà de la banalité du quotidien, au-delà des faux-semblants. Quelque chose en lui de Bartleby est plus qu’un merveilleux roman : il apporte un supplément de grâce.
« Je m'appelle Jean Atwood, je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. J'ai choisi la chirurgie gynécologique. Je vise le poste de chef de clinique au CHU de Brennes, dans le meilleur service de France, mais pour de foutues raisons administratives, voilà qu'on m'envoie perdre mon temps à l'hôpital général de Tourmens-Nord, dans un département de " Médecine de La Femme " vétuste, démuni de tout ou presque, et dirigé par un médecin aussi pouilleux que les murs. Et ce type - qui n'est même pas gynéco, mais généraliste, vous vous rendez compte ? - s'imagine que je vais passer six mois à son service ! Pour qui est-ce qu'il me prend ? Je suis un chirurgien hors pair, je mérite mieux que de perdre mon temps avec de foutues bonnes femmes qui viennent lui montrer leur cul et lui raconter leur vie. Qu'est-ce qu'il croit, ce tocard ? Qu'il va m'apprendre mon métier »?
Jean Atwood, interne des hôpitaux et quatre fois major de promotion, vise un poste de chef de clinique en chirurgie gynécologique. Mais au lieu de lui attribuer le poste convoité, on l'envoie passer son dernier semestre d'internat dans un service de médecine consacré à la médecine des femmes - avortement, contraception, violences conjugales, maternité des adolescentes, accompagnement des cancers gynécologiques en phase terminale.
Le Docteur Atwood veut faire de la chirurgie, et non passer son temps à écouter des femmes parler d'elles-mêmes à longueur de journée. Ni servir un chef de service à la personnalité controversée. Car le mystérieux Docteur Karma - surnommé " Barbe-Bleue " - séduit sans vergogne, paraît-il, patientes et infirmières et maltraite sans pitié, dit-on, les internes placés sous ses ordres. Pour Jean Atwood, interne à la forte personnalité et qui brûle d'exercer son métier dans un environnement prestigieux, le conflit ouvert avec ce chef de service autoritaire semble inévitable.
Mais la réalité n'est jamais ce que l'on anticipe, et la rencontre entre les deux médecins ne va pas se dérouler comme l'interne l'imagine.
Le Choeur des femmes est un roman de formation : il raconte l'histoire d'un jeune médecin déjà modelé par la faculté et par sa spécialité d'élection et qui doit brusquement réviser ses préjugés devant une réalité qui lui avait échappé jusqu'ici : ce ne sont pas ses maîtres qui lui apprendront son métier, mais les patientes.
C'est un roman documentaire qui décrit la médecine des femmes, ses gestes, ses particularités, ses écueils, ses interrogations éthiques, comme aucun roman, ne l'a fait à ce jour, du moins en langue française.
C'est un roman choral (comme son nom l'indique) dont la structure s'inspire de celle de la comédie musicale : au fil de son itinéraire (un récitatif à la première personne) dans ce microcosme qu'est l'unité 77, le Docteur Atwood croise des femmes qui racontent (et parfois, chantent) leur vie, leurs amours et leur mort, en solo ou dans un ensemble assourdissant.
C'est aussi un roman d'énigme : comme toutes les patientes qu'ils sont amenés à soigner, Jean Atwood et Franz Karma ont chacun un secret qui les anime, les oppose et, étrangement, les rapproche - le secret originel de leur identité en tant que soignant et en tant qu'être humain.
En septembre 1944, Claire, ambulancière à la Croix-Rouge française, se trouve à Béziers avec sa section, alors que dans quelques mois elle suivra les armées alliées dans un Berlin en ruine. Elle a vingt-sept ans, c'est une très jolie jeune femme avec de grands yeux sombres et de hautes pommettes slaves. Si on lui en fait compliment, elle feint de l'ignorer. Elle souhaite n'exister que par son travail depuis son entrée à la Croix-Rouge, un an et demi auparavant. Son courage moral et physique, son ardeur font l'admiration de ses chefs. Ses compagnes, parfois issues de milieux sociaux différents du sien, ont oublié qu'elle est la fille d'un écrivain célèbre, François Mauriac, et la considèrent comme l'une d'entre elles, rien de plus. Au volant de son ambulance, quand elle transporte des blessés vers des hôpitaux surchargés, elle se sent vivre pour la première fois de sa jeune vie. Mais à travers la guerre, sans même le savoir, c'est l'amour que Claire cherche. Elle va le trouver à Berlin.
Marc Travenne, designer de talent et homme d'affaires, mène une vie agitée. Persuadé qu'il est « passé à côté de sa propre histoire », il décide de tout arrêter, part sur les routes et se retire dans un gîte perdu, dans une région d'Ardèche battue par les vents. Bientôt, une randonneuse énigmatique vient troubler sa solitude. Elle marche, depuis des jours, le long de ce que les géographes appellent la « Diagonale du vide », cette étroite bande de territoire qui partage la France des Landes aux Ardennes et sur laquelle la densité de population est faible et les zones sauvages nombreuses.
Travenne va suivre et poursuivre cette aventurière qui, avant d'être enlevée sous ses yeux, a le temps de lui livrer une part de son secret. De rencontres en révélations, Travenne va voir sa vie basculer, découvrant que la diagonale des solitudes traverse aussi l'Afghanistan ou New York.