Hans et Rachel vivent à New York avec leur jeune fils lorsque surviennent les attentats du 11 Septembre. Quelques jours plus tard, ils se séparent, et Hans se retrouve seul, perdu dans Manhattan, où il ne se sent plus chez lui. Il fait la connaissance de Chuck, un homme d'affaires survolté qui rêve de lancer le cricket à New York. Sur des terrains de fortune, Hans tente d'échapper à la mélancolie. Le charisme de Chuck draine une foule de joueurs du dimanche, tous venus d'ailleurs - de Trinidad, de Guyane ou de plus loin encore -, tous persuadés que l'Amérique reste le pays des possibles. Alors que le monde ne croit plus en rien, eux continuent d'espérer. Au milieu de ces exilés, Hans retrouve un second souffle. Mais qui est Chuck ? Il faudra des années avant que le mystère qui entoure sa véritable identité se dissipe.
Ce très beau livre, souvent comparé à Gatsby le Magnifique, est à la fois une parabole sur la fin du rêve américain et un roman d'amour aux résonances poignantes.
Joseph O'Neill est né en 1964 à Cork, en Irlande. Ancien avocat au barreau de Londres, il vit depuis plus de dix ans à New York. Dès sa sortie en 2008, Netherland a connu un immense succès, porté par une critique unanime. Troisième roman de Joseph O'Neill (le premier publié en France), ce livre a reçu le Pen/Faulkner Award.
« Faites ce que vous dites, pas ce que vous faites », m'avait dit Jean-Daniel lors de notre première rencontre. Maintenant qu'il est mort, je m’aperçois qu’il a tenu parole.
F. B.
Un homme louche se partage en deux cahiers, deux époques de la brève existence de Jean-Daniel Dugommier : l’histoire d’un adolescent précocement interné puis, après une ellipse de vingt-cinq ans, celle d’un adulte quasi normal portant un regard brutalement distancié sur son passé, son entourage et l’insolite du quotidien.
Dans ce roman, diversité des registres et humour noir louchent assurément du côté de la liberté déjantée et foisonnante de la littérature anglo-saxonne.
• Après le succès de Fugitives à la rentrée 2008, Alice Munro revient avec un livre magnifique, entre fiction et autobiographie.Du XVIIIe siècle à nos jours, Alice Munro retrace le destin de ses ancêtres, partis d’Écosse pour rejoindre la terre de toutes les promesses : l’Amérique. Menant l’enquête dans le passé familial, elle découvre des hommes et des femmes épris de liberté, qui ont tenté de se défaire des carcans de leur époque. Du côté de Castle Rock est aussi un portrait intime, celui de la jeune Alice qui s’évade dans la lecture et se prend au jeu de la fiction au point d’en faire son métier. Mais ce n’est pas un livre de mémoires. Alice Munro nous raconte des histoires, affirme leur part autobiographique tout en revendiquant le pouvoir de l’imaginaire. Elle pose sur ces vies minuscules ou légendaires son regard sensible d’écrivain, sans jamais perdre sa férocité.
• Alice Munro est née en 1931 à Wingham, au Canada. Elle est l’auteur d’une douzaine de recueils de nouvelles et d’un roman, tous traduits dans le monde entier. Lauréate de nombreux prix littéraires, unanimement admirée (notamment par Joyce Carol Oates, Richard Ford ou Jonathan Franzen), elle est considérée comme l’un des plus grands écrivains anglo-saxons de notre époque.
Romancier et nouvelliste, Neil Bissoondath est né à Trinidad, en 1955, d’immigrants indiens. Il a émigré au Canada en 1973 et vit au Québec depuis quelques années. Les éditions Phébus ont publié Retour à Casaquemada (1999), L’Innocence de l’âge (1998), Tous ces mondes en elle (1999) et La Clameur des ténèbres (2007).
« Tout le monde a des secrets. J’en ai un, moi. Pas vous ? Loin, très loin, un secret enfoui au tréfonds de votre âme, comme on dit ? […] Les secrets… Nous en avons tous. Des cartes postales de l’enfer – des cartes postales jamais envoyées, souvenirs de notre vie, où ils se fondent en quelque sorte dans la trame cachée. Nous en créons nous-mêmes un certain nombre ; d’autres nous sont imposés. Petits ou grands, ils n’en sont pas moins des secrets, et nous vivons dans la terreur d’être un jour démasqués. La règle primordiale ? Ne pas se faire prendre. » Décorateur d’intérieur, le narrateur se forge un personnage d’homosexuel pour démarrer dans la profession – de la douceur dans le ton et les gestes, rien de plus –, prenant soin de s’habiller avec recherche – professionnel, cher et insouciant, mais sans exagération. Sa carrière prend forme. Un jour, il rencontre Sumintra, une fille bien plus délurée que ne le croit sa famille. Leur relation s’installe dans la durée. Dans les premiers temps, pas d’effusion sans pénombre, mais arrive le moment où se pose la question de s’afficher publiquement. Comment assumer sa double vie ? Peut-il prendre le risque de mettre sa fausse identité en péril ? L’irréparable est imminent. Le ton est juste et le récit captive, envoûte, jusqu’au coup de théâtre final. Neil Bissoondath n’a pas son pareil pour glisser, au cœur du tragique et de la cruauté, un humour presque féroce à force de second degré. Un écrivain à suivre de très, très près.
Fille de diplomate, Elif Shafak est née à Strasbourg en 1971. Elle a passé son adolescence en Espagne avant de revenir en Turquie. Internationalement reconnue, elle est l’auteur de dix livres dont La Bâtarde d’Istanbul (Phébus, 2007) et Bonbon Palace (Phébus, 2008).
« Sept semaines se sont écoulées depuis son accouchement. La femme désire être une magnifique maman, d’une perfection telle qu’on ne saurait en rêver. La magnifique maman d’une perfection surpassant tout ce qu’on peut imaginer allaite à la perfection change les couches à la perfection fait faire son rot à bébé à la perfection lui donne à la perfection trois gouttes d’eau citronnée à la petite cuiller lui fait passer le hoquet à la perfection se lève à la perfection la nuit dès que bébé pleure se réveille à la perfection le matin nettoie les renvois de bébé à la perfection sourit à son mari affronte la vie maintient le cap à la perfection. Or, la vérité est tout autre. » Dans la vraie vie, elle accumule les erreurs et les maladresses. Elle s’est tellement conditionnée à réussir que dès quelque chose va de travers, rien ne va plus. Elle est accablée de honte du matin au soir, ignorant qu’avoir constamment l’excuse à la bouche peut devenir une addiction. Et à répéter « excusez-moi » à tout bout de champ, le nombre de fautes ne fait qu’augmenter. En bref, elle est en pleine dépression postnatale. Elif Shafak, qui a souhaité écrire ce livre pour faire « un grand ménage de printemps » dans sa mémoire, raconte le « comment » de cet état, ainsi que les sorties des puits et des tunnels. Chaque labyrinthe, si complexe et si enchevêtré qu’il soit, a toujours une issue. En proposant ce témoignage sur une saison éphémère, la période intermédiaire qui suit l’accouchement, l’écrivaine ne tombe jamais dans les pièges du pathos. C’est enlevé, enjoué même, et plein d’espoir. Son Lait noir crie de vérité.
Catherine Mavrikakis est née à Chicago en 1961, d’un père grec et d’une mère française. Elle enseigne la littérature à l’Université de Montréal. Ses livres précédents, romans et essais, ont été publiés au Québec.
« Je sais que Dieu est mauvais… C’est écrit dans un des livres que ma mère conserve dans sa chambre. Dieu pourrait donc, par méchanceté, décider de venir me voir. Le portrait de Jésus-Christ à côté de moi me fixe toute la nuit. Dès que je me réveille, c’est Jésus que je vois et j’ai aussitôt peur qu’il ne m’apparaisse. Et avec lui, la vierge Marie, qui a déjà fait à d’autres petites filles le coup de l’apparition dans une grotte sale de Lourdes. Je dis à Jésus en le fixant dans les yeux que Bay City est un bled où il ne fait même pas bon se manifester. » Avec ses allures de punkette rock’n’roll et sa passion pour le vernis à ongles, Amy a tout de l’adolescente américaine type. A ceci près qu’autour d’elle s’agitent des fantômes qui l’empêchent de vivre. Celui de sa sœur aînée, morte à sa naissance. Celui de ses grands-parents déportés à Auschwitz, sur lesquels sa famille voudrait garder le silence. Amy sait depuis longtemps qu’elle est « une fausse juive dont on cache encore l’identité, une juive amputée d’elle-même et qui porte une prothèse de catholicisme ». Ce 4 juillet, jour de l’Indépendance, de la liberté, de la coupure avec l’Ancien Monde et de ses dix-huit ans, Amy, mauvaise graine du nouveau continent, décide de prendre son destin en mains. Elle doit, coûte que coûte, se sauver du passé. Dans ce roman où la liberté commence avec la solitude, Catherine Mavrikakis ne se contente pas de créer un personnage magnifique d’humanité. Elle le mêle à une intrigue sombre, cruelle, menée tambour battant, qui donne à son récit une dynamique irrésistible.
Un traducteur facétieux et sans doute malfaisant supprime le texte qu'il traduit et multiplie les notes en bas de page, les fameuses (N.d.T.), d'habitude rarissimes, ici abondantes et prolixes, qui racontent par le menu le dégoût qu'il a du roman qu'il traduit, le mépris dans lequel il tient son auteur, et surtout les outrages qu'il fait subir au texte : suppression des adjectifs, des adverbes, de paragraphes puis de pages entières, au profit de ses propres remarques, rêves, réflexions, ajouts, etc. Les notes en bas de page occupent ainsi le premier tiers de Vengeance du traducteur. Et c'est la première « vengeance » du traducteur, son premier crime de lèse-majesté.
Mais les personnages du roman américain ainsi curieusement traduit s'insinuent peu à peu dans le texte que nous lisons : Abel Prote, un écrivain français connu, vieillissant et acariâtre, auteur d'un roman intitulé (N.d.T.), que traduit en anglais David Grey, un jeune New-Yorkais qui adore se déguiser en Zorro, « le vengeur masqué ».
(N.d.T.) est un roman dans le roman, mais suprêmement drôle, et s'il est plein de références et de clins d'œil ceux-ci ne snobent jamais le lecteur. On les voit ? Le plaisir de la lecture est décuplé. On ne les saisit pas ? Il reste intact.
Le romanesque a ici la part belle : rebondissements, coups fourrés, révélations, trahisons, deus ex machina, passages secrets, scènes sexuelles, pièges littéraires ou « réels », machinations, déguisements érotiques ou comiques, apparitions, rêves délirants, fantasmes. Brice Matthieussent a voulu utiliser tous ces artifices et ces feux d'artifices propres au roman pour essayer de comprendre ce qui lie un traducteur à son auteur (la traduction au texte original) et, plus généralement, un fils à son père, la dimension autobiographique étant bien sûr omniprésente dans cette « vengeance » envisagée comme un nouveau genre romanesque.
Le grand quoi, autobiographie de Valentino Achak Deng
Dave Eggers
« Valentino n'a pas huit ans lorsqu'il est contraint de fuir Marial Bai, son village natal, traqué par les cavaliers arabes, ces miliciens armés par Khartoum. Comme des dizaines de milliers d'autres gosses, le jeune Soudanais va parcourir à pied des centaines de kilomètres pour échapper au sort des enfants soldats et des esclaves. Valentino passera ensuite plus de dix ans dans des camps de réfugiés en Ethiopie et au Kenya, avant d'obtenir un visa pour l'Amérique.
Ironie du sort, son départ était prévu le 11 septembre 2001. Quelques jours plus tard, il s'envolera enfin pour Atlanta. Dans une nouvelle jungle – urbaine cette fois – Valentino l'Africain découvre une face inattendue du racisme. Cette nouvelle existence pourrait bien se révéler aussi périlleuse que la survie dans des contrées ravagées par la guerre. À mi-chemin entre le roman picaresque et le récit d'apprentissage, ce livre est avant tout le fruit d'un échange. Eggers l'Américain a passé des centaines d'heures à écouter Valentino l'Africain se raconter. Au service d'une tradition orale, la plume impertinente de Dave Eggers fait mouche et insuffle à ce récit une dimension épique, qui rappelle celle de Mark Twain. »
Samuel Todd.
Parfois, dans une vie, une journée suffit à tout changer.
"J'avais les cheveux longs, une barbe de trois jours, une femme qui m'aimait, deux beaux enfants, un duplex à Barbès et une maison d'édition qui portait mon nom. Samedi dernier, m'a annoncé qu'elle me quitterait ce soir, mardi 16 septembre, jour de mon dépôt de bilan.
Bertil Scali est né en 1969. Il a été policier en uniforme, reporter (Nova, VSD, Paris Match), nègre. Il a rencontré un cannibale japonais, le Pape, le voisin juif d'Hitler et Serge Gainsbourg. Il a fondé les éditions Scali : au catalogue, plus de 200 titres sur la culture contemporaine. Cette aventure s'est achevée au coeur de la crise boursière. Un jour comme un autre est son premier roman.
Un livre qui s'offre comme une superbe variation sur l'image obsédante du musicien Schönberg et comme une interrogation complexe des rapports entre création, liberté et politique. Entre le Berlin d'hier et celui d'aujourd'hui, un texte d'une grande élégance, placé sous les auspices stylistiques de Thomas Bernhard. L'un des meilleurs premiers romans de la rentrée littéraire 2009.