Poèmes d'amour - Les poèmes sur l'amour - Ce mini recueil de poésie vous propose une sélection des plus beaux poèmes d'auteurs français sur le thème de l'amour. La poésie amoureuse serait née avec Orphée qui, accompagné de sa lyre, chanta son amour à la belle Eurydice. Piochons dans notre bibliothèque les poèmes d'amour les plus beaux, les plus tendres, ceux que nous relisons sans cesse avec un plaisir renouvelé. De L'amour lointain des troubadours jusqu'aux Yeux d'Elsa, si profonds qu'Aragon y perdait la mémoire, notre poésie française porte en elle tout l'amour du monde. Parlez-moi d'amour en poèmes !

« Chaque vers est enfant de l’amour » écrivait Marina Tsvétaïéva. Mais si l’exacerbation amoureuse, l’énergétique passionnelle est effectivement une des caractéristiques de son œuvre, ce qui frappe avant tout, au-delà de la liste infinie des « muses » masculines ou féminines, c’est qu’elle n’est que très peu assimilable à la poésie amoureuse, classique ou moderne. Il s’agit non pas tant de chanter, célébrer, sanctifier l’objet de sa passion, son propre sentiment, de mettre en scène l’épiphanie de l’amour ou la souffrance de la séparation, que de fonder sa poésie, donc son être même, sur un « absolu de l’amour » antérieur au monde et qui trouve sa plus parfaite expression dans le langage fondateur. « Puisque j’aurai pu cesser d'écrire des poèmes, je pourrai aussi un beau jour cesser d’aimer. Alors, je mourrai. Et ce sera bien sûr un suicide, car mon désir d’amour est tout entier désir de mort », avait-elle consigné dès mars 1919.



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Sont ici listées les 67 plus beaux poèmes pour dire l'amour.

La nuit m’est courte, et le jour trop me dure,
Je fuis l’amour, et le suis à la trace,
Cruel me suis, et requiers votre grâce,
Je prends plaisir au tourment que j’endure.

Je vois mon bien et mon mal je procure,
Désir m’enflamme, et crainte me rend grâce,
Je veux courir, et jamais ne déplace,
L’obscur m’est clair, et la lumière obscure.

Vôtre je suis, et ne puis être mien,
Mon corps est libre, et d’un étroit lien
Je sens mon cœur en prison retenu.

Obtenir veux, et ne puis requérir,
Ainsi me blesse, et ne veut guérir
Ce vieil enfant, aveugle archer, et nu.

(l’Olive)
Joachim du Bellay (1522-1560)

Lorsque tu fermeras mes yeux à la lumière,
Baise-les longuement, car ils t’auront donné
Tout ce qui peut tenir d’amour passionné
Dans le dernier regard de leur ferveur dernière.

Sous l’immobile éclat du funèbre flambeau,
Penche vers leur adieu ton triste et beau visage
Pour que s’imprime et dure en eux la seule image
Qu’ils garderont dans leur tombeau.

Et que je sente, avant que le cercueil se cloue,
Sur le lit pur et blanc se rejoindre nos mains
Et que près de mon front sur les pâles coussins,
Une suprême fois se repose ta joue.

Et qu’après je m’en aille au loin avec mon cœur
Qui te conservera une flamme si forte
Que même à travers la terre compacte et morte
Les autres morts sentiront ton ardeur !


Emile Verhaeren (1835 -1916)

Madrigal

Si c’est aimer, Madame, et de jour et de nuit
Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire,
Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire
Qu’adorer et servir la beauté qui me nuit ;
Si c’est aimer de suivre un bonheur qui me fuit,
De me perdre moi-même et d’être solitaire,
Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre et me taire,
Pleurer, crier merci, et m’en voir éconduit ;
Si c’est aimer de vivre en vous plus qu’en moi-même,
Cacher d’un front joyeux une langueur extrême,
Sentir au fond de l’âme un combat inégal,
Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traite,
Honteux, parlant à vous, de confesser mon mal ;
Si c’est cela aimer, furieux je vous aime.
Je vous aime, et sais bien que mon mal est fatal,
Le cœur le dit assez, mais la langue est muette.

Pierre de Ronsard
Sonnets pour Hélène,

Livre I

Ô déesse de l’amour, ne me quitte pas !
Je me réjouis de vous voir si nombreux…
Avant toute chose, n’oubliez jamais que je vous aime…
Vous me pardonnerez, Mesdames,
Si je m’adresse d’abord aux hommes.
Mais c’est qu’en Amour – vous serez d’accord avec moi –
La plupart d’entre eux n’y entendent rien,
Ou pas grand-chose.

Je suis très émue de vous dire que j'ai
bien compris l'autre soir que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
là une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à vous montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir aussi
vous dévoiler sans artifice mon âme
toute nue, venez me faire une visite.
Nous causerons en amis, franchement.
Je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l'affection
la plus profonde comme la plus étroite
en amitié, en un mot la meilleure preuve
que vous puissiez rêver, puisque votre
âme est libre. Pensez que la solitude oú j'ha-
bite est bien longue, bien dure et souvent
difficile. Ainsi en y songeant j'ai l'âme
grosse. Accourrez donc vite et venez me la
faire oublier par l'amour où je veux me
mettre.

Les séparés

N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteindre.
Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau.
J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre,
Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.
N’écris pas !

N’écris pas. N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu’à Dieu… qu’à toi, si je t’aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu n’aimes,
C’est entendre le ciel sans y monter jamais.
N’écris pas !

N’écris pas. Je te crains ; j’ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.
Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N’écris pas !

N’écris pas ces deux mots que je n’ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon cœur ;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu’un baiser les empreint sur mon cœur.
N’écris pas !

LES ROSES D’ISPAHAN

Les roses d’Ispahan dans leur gaine de mousse,
Les jasmins de Mossoul, les fleurs de l’oranger
Ont un parfum moins frais, ont une odeur moins douce,

Ô blanche Leïlah ! que ton souffle léger.
Ta lèvre est de corail, et ton rire léger
Sonne mieux que l’eau vive et d’une voix plus douce,
Mieux que le vent joyeux qui berce l’oranger,
Mieux que l’oiseau qui chante au bord du nid de mousse.

Mais la subtile odeur des roses dans leur mousse,
La brise qui se joue autour de l’oranger
Et l’eau vive qui flue avec sa plainte douce
Ont un charme plus sûr que ton amour léger !

Ô Leïlah ! depuis que de leur vol léger
Tous les baisers ont fui de ta lèvre si douce,
Il n‘est plus de parfum dans le pâle oranger,
Plus de céleste arôme aux roses dans leur mousse.

L’oiseau, sur le duvet humide et sur la mousse
Ne chante plus parmi les roses et l’oranger ;
L’eau vive des jardins n’a plus de chanson douce,
L’aube ne dore plus le ciel pur et léger.

Oh ! que ton jeune amour, ce papillon léger,
Revienne vers mon cœur d’une aile prompte et douce,
Et qu’il parfume encor les fleurs de l’oranger,
Les roses d’Ispahan dans leur gaine de mousse.

Charles Leconte de Lisle, Poèmes antiques

Le Luth

Pour le plus doux ebast que je puisse choisir,
Souvent, après disner, craignant qu'il ne m'ennuye,
Je prends le manche en main, je le taste et manie,
Tant qu'il soit en estat de me donner plaisir.

Sur mon lict je me jette, et, sans m'en dessaisir,
Je l'estrains de mes bras et sur moy je l'apuye,
Et, remuant bien fort, d'aise toute ravie,
Entre mille douceurs j'accomplis mon désir.

S'il avient, par malheur quelquefois qu'il se lasche,
De la main je le dresse, et, derechef, je tasche
Au jouir du plaisir d'un si doux maniment :

Ainsi, mon bien aymé, tant que le nerf luy tire,
Me contemple et me plaist, puis de luy, doucement,
Lasse et non assouvie en fin je me retire.

Héliette de VIVONNE

Il m’éblouit, il goûte le bonheur des dieux cet homme qui devant toi prend place et près de toi écoute, captivé, la douceur de ta voix.

Ah ! ce désir d’aimer qui passe dans ton rire. Et c’est bien pour cela qu’un spasme étreint mon cœur dans ma poitrine. Car si je te regarde, même un instant, je ne puis plus parler.

Mais d’abord ma langue est brisée, un feu subtil soudain a couru en frisson sous ma peau, mes yeux ne me laissent plus voir, un sifflement tournoie dans mes oreilles.

Sapphô, Odes et fragments, Poésie Gallimard

Je suis perdu, vois-tu,
je suis noyé,
inondé d'amour;
je ne sais plus si je vis,
si je mange,
si je respire,
si je parle ;
je sais que je t'aime.

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.
J'arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront.
Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encor de vos derniers baisers ;
Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête.
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

Paul Verlaine (1823 - 1896)

Amis, un tourbillon lent m’habite
Un roulement de tambour silencieux
A présent, le chagrin conduit ma main
En moi des sanglots blancs roucoulent, en moi
La souffrance brûle la joie d’amour
Je m’entends parfois : il ne dit rien, il
S’essaye à vivre, s’essaye à vivre
Il pleure, l’homme, l’amour le damne.

Extrait de Grâce à Camden, Inédit

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Extrait de Les contemplations

CONFESSION

Si donc ce soir
Tu m’avais prise
Tu aurais mangé mon parfum
Que restait-il
Entre mes cuisses
Et sous mes bras
Et sur mes seins
Pour qu’à la nuit je me confesse
Et me baise
Jusqu’au matin.

Simonne Michel Azais, Poèmes interdits, Paris, La Goelette, 1953

Oui dès l’instant que je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes.
De l’amour qu’en vos yeux je pris
Sur-le-champ vous vous aperçûtes.
Ah ! Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le dise,
Qu’avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu’enfin je m’opiniâtrasse,
Et que je vous idolâtrasse,
Pour que vous m’assassinassiez

Alphonse Allais (1854 – 1905)










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L'amour dans la poésie francaise : les plus beaux poèmes d'amour




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