Brigitte Giraud récompensée pour « Vivre vite



Prix Goncourt 2022 : Brigitte Giraud récompensée pour « Vivre vite » - Brigitte Giraud a reçu, ce jeudi 3 novembre 2022, le prix Goncourt 2022 pour son roman Vivre vite



Brigitte Giraud réagit après l’annonce « Peut-être que les mots aident à conjurer le sort », a réagi Brigitte Giraud après l’annonce du plus prestigieux des prix littéraires francophones. « L’intime n’a de sens que s’il résonne avec le collectif. (…) J’ai envie de penser que [les jurés] ont vu cette dimension beaucoup plus large qu’une simple vie intime, qu’une simple destinée. »


Brigitte Giraud exprime sa joie lors de la remise du prix Goncourt 2022


L'intime n'a de sens que s'il est relié au collectif : Brigitte Giraud, lauréate du Prix Goncourt 2022, partage sa joie le 03 novembre 2022.

  1. « L'intime n'a de sens que s'il est relié au collectif. »

  2. « C'est magnifique, c'est inattendu, c'est émouvant. J'étais dans un bureau chez mon éditeur avec tous ceux qui ont travaillé sur ce livre quand j'ai appris la nouvelle. J'ai crié de joie. Nous avons crié de joie. Et je me suis dit : c'est ça le bonheur, c'est de crier ensemble. »

  3. « Je pense à mon éditrice, à mes éditeurs, à Claude, bien sûr, et je pense aussi à la littérature, aux mots qui ont peut-être le pouvoir de conjurer la mort finalement. C'est un livre d'amour.»

  4. « C'est un livre qui parle d'une histoire intime, mais je pense que l'intime n'a de sens que s'il est relié au collectif. »

  5. « C'est un livre qui questionne une société, le libéralisme, une époque, la fin du 20e siècle, juste avant le grand saut dans le numérique. C'est une photographie de cette époque révolue. »

  6. « Il y a deux mots importants tous les deux d'origine arabe "mektoub, qui signifie le destin, et hasard qui veut dire accident, quelque chose qui tombe".
    Quand j'ai commencé à observer tous les évènements inhabituels qui s'étaient produits dans les mois, semaines, jours qui ont précédé l'accident, ces légers dysfonctionnements, alors j'ai décidé de chercher la pièce du puzzle à supprimer pour qu'elle ne s'emboite pas avec les autres et que l'accident n'ait pas lieu. Mais évidemment c'était une illusion. Par contre en écrivant ce livre, ce que j'ai trouvé, c'est le collectif, tous ces gens qui m'ont accompagnée.
    Le livre aurait pu faire 3000 pages, mais à un moment il fallait bien que je m'arrête. »

Une autrice peu connue du grand public. Lyonnaise, native d'Algérie, Brigitte Giraud a écrit une dizaine de livres, romans, essais ou nouvelles. Elle a obtenu le Goncourt de la nouvelle 2007 pour le recueil "L'amour est très surestimé". En 2019, elle a été finaliste du prix Médicis pour "Jour de courage".

L'Académie Goncourt a fait le choix d'une autrice peu connue du grand public et pas habituée aux gros chiffres de vente, poursuivant ainsi un certain renouveau. En choisissant "Vivre Vite", les jurés Goncourt élisent un récit sobre et sensible, qui a été tout de suite bien accueilli par la critique. Le prix Goncourt 2022 est attribué à Brigitte Giraud pour son roman Vivre vite dans lequel elle revient sur la mort de son mari dans un accident de moto en 1999.

« Elle est la treizième femme lauréate du prix », a déclaré Paule Constant, écrivaine membre de l’Académie Goncourt. Les dix membres de l’académie Goncourt, réunis au restaurant Drouant, à Paris, ont couronné la Lyonnaise au 14e tour de scrutin.

Brigitte Giraud réagit après l’annonce « Peut-être que les mots aident à conjurer le sort », a réagi Brigitte Giraud après l’annonce du plus prestigieux des prix littéraires francophones. « L’intime n’a de sens que s’il résonne avec le collectif. (…) J’ai envie de penser que [les jurés] ont vu cette dimension beaucoup plus large qu’une simple vie intime, qu’une simple destinée. »


Prix Goncourt 2022 : Brigitte Giraud récompensée pour « Vivre vite » Vivre vite, de Brigitte Giraud (Flammarion)


J'ai été aimantée par cette double mission impossible. Acheter la maison et retrouver les armes cachées. C'était inespéré et je n'ai pas flairé l'engrenage qui allait faire basculer notre existence.Parce que la maison est au coeur de ce qui a provoqué l'accident."En un récit tendu qui agit comme un véritable compte à rebours, Brigitte Giraud tente de comprendre ce qui a conduit à l'accident de moto qui a coûté la vie à son mari le 22 juin 1999. Vingt ans après, elle fait pour ainsi dire le tour du propriétaire et sonde une dernière fois les questions restées sans réponse. Hasard, destin, coïncidences ? Elle revient sur ces journées qui s'étaient emballées en une suite de dérèglements imprévisibles jusqu'à produire l'inéluctable. À ce point électrisé par la perspective du déménagement, à ce point pressé de commencer les travaux de rénovation, le couple en avait oublié que vivre était dangereux.Brigitte Giraud mène l'enquête et met en scène la vie de Claude, et la leur, miraculeusement ranimées.


Tahar Ben Jelloun tacle le Prix Goncourt 2022


Selon lui, le jury du prix Goncourt s'est trompé en sacrant Brigitte Giraud pour son livre "Vivre vite". Le sacre de Brigitte Giraud pour son livre Vivre vite restera dans les mémoires du Goncourt : une victoire au 14e tour d'un scrutin très serré face au Mage du Kremlin de Giuliano da Empoli. Résultat, certains membres du jury, et c'est inédit, sont allés jusqu'à exprimer publiquement leur désaccord.
La bienséance voudrait dire que je suis solidaire. Je ne suis pas du tout solidaire cette fois-ci. Je suis vraiment en colère, parce que nous avons fait une grave erreur. Le livre Le Mage du Kremlin est un grand livre qui nous éclaire sur l'époque. Et là, on s'est arrêté à un livre qui n'est pas mal, je n'ai rien contre Brigitte Giraud. Mais c'est un petit livre, il n'y a pas d'écriture
dénonce Tahar Ben Jelloun.

L'académie Goncourt a dévoilé, mardi 6 septembre, une première liste de 15 romans en lice pour la récompense la plus convoitée de la saison : le 120e prix Goncourt.

Les deux prochaines sélections du prix Goncourt 2022 auront lieu les 4 et 25 octobre 2022, depuis Beyrouth pour cette dernière, et c'est le jeudi 3 novembre 2022 que sera dévoilé le nom du successeur de Mohamed Mbougar Sarr, 119e lauréat pour son roman La plus secrète mémoire des hommes (Philippe Rey/Jimsaan).

Première sélection le 6 septembre 2022.

Les 15 romans sélectionnés pour le prix Goncourt 2022

  1. Une Heure de ferveur de Muriel Barbery (Actes Sud)


    Un homme solitaire et volage, amant d'une Française de passage à Kyoto perd sa légèreté le jour où celle-ci lui interdit d'approcher l'enfant née de leur liaison. Littéralement bouleversé, ce Japonais éprouve soudain un sentiment paternel irrépressible. Il accepte pourtant la cruelle injonction. Par l'entremise d'un photographe dont il achète les services et la discrétion, il va dorénavant passer sa vie à observer sa fille au fil des images volées.

  2. Le Cœur ne cède pas, de Grégoire Bouillier (Flammarion)


    Août 1985. A Paris, une femme s'est laissée mourir de faim chez elle pendant quarante-cinq jours en tenant le journal de son agonie. Son cadavre n'a été découvert que dix mois plus tard. A l'époque, Grégoire Bouillier entend ce fait divers à la radio. Et plus jamais ne l'oublie. Or, en 2018, le hasard le met sur la piste de cette femme. Qui était-elle ? Pourquoi avoir écrit son agonie ? Comment un être humain peut-il s'infliger - ou infliger au monde - une telle punition ? Se transformant en détective privé assisté de la fidèle (et joyeuse) Penny, l'auteur se lance alors dans une folle enquête pour reconstituer la vie de cette femme qui fut mannequin dans les années 50 : à partir des archives et de sa généalogie, de son enfance dans le Paris des années 20 à son mariage pendant l'Occupation...
    Un grand voyage dans le temps et l'espace. Sont même convoqués le cinéma et les sciences occultes, afin d'élucider ce fait divers. "Elucider voulant dire non pas faire toute la lumière sur le drame mais clarifier les termes mêmes de sa noirceur".

  3. Les Liens artificiels, de Nathan Devers (Albin Michel)


    «Il fallait la raconter, cette spirale. La spirale de ceux qui tournent en rond entre le virtuel et la réalité. Qui perdent pied à mesure que s'estompe la frontière entre les écrans et les choses, les mirages et le réel, le monde et les réseaux. Le cercle vicieux d'une génération qui se connecte à tout, excepté à la vie. » N.D. Alors que Julien s'enlise dans son petit quotidien, il découvre en ligne un monde « miroir » d'une précision diabolique où tout est possible : une seconde chance pour devenir ce qu'il aurait rêvé être... Bienvenue dans l'Antimonde.


  4. Le Mage du Kremlin, de Giuliano da Empoli (Gallimard)


    On l’appelait le « mage du Kremlin ». L’énigmatique Vadim Baranov fut metteur en scène puis producteur d’émissions de télé-réalité avant de devenir l’éminence grise de Poutine, dit le Tsar. Après sa démission du poste de conseiller politique, les légendes sur son compte se multiplient, sans que nul puisse démêler le faux du vrai. Jusqu’à ce que, une nuit, il confie son histoire au narrateur de ce livre… Ce récit nous plonge au cœur du pouvoir russe, où courtisans et oligarques se livrent une guerre de tous les instants. Et où Vadim, devenu le principal spin doctor du régime, transforme un pays entier en un théâtre politique, où il n’est d’autre réalité que l’accomplissement des souhaits du Tsar. Mais Vadim n’est pas un ambitieux comme les autres : entraîné dans les arcanes de plus en plus sombres du système qu’il a contribué à construire, ce poète égaré parmi les loups fera tout pour s’en sortir. De la guerre en Tchétchénie à la crise ukrainienne, en passant par les Jeux olympiques de Sotchi, Le mage du Kremlin est le grand roman de la Russie contemporaine. Dévoilant les dessous de l’ère Poutine, il offre une sublime méditation sur le pouvoir.


  5. Quelque chose à te dire, de Carole Fives (Gallimard)

  6. Elsa Feuillet, jeune écrivaine, admire l’œuvre de la grande Béatrice Blandy, disparue prématurément. Cette femme dont elle a lu tous les livres incarnait la réussite, le prestige et l’aisance sociale qui lui font défaut. Lorsque Elsa rencontre le veuf de Béatrice Blandy, une idylle se noue. Fascinée, elle va peu à peu se glisser dans la vie de sa romancière fétiche, et explorer son somptueux appartement parisien — à commencer par le bureau, qui lui est interdit… Jeu de miroirs ou jeu de dupes ? Carole Fives signe avec Quelque chose à te dire un thriller troublant.


  7. Beyrouth-sur-Seine, de Sabyl Ghoussoub (Stock)


    Lorsque le narrateur décide de questionner ses parents sur leur pays d’origine, le Liban, il ne sait pas très bien ce qu’il cherche. La vie de ses parents ? De son père, poète-journaliste tombé amoureux des yeux de sa femme des années auparavant ? Ou bien de la vie de son pays, ravagé par des années de guerre civile ?
    Alors qu’en 1975 ses parents décident de vivre à Paris pendant deux ans, le Liban sombre dans un conflit sans fin. Comment vivre au milieu de tout cet inconnu parisien quand tous nos proches connaissent la guerre, les attentats et les voitures piégées ? Déambuler dans la capitale, préparer son doctorat, voler des livres chez Gibert Jeune semble dérisoire et pourtant ils resteront ici, écrivant frénétiquement des lettres aux frères restées là-bas, accrochés au téléphone pour avoir quelques nouvelles. Très vite pourtant la guerre pénètre le tissu parisien : des bombes sont posées, des attentats sont commis, des mots comme « Palestine », « organisation armée », « phalangistes » sont prononcés dans les JT français.
    Les années passent, le conflit politique continue éternellement de s’engrener, le Liban et sa capitale deviennent pour le narrateur un ailleurs dans le quotidien, un point de ralliement rêvé familial. Alors il faut garder le lien coûte que coûte notamment à travers ces immenses groupes de discussion sur WhatsApp. Le Liban, c’est la famille désormais.
    Incisif, poétique et porté par un humour plein d’émotions, Beyrouth-sur-Seine est une réflexion sur la famille, l’immigration et ce qui nous reste de nos origines.

  8. Vivre vite, de Brigitte Giraud (Flammarion)


    J'ai été aimantée par cette double mission impossible. Acheter la maison et retrouver les armes cachées. C'était inespéré et je n'ai pas flairé l'engrenage qui allait faire basculer notre existence.Parce que la maison est au coeur de ce qui a provoqué l'accident."En un récit tendu qui agit comme un véritable compte à rebours, Brigitte Giraud tente de comprendre ce qui a conduit à l'accident de moto qui a coûté la vie à son mari le 22 juin 1999. Vingt ans après, elle fait pour ainsi dire le tour du propriétaire et sonde une dernière fois les questions restées sans réponse. Hasard, destin, coïncidences ? Elle revient sur ces journées qui s'étaient emballées en une suite de dérèglements imprévisibles jusqu'à produire l'inéluctable. À ce point électrisé par la perspective du déménagement, à ce point pressé de commencer les travaux de rénovation, le couple en avait oublié que vivre était dangereux.Brigitte Giraud mène l'enquête et met en scène la vie de Claude, et la leur, miraculeusement ranimées.

  9. Sa Préférée, de Sarah Jollien-Fardel (Sabine Wespieser)


    Dans ce village haut perché des montagnes valaisannes, tout se sait, et personne ne dit rien. Jeanne, la narratrice, y grandit en apprenant à éviter les accès de violence de son père, à les anticiper. Si sa mère et sa soeur se résignent à la déferlante des mots orduriers, aux coups, aux retours avinés, préludes à de nouvelles scènes, Jeanne, malgré la peur permanente, lui tient tête. Jusqu'au jour où, pour une réponse péremptoire prononcée avec toute l'assurance de ses huit ans, il la roue de coups. Quand arrive le médecin du village, appelé à son chevet, elle est convaincue que cet homme éduqué et bienveillant va mettre fin au cauchemar : mais, à l'instar des proches et des voisins rustauds, il fait comme si de rien n'était, comme si elle avait été victime d'une simple chute.
    Dès lors, son dégoût face à tant de lâcheté, et aussi son désir d'échapper à la terreur quotidienne vont servir de viatique à Jeanne. Grâce à la complicité d'une professeure, elle parviendra à s'inscrire à l'École normale d'instituteurs sans l'autorisation de son père. Cinq années de répit, dans la ville de Sion, loin du foyer familial. Mais le suicide de sa soeur agit comme une énième réplique de la violence fondatrice.
    Réfugiée à Lausanne, inadaptée sociale, la jeune femme, que le moindre bruit fait encore sursauter, trouve une forme d'apaisement dans ce nouvel exil volontaire, et dans de longues séances de natation dans le lac Léman. Le plaisir de nager, découvert loin de son père, est le seul qu'elle parvienne à s'accorder. Habitée par sa rage d'oublier et de vivre, elle se construit une existence, s'ouvre aux autres, et s'autorise peu à peu une vie amoureuse.
    Dans une langue âpre, syncopée, Sarah Jollien-Fardel dit avec force le prix à payer pour cette émancipation à marche forcée. Car le passé inlassablement s'invite, dans une attitude, un geste, un souvenir.
    Sa préférée est un roman puissant sur l'appartenance à une terre natale, où Jeanne n'aura de cesse de revenir, malgré son enfance gâchée, malgré sa colère, aimantée par son amour pour sa mère et la culpabilité de n'avoir su la protéger de son destin.

  10. Les Presque sœurs, de Cloé Korman (Seuil)


    Entre 1942 et 1944, des milliers d’enfants juifs, rendus orphelins par la déportation de leurs parents, ont été séquestrés par le gouvernement de Vichy. Maintenus dans un sort indécis, leurs noms transmis aux préfectures, ils étaient à la merci des prochaines rafles.
    Parmi eux, un groupe de petites filles. Mireille, Jacqueline, Henriette, Andrée, Jeanne et Rose sont menées de camps d’internement en foyers d’accueil, de Beaune-la-Rolande à Paris. Cloé Korman cherche à savoir qui étaient ces enfants, ces trois cousines de son père qu’elle aurait dû connaître si elles n’avaient été assassinées, et leurs amies.
    C'est le récit des traces concrètes de Vichy dans la France d’aujourd’hui. Mais aussi celui du génie de l’enfance, du tremblement des possibles. Des formes de la révolte.


  11. Une Somme humaine, de Makenzy Orcel (Rivages)


    « presque toutes les nuits, je ne pensais qu’à faire mes bagages, foncer vers la gare et demander un aller simple pour Paris, n’importe où, loin de ce foutu village, ou de cette foutue famille, j’avais envie de dormir très longtemps et de me réveiller dans un autre monde, cela me paraissait compliqué de foutre le camp comme ça sur un coup de tête, sans aucune préparation ni connaissance du monde, comme un pauvre poisson d’aquarium lâché au beau milieu de l’océan parmi des animaux impitoyables et ténébreux, des tempêtes transportant des immeubles d’eau, et des nuits démesurées, faites d’imprévus, au fond desquelles le pauvre inconnu flotte, en proie aux transes captieuses, lugubres du large, thaumaturge dont on ne sait rien, la face mussée dans les lointaines contrées de l’immense, ses chants ruminés racontent la même histoire, celle du recommencement de la solitude, soudain un silence, éblouissant, telle une éternité entre deux battements d’ailes, le pauvre poisson espère, mais reprend le leitmotiv apocalyptique, la danse cruelle des eaux dures, l’invincible perversité de la mort, le pauvre poisson se laisse porter, il n’y a nulle part ailleurs où aller, partout c’est pareil, partout c’est l’océan, l’indépassable, nuits et batailles de vagues incisives au milieu du ciel, déployant toute leur puissance factice, coincé entre ces murailles moutonnées, il n’a même pas la force de verser les larmes que ses souvenirs dans l’aquarium lui arrachent, cette eau calme, harmonieuse, surtout bien paramétrée, où il a toujours vécu en sécurité, jamais il ne choisirait un autre écosystème à celui-là, pour tout dire, c’était une vie monotone, un peu morbide parfois, mais il y était chez lui, heureux, n’avait aucun mal à voyager puisque l’imagination est faite pour cela... bref, ce genre d’incertitudes liées à l’ailleurs, à l’inconnu, me faisaient très peur parce que, à l’instar du poisson, je ne connaissais pas d’autre monde que mon aquarium de village, et très envie parce que toutes les raisons étaient bonnes pour quitter ce trou pourri avec ces rustres qui chiaient dans leur plat, rotaient, puis se remettaient à boire, à baiser la femme de leur frère et violer leur propre nièce, mais je me disais que c’était peut-être plus judicieux d’attendre... »

    « nous ondulions, nos lèvres unies, chaudes, fougueuses, chaque nouveau morceau plongeait les corps et le temps dans un nouveau et délicieux chaos, arrête ça tout de suite, hurla mère la première fois qu’elle m’avait surprise en train de danser librement, Orcel me serra encore plus fort contre lui, et je pouvais sentir son désir se durcir de plus en plus, je brûlais debout, tu te crois où là, pauvre mère, si elle savait à quel point la danse fait du bien, nos corps avaient quitté la musique et la salle depuis longtemps pour entrer dans un nouvel espace-temps où des mondes lumineux se formaient, se décomposaient au rythme de notre souffle, de notre transe, on ne saura jamais le nom de ce lieu né de l’alchimie entre deux êtres, ça devenait intenable, Orcel m’entraîna dans les toilettes, passa ma petite culotté sur le côté et me traversa de toute sa flamme... le bar se vida autour de une heure du matin, tu crois qu’ils ferment parce qu’on a tout bu, rigola-t-il, peut-être, dis-je, devine ce dont j’ai envie, quoi, du café-thé-whisky, mais qui ose boire une telle chose, moi, c’est la boisson qu’on buvait quand j’étais étudiante, oh non, fit-il en laissant tomber sa tête sur mon épaule qu’il embrassa plusieurs fois, le serveur nous offrit des shots, et nous dit ensuite, à Orcel et moi, qu’on formait un beau couple, le métissage c’est l’avenir, n’importe quoi, pensai-je d’emblée, nous sommes deux personnes qui s’aiment, c’est tout, pas un projet vers une nouvelle race déterminée, un croisement entre deux rives, entre la lumière et l’obscurité, entre ici et là-bas, ou c’est exactement ça, et nous sommes tous des métis, ce shot est vraiment bon, me tira Orcel de mes élucubrations »


    « Nos mots sont plus forts que nous, c’était aussi une phrase de grand-mère – elle disait toujours ce qu’elle pensait, n’en déplaise à mes géniteurs et à leurs invités – moi je voudrais que les miens soient plus forts que le temps, la perspective littéraire de ce cahier, je pourrais dire de ce chaos, se nourrit de cette impulsion déceptive, de son inépuisable évanescence… tout est là, incontestable, ignoble et vrai, l’autobiographie c’est comme une pute qui montre ses nichons et ça n’étonne personne, ou si, au contraire, à tel point qu’on la traîne au bûcher au nom de la bonne morale, j’assume entièrement cette indécence, je suis désormais le miroir dans lequel je me vois. »

  12. Taormine, d’Yves Ravey (Éditions de Minuit)


    Un couple au bord de la séparation s'offre un séjour en Sicile pour se réconcilier. Prix des libraires de Nancy 2022 : A quelques kilomètres de l'aéroport, sur un chemin de terre, leur voiture de location percute un objet non identifié. Le lendemain, ils décident de chercher un garage à Taormine pour réparer discrètement les dégâts. Une très mauvaise idée.


  13. La Petite menteuse, de Pascale Robert-Diard (L’Iconoclaste)


    A quinze ans, Lisa est une adolescente en vrac, à la spontanéité déroutante. Elle a eu des seins avant les autres filles. Des seins qui excitent les garçons. Mais Lisa change et devient sombre. Elle semble en permanence au bord des larmes. Acculée par ses professeurs, elle finit par avouer. Un homme a abusé d'elle, plusieurs fois. Les soupçons se portent sur Marco, un ouvrier venu faire des travaux chez ses parents. Marco n'a jamais été longtemps avec une femme. Il a essayé les hommes. Il boit trop. Il écrit des lettres rageuses pour sa défense, pleines de points d'exclamation. Sans hésitation, Marco est condamné à dix ans de prison. Lors du procès en appel, Lisa est majeure. Elle débarque dans le bureau d'Alice, une avocate de la petite ville de province. "Je préfère être défendue par une femme." C'est comme cela que tout a commencé.


  14. Les Méditerranéennes, d’Emmanuel Ruben (Stock)


    Décembre 2017, banlieue de Lyon. Samuel Vidouble retrouve sa famille maternelle le temps d’un dîner de Hanoukkah haut en tohu-bohu et récits bariolés de leur Algérie, de la prise de Constantine en 1837 à l’exode de 1962. En regardant se consumer les bougies du chandelier, seul objet casé dans la petite valise de Mamie Baya à son arrivée en France et sujet de nombreux fantasmes du roman familial – il aurait appartenu à la Kahina, une reine juive berbère –, il décide de faire le voyage, et s’envole pour Constantine. Il espère aussi retrouver Djamila, qu’il a connue à Paris, la nuit des attentats, et qui est partie faire la Révolution pour en finir avec l’Algérie de Bouteflika.
    Passé et présent s’entrelacent au long de ses errances dans les rues de Constantine, aussi bien qu’à Guelma et Annaba, retrouvant les lieux où sa grand-mère s’est mariée, où son grand-père s’est suicidé, où sa mère est née, où sa tante s’est embarquée pour Marseille. De retour en France, il ne cesse d’interroger les femmes de sa famille, celles à qui revient d’allumer les neuf bougies, pour élucider le mystère du chandelier.
    Au fil de leurs souvenirs, il comprend ce qui le lie à l’Algérie et ce qui lie toutes ces générations de femmes que l’histoire aurait effacées s’il n’y avait des romans pour les venger. Derrière les identités multiples, légendaires, réelles ou revendiquées – passé berbère, religion juive, langue arabe, citoyenneté française –, c’est l’appartenance à une communauté géographique qui se dessine : le vrai pays de ces Orientales, c’est la Méditerranée, la Méditerranée des exilés d’hier et d’aujourd’hui, la Méditerranée d’Homère et d’Albert Cohen, d’Ibn Khaldun et d’Albert Camus.


  15. La Vie clandestine, de Monica Sabolo (Gallimard)


    « Je tenais mon sujet. Un groupe de jeunes gens assassinent un père de famille pour des raisons idéologiques. J’allais écrire un truc facile et spectaculaire, rien n’était plus éloigné de moi que cette histoire-là.
    Je le croyais vraiment.
    Je ne savais pas encore que les années Action directe étaient faites de tout ce qui me constitue : le silence, le secret et l’écho de la violence. »
    La vie clandestine, c’est d’abord celle de Monica Sabolo, élevée dans un milieu bourgeois, à l’ombre d’un père aux activités occultes, disparu sans un mot d’explication. C’est aussi celle des membres du groupe terroriste d’extrême gauche Action directe, objets d’une enquête romanesque qui va conduire la narratrice à revisiter son propre passé.
    Comment vivre en ayant commis ou subi l’irréparable ? Que sait-on de ceux que nous croyons connaître ? De l’Italie des Brigades rouges à la France des années 80, où les rêves d’insurrection ont fait place au fric et aux paillettes, La vie clandestine explore avec grâce l’infinie complexité des êtres, la question de la violence et la possibilité du pardon.

  16. Notre si chère vieille dame auteur, d’Anne Serre (Mercure de France)


    Une vieille femme écrivain, donnée pour mourante, laisse un manuscrit inédit et désordonné avec des pages manquantes. Venus pour la filmer, un réalisateur, un cameraman et une scripte vont s’acharner à le reconstituer. Mais la vieille dame auteur n’est pas seule : il y a auprès d’elle la jeune femme qu’elle fut, un étrange personnage qui fut son père, un garçon à bonnet rouge qui fut son compagnon d’été, un certain Hans qui ne prononce jamais qu’une seule phrase…
    À son habitude, Anne Serre livre ici un roman plein de chausse-trappes, aux allures de conte, sur l’enfance mystérieuse et l’écriture à l’œuvre. Chez elle, comme le disait W. G. Sebald de Robert Walser : "Le narrateur ne sait jamais très bien s’il se trouve au milieu de la rue ou au milieu d’une phrase."




Quelle est la deuxième sélection 🕮 pour le prix Goncourt 2022 ?



Plus que huit auteurs en lice pour le Goncourt 2022. Les membres de l'académie Goncourt ont révélé, mardi 4 octobre 2022, leur deuxième sélection. Les quatre finalistes seront annoncés le 25 octobre 2022.



Les 8 ouvrages sélectionnés le 4 octobre 2022 :


Les huit romans sélectionnés pour le prix Goncourt 2022

  1. Le Cœur ne cède pas, de Grégoire Bouillier (Flammarion)
  2. Les Liens artificiels, de Nathan Devers
  3. Le Mage du Kremlin, de Giuliano da Empoli
  4. Vivre vite, de Brigitte Giraud
  5. Les Presque sœurs, de Cloé Korman
  6. Une Somme humaine, de Makenzy Orcel
  7. La Petite menteuse, de Pascale Robert-Diard
  8. La Vie clandestine, de Monica Sabolo (Gallimard)

Le jury du prix Goncourt a dévoilé ce mardi 25 octobre 2022 depuis Beyrouth au Liban les quatre finalistes du plus prestigieux des prix littéraires du monde francophone, qui sera décerné le 3 novembre prochain à Paris.
Parmi les finalistes figurent Giuliano da Empoli (pour Le Mage du Kremlin), de Brigitte Giraud (pour Vivre vite), de Cloé Korman (pour Les presque Sœurs) et de Makenzy Orcel (pour Une somme humaine).

Quelle est la dernière sélection 🕮 pour le prix Goncourt 2022 ?


Le jury du prix Goncourt a dévoilé ce mardi 25 octobre 2022 depuis Beyrouth au Liban les quatre finalistes du plus prestigieux des prix littéraires du monde francophone, qui sera décerné le 3 novembre prochain à Paris.
Parmi les finalistes figurent Giuliano da Empoli (pour Le Mage du Kremlin), de Brigitte Giraud (pour Vivre vite), de Cloé Korman (pour Les presque Sœurs) et de Makenzy Orcel (pour Une somme humaine).

  1. Le Mage du Kremlin, de Giuliano da Empoli
  2. Vivre vite, de Brigitte Giraud
  3. Les Presque sœurs, de Cloé Korman
  4. Une Somme humaine, de Makenzy Orcel

Les précédents Prix Goncourt


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