Proverbes d'amour


L'amour naît à la première vue.- L'amour le plus parfait est le plus malheureux - L'amour fait perdre le repos et le repas.Le mouvement des yeux est le langage des amants - autant de proverbes d'amour connus. Mais connaissez vous l'origine et la signification de ces proverbes sur l'amour ?







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Les beaux proverbes d'amour


Les proverbes qui expriment des sentiments universels comme l'amour se retrouvent toujours et partout. Ils sont les mêmes chez tous les peuples quant au fond : ils ne varient que dans la forme : d'où l'on peut conclure qu'en général ils n'ont pas été empruntés par un peuple à un autre peuple, mais qu'ils sont nés spontanément chez toutes les nations et dans tous les pays par le seul fait du sens commun.

Proverbes et amour

L'amour est la clef du mérite et un étang de prouesses. Étant ici employé au figuré pour quantité considérable, nombre infini, dans le même sens que les Latins disaient pelagus bonorum, une mer de biens, une mer d'abondance. Ce proverbe est traduit de ces deux vers du troubadour Arnaud Daniel. Amor es de pretz la clans Et de proeza us estancli. Pour bien le comprendre, il faut savoir que les troubadours avaient donné au mot amour une signification beaucoup plus étendue que celle que nous lui donnons. Ils le regardaient comme le principe et la source de tout mérite intellectuel et moral. « L'amour, disait Rambaud de Vaqueiras, est le mieux « de tout bien ; il améliore les meilleurs et peut donner de la valeur aux plus mauvais ; d'un lâche il peut faire un brave, d'un guerrier un nomme gracieux et courtois. » Le génie poétique, ou l'art de trouver, était considéré comme le résultat et l'expression de l'amour érigé en vertu suprême, et- ses divers degrés correspondaient à ceux de cette vertu. De là l'espèce de synonymie établie par la langue romane entre amour et poésie, synonymie adoptée par Pétrarque dans ces vers où il appelle le troubadour Arnaud Daniel grand maître d'amour, pour dire grand maître de poésie. Gran maestro d'amor ch' alla sua terra Ancor fa onor col dir polito et bello.
L'amour est la clef du mérite et un étang de prouesses


L'amour excite aux grandes prouesses. C'est encore un proverbe roman qui se trouve dans plusieurs ouvrages des troubadours, notamment dans le roman de Flamenca. On dit dans le même sens : L'amour fait les heros, variante que J. J. Rousseau a rapportée et expliquée dans sa Nouvelle Héloïse : « L'amour véritable est un feu dévorant qui porte son ardeur dans les autres sentiments et les anime d'une vigueur nouvelle. C'est pour cela qu'on a dit que l'amour faisait les héros. »
Platon affirmait que, si l'on composait une armée de jeunes gens amoureux, il n'y aurait point d'actes héroïques dont ils ne fussent capables pour plaire à leurs maîtresses. On sait que le seigneur de Fleuranges s'écriait en montant à l'assaut sous le feu de l'ennemi : « Ah ! si ma dame me voyait ! » Trait que Lebrun a rappelé dans une de ses odes, où il a voulu démontrer par des exemples que l'amour est le plus puissant mobile de la valeur et du génie. D'un assaut bravant la furie, J'entends Fleuranges qui s'écrie : « Ah ! si ma dame me voyait ! » II vole, il frappe, tout succombe, De toutes parts l'ennemi tombe : Un jeune amant le foudroyait.
L'amour excite aux grandes prouesses


L'amour est le revenu de la beauté. Revenu très passager, car, si la beauté a le don de produire l'amour, elle n'a pas celui de le conserver longtemps. Elle a besoin, pour maintenir les avantages qu'elle possède, d'y joindre les charmes du cœur et de l'esprit. C'est ce qu'expriment très bien ces vers de madame Verdier : Pour inspirer un feu constant, Il ne suffit pas d'être belle : C'est à la beauté qu'on se rend, Mais c'est au cœur qu'on est fidèle. C'est à l'accord intéressant D'un esprit doux et sage et d'une âme sensible, Que se trouve attaché le secret infaillible De fixer un époux et d'en faire un amant
L'amour est le revenu de la beauté


L'amour égalise toutes les conditions. L'amour ne peut souffrir ni barrières ni distinctions entre les amants, dont il se plaît à confondre les existences. Il veut qu'ils méconnaissent toutes les prérogatives du rang et de la fortune pour vivre sous le régime bienfaisant de l'égalité, et chacun d'eux obéit à cette loi d'autant plus volontiers qu'il la trouve sanctionnée par son propre cœur. « Son vœu  le plus cher, a'_ dit M. Michelet dans son livre intitulé le Peuple, c'est de se faire un égal sa crainte, « c'est de rester supérieur, de garder un avantage que l'autre n'a pas. » Non bene conveniunt née in una sede morantur Majestas et amor. (Ovide, Métam. H, fab. xix.) « La majesté et l'amour ne s'accordent point et ne demeurent point ensemble. »
L'amour égalise toutes les conditions


L'amour rapproche les distances. L'amour fait disparaître les inégalités sociales entre les personnes qu'il unit : princes et pastourelles, princesses et pastoureaux, vont de pair en se donnant la main. C'est l'idée du proverbe L'amour égalise toutes les conditions  sous d'autres termes.
L'amour rapproche les distances


L'amour et la crainte ne mangent pas à la même écuelle. L'amour et la crainte sont deux sentiments incompatibles, et, quand une personne inspire l'un, elle ne saurait inspirer l'autre. — 1l faut remarquer dans ce proverbe l'expression manger à la même écuelle, qui rappelle un usage introduit au temps de la chevalerie, où la galanterie avait imaginé de placer à table les convives par couple, homme et femme. « La politesse et l'habileté des maîtresses de maison consistaient alors, dit le Grand d'Aussy, à « savoir bien assortir les couples qui n'avaient qu'une assiette commune, ce qui s'appelait manger à la même écuelle. »—L'expression, détournée du sens propre au figuré s'employa pour marquer une liaison amoureuse. — Elle servit aussi à caractériser l'intimité des relations amicales. Une des plus grandes preuves de confiance qu'un roi pût autrefois donner à un de ses ministres consistait à manger avec lui à la même écuelle.
L'amour et la crainte ne mangent pas à la même écuelle


Amour et seigneurie Ne souffrent compagnie Proverbe pris de ce vers du livre III de l'Art d'aimer d'Ovide : A'on bene ctim suciis régna Venusqtie mancnt. vers dont M. J. Janin, dans sa charmante étude sur le poête latin, a donné cette traduction : Et le trône et l'amour ne se partagent pas. « L'amour, dit Pascal, est un tyran qui ne souffre  point de compagnon; il veut régner seul; il faut que  toutes les passions ploient et lui obéissent. » (Discours sur les passions de l'amour.) Il en est de même du pouvoir souverain, il exclut tout partage et toute rivalité. On dit, dans un sens analogue : L'amour et l'ambition ne souffrent point de compagnon.
Amour et seigneurie ne souffrent compagnie


Il ne faut pas jouer avec le feu ni avec l'amour. Parce que, dans l'un et l'autre cas, on court risque d'être brûlé. Ovide remarque, dansle premier livre de l'Art d'aimer, qu'on a vu souvent dès personnes, qui d'abord faisaient semblant d'aimer, finir par aimer sérieusement, et passer de la feinte à la réalité.
Il ne faut pas jouer avec le feu ni avec l'amour


Il n'y a point d'amour sans jalousie. Saint Augustin a dit : Qui non zelat non amat. (Adv. Adamant., Xhi.) «Qui n'est point jaloux n'aime point. » — Le 21e article du Code d'amour porte : Ex vera zelotgpia affectus semper crescit amandi. « La vraie jalousie fait toujours croître  l'amour.
Molière, dans les Fâcheux, a consacré la quatrième scène du second acte de cette comédie à cette controverse sentimentale, qui est terminée par ce vers, digne de Molière : Le jaloux aime plus, mais l'autre aime bien mieux. On dit aussi : La jalousie est-la sœur de l'amour, proverbe qui a suggéré au chevalier de Boufllers ce joli quatrain : L'amour, par ses douceurs et ses tourments étranges, Nous fait trouver l'enfer et le ciel tour à tour : La jalousie est la sœur de l'amour, Comme le diable est le frère des anges. Cette dernière a encore donné lieu à la comparaison proverbiale : La jalousie naît de l'amour comme la cendre du feu pour l'étouffer.
Il n'y a point d'amour sans jalousie


Plus l'amour vient tard, plus il ard. C'est-à-dire plus il est ardent. Ard est la troisième personne du présent de l'indicatif du vieux verbe  arder ou ardre, qui signifie brûler.
Plus l'amour vient tard, plus il ard


En amour un blessé guérit l'autre. L'amour compense le mal qu'il fait en blessant deux cœurs : il met dans la plaie de l'un le baume de celle de l'autre. Pourquoi donc les amants se plaignent-ils tant de ses rigueurs? Ne feraient-ils pas mieux de s'entendre pour les adoucir, en usant du remède qu'il leur a donné? C'est ce que pense l'auteur du roman de Flamenca. Ce troubadour, après quelques remarques sur les effets de l'amour, conclut que ce qu'il y a de meilleur pour les cœurs en peine, c'est leur mutuelle assistance, car, dit-il, l'Us nafrutz pot guerir l'autre. Un blessé peut guérir l'autre.
En amour un blessé guérit l'autre


L'amour est comme la lance d'Achille, qui blesse et guérit. Comparaison proverbiale qui exprime la même idée que ce vers de P. Syrus :
Amoris vulnus sanal idem qui facit. « En amour, qui fait la blessure la guérit. »
Les mythologues et les poètes racontent que Télèphe ayant été blessé par Achille ne put être guéri de sa plaie que par un emplâtre composé de la rouille du fer dont il avait été blessé. « Le jeune roi de Mysie trouva la guérison de sa blessure dans la lance même d'Achille, dont il avait été blessé. » Vulnus in Herculeo qiise quondam fecerat hosle, Vulneris auxilium Pelias hasta tulit. (Ovide, ttemed. amor., i, 47.) « La lance d'Achille cicatrisa la blessure qu'elle-même avait faite au fils d'Hercule. » De là cette comparaison de l'amour avec la lance d'Achille, comparaison heureuse que Bernard de Ventadour a, le premier, employée dans une pièce de vers où il parle d'un baiser qu'il a reçu de la belle Agnès de Montluçon, femme du vicomte Èble. Ce troubadour s'écrie qu'un si doux baiser va le faire mourir, si un autre de la même bouche ne vient lui rendre la vie, et il le compare à la lance d'Achille qui faisait une blessure dont il n'était pas possible de guérir, si l'on n'en était blessé une seconde fois.
L'amour est comme la lance d'Achille, qui blesse et guérit


L'amour est un grand maître. Molière a employé et expliqué ce proverbe dans les \ers suivants de l'Ecole des femmes : II le faut avouer, l'amour est un grand maître : Ce qu'on ne fut jamais, il nous enseigne à l'être; Et souvent de nos mœurs l'absolu changement Devient par ses leçons l'ouvrage d'un moment. Re la nature en nous il force les obstacles, El ses effets soudains ont de l'air des miracles. D'un avare à l'instant il fait un libéral, Un vaillant d'un poltron, un civil d'un brutal ; 11 rend agile à tout l'âme la plus pesante Et donne de l'esprit à la plus innocente. (Acte III, se. iv.) On dit aussi que l' amour est inventif dans le même sens que le proverbe, qui doit s'entendre non-seulement des tours subtils et des expédient rusés qu'il suggère, mais aussi de quelques arts dont les poètes ont attribué la découverte ou le perfectionnement à ses inspirations.
L'amour est un grand maître


L'amour fait porter selle et bride aux plus grands clercs. Ce proverbe a dû son origine au fabliau d'Aristote, où il se trouve formulé à peu près dans les mêmes termes.
Alexandre le Grand, épris d'une jeune et belle Indienne, semblait avoir perdu le goût des conquêtes. Ses guerriers en murmuraient, mais aucun d'eux n'était assez hardi pour lui en exprimer le mécontentement général. Son précepteur Aristote s'en chargea : il lui représenta qu'il ne convenait pas à un conquérant de négliger ainsi la gloire pour l'amour; que l'amour n'était bon que pour les bêtes, et que l'homme esclave de l'amour méritait d'être envoyé paître comme elles. Une telle remontrance, autorisée sans donte par les mœurs du temps jadis, qui étaient bien différentes des nôtres, fit impression sur ' le monarque, et il se décida, pour apaiser les murmures de son armée, à ne plus aller chez sa maîtresse; mais il n'eut pas le courage de défendre qu'elle vînt chez lui. Elle accourut tout éplorée, afin de savoir la cause de son délaissement, et elle apprit ce qu'avait dit Aristote. « Eh quoi! s'écria-t-elle,  le seigneur Aristote a de l'humeur contre le penchant le plus naturel et le plus doux ! il vous conseille d'exterminer par la guerre des gens qui ne vous ont fait aucun mal, et il vous blâme d'aimer qui vous aime! C'est une déraison complète, c'est une impertinence inouïe qui réclame une punition exemplaire, et, si vous voulez bien le permettre,  je me charge de la lui infliger.  Son amant ne s'opposa point à ses projets, et dès ce moment elle mit tout en œuvre pour séduire le philosophe. Ce que veut une belle est écrit dans les cieux, et l'égide de la sagesse ne met pas à couvert de ses traits vainqueurs. Le vieux censeur des plaisirs l'apprit à ses dépens.Son cœur, surpris parles galanteries les plus adroites, se révolta contre sa morale. Vainement il crut l'apaiser en recourant à l'étude et en se rappelant toutes les leçons de Platon : une image charmante venait sans cesse se placer devant ses yeux et attirait vers elle seule toutes les méditations auxquelles il se livrait. Enfin il reconnut que l'étude et Platon ne sauraient le défendre contre une passion si impérieuse, et son esprit subtil lui révéla que le meilleur moyen de la vaincre était d'y céder. Dès l'instant il laissa là tous les livres et ne songea qu'aux moyens d'avoir un entretien secret avec la jeune Indienne. Un jour qu'elle faisait sa promenade solitaire dans le jardin du palais impérial, il accourut auprès d'elle, et à peine l' ut-il abordée, qu'il se jeta à ses pieds en lui adressant une pathétique déclaration. L'enchanteresse feignit de ne pas y croire pour se la l'aire répéter. Cette manière de prolonger les jouissances de l'amour-propre était alors en usage chez le beau sexe. Obligée enfin de s'expliquer, elle répondit qu'elle ne pouvait ajouter foi à des aveux si extraordinaires sans des preuves bien convaincantes. Toutes celles qu'il était possible d'exiger lui furent offertes. «Eh bien! reprit-elle, après cela, il faut  satisfaire un caprice : toute femme a le sien; celui d'Omphale était de faire filer un héros, et le mien est de chevaucher sur le dos d'un philosophe. Cette condition vous paraîtra peut-être une folie ; mais la folie est, à mes yeux, la meilleure preuve d'amour. » Il fut fait comme elle le désirait. Qu'y a-t-il en cela d'étonnant? Le dieu malin qui change «« âne en danseur, comme dit le proverbe, peut également changer un philosophe en quadrupède. Voilà notre vieux barbon sellé, bridé, et l'aimable jouvencelle à califourchon sur son dos. Elle le fait trotter de côté et d'autre, et, pendant qu'il s'essouffle à trotter, elle chante joyeusement un lai d'amour approprié à la circonstance. Enfin, lorsqu'il est bien fatigué, elle le presse encore et le conduit... devinez où?... elle le conduit vers Alexandre, caché sous un berceau de verdure, d'où il examinait cette scène réjouissante. Peignez-vous, si vous le pouvez, la confusion d'Aristote, lorsque le monarque, riant aux éclats, l'apostropha de celte manière : « 0 maître! « est-ce bien vous que je vois en ce grotesque équipage? Vous avez donc oublié la morale que vous m'avez faite, et maintenant c'est vous qu'il faut mener paître? La raillerie semblait sans réplique, mais l'homme habile a réponse à tout. — Oui, c'est moi, j'en conviens, répondit le philosophe en se redressant : que l'état où me vous voyez sensé à vous mettre en garde contre l'amour. De quels dangers ne menace-t-il pas votre jeunesse, lors qu'il a pu réduire un vieillard si renommé par sa  sagesse à un tel excès de folie ?
Cette seconde leçon était meilleure que la première. Alexandre parut l'approuver, et il promit de la méditer auprès de la jeune et belle Indienne. C'était là qu'on lui reprochait d'avoir perdu sa raison ; c'était là qu'il devait la retrouver. Il y réussit ; mais ce fut, dit-on, par l'effet du temps plutôt que par celui de la leçon. Le temps, pour guérir de l'amour, en sait beaucoup plus qu'Aristote.
L'amour fait porter selle et bride aux plus grands clercs


L'amour ôte le deuil. L'amour est un sentiment passionné qui absorbe tous les autres : il asservit l'âme entière, il en devient l'objet unique, et comme il la rend indifférente aux plus grandes joies qui ne lui viennent pas de lui, il la console des plus vives afflictions dont il n'est pas le principe; il les lui fait même oublier. De là ce proverbe qui parait avoir été suggéré par un passage charmant de la Genèse, où il est question de l'arrivée de Rebecca auprès d'Isaac, à qui elle était destinée pour épouse : « Isaac la fit entrer dans la tente de sa mère « Sara et il la prit pour femme, et l'affection qu'il eut pour elle fut si grande, qu'elle tempéra la douleur que la mort de sa mère lui avait causée. » (hiv, 67.)
Chateaubriand, dans son Génie du christianisme, a justement loué la simplicité éloquente de ces paroles bibliques.
L'amour ôte le deuil


En amour trop n'est pas assez. On sait que ce charmant proverbe a été formulé par Beaumarchais, qui a dit dans le Mariage de Fignro : « En fait d'amour, vois-tu, trop n'est pas même assez. » (Act. IV, se. i.) Mais il faut remarquer pourtant que cet ingénieux auteur, en le formulant, peut avoir été inspiré par cet autre proverbe : Pour l'avarice trop n'est pas assez, ou bien par ce délicieux passage de Montesquieu : «Lorsque l'amour renaît après lui-même, lorsque tout promet, que  tout demande, que tout obéit ; lorsqu'on sent qu'on a tout et que l'on sent qu'on n'a pas assez, lorsque  l'âme semble s'abandonner et se porter au delà de la nature même, etc. » Après tout, Beaumarchais n'a fait qu'appliquer heureusement à l'amour une observation déjà faite sut- toute passion extrême dont les désirs, suivant
En amour trop n'est pas assez


Plus l'amour est nu, moins il a froid. Ce proverbe est littéralement traduit de ce vers latin : Qno nudiis magis est, hoc minus alget amor. Il doit s'interpréter honnêtement dans le même sens que le mot d'Hésiode : « la pauvreté est la mère de l'amour, c'est-à-dire que les pauvres ressentent cette passion avec plus de vivacité que les riches. Ceux-ci peuvent y apporter plus de délicatesses et de raffinements, mais non autant de vives et franches ardeurs. Toutes les fleurs artificielles dont ils parent la couche de l'amour ne valent pas cette floraison naturelle qui semble éclore sur le grabat des indigents de la sève même de leur cœur. — On connait ces vers de Déranger, qui forment un tableau si gracieux : Quel dieu se plaît et s'agite Sur ce grabat qui fleurit ? C'est l'Amour qui rend visite A la Pauvreté qui rit. Alfred de Musset a dit avec une simplicité charmante au début de son joli conte intitulé Simone : Les gens d'esprit et les heureux Ne sont jamais bien amoureux :
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Tout ce beau monde a trop à faire. Les pauvres en tout valent mieux; Jésus leur a promis les cieux, L'amour leur appartient sur terre.
Plus l'amour est nu, moins il a froid


Faire l'amour en toute saison est ce qui distingue l'homme des bêtes. « Il n'est permis aux animaux de se livrer aux plaisirs de l'amour qu'en une saison de l'année.  L'homme seul peut les goûter en tout temps jusque  dans l'extrême vieillesse. » (Entretiens de Socrate, i, 19.) Cette observation proverbiale a été réunie par Beaumarchais, d'une manière piquante et spirituelle, à une autre observation également proverbiale, dans cette phrase que le jardinier Antonio, pris de vin, adresse à la comtesse Almaviva : « Boire sans soif et faire l'amour en tout temps, madame, il n'y a que que ça qui nous distingue des autres bêtes. » (Mariage de Figaro, act. II, se. xxi.) On connaît la répartie de madame de la Sablière à son oncle, qui la moralisait eu lui disant : « Quoi ! ma nièce, toujours et toujours des amours!... mais  les bêtes mêmes n'ont qu'un temps pour cela. — « Eh! mon oncle, c'est que ce sont des bêtes. »
Faire l'amour en toute saison est ce qui distingue l'homme des bêtes


L'amour et la pauvreté font mauvais ménage ensemble. Le ménage le plus uni cesse de l'être quand il est pauvre : la pauvreté tue l'amour. — Les Anglais disent : Quand la pauvreté entre par la porte, l'amour s'envole par la fenêtre. Proverbe que Shakspeare avait peut-être présent à l'esprit lorsqu'il disait dans le Conte d'hiver : « La prospérité est le plus sûr lien de l'amour. (Act. IV, se. m.) On dit trivialement dans le même sens : Quand il n'y a pas de foin au râtelier, les Anes se bottent.
Quoi de plus opposé à l'amour que l'avarice ! Dans l'amour, on est d'une prodigalité excessive, on ne s'occupe pas du tout de sa fortune : dans l'avarice, au contraire, on ne pense qu'à sa fortune. Si un avare aimait, il cesserait de l'être. « Un avaricieux même qui aime, dit Pascal, devient libéral; il ne se souvient pas d'avoir eu une habitude opposée. » (Disc. sur les pass. de l'amour.)
L'amour et la pauvreté font mauvais ménage ensemble


La faim fait oublier l'amour. C'est ce que disait le philosophe Craiés, et il avait bien raison, car l'estomac maîtrise le cœur, et quand le besoin fait crier le premier, l'autre est réduit à se taire. Telle est la loi de la nature, à laquelle les amoureux les plus robustes ne sauraient échapper. Il ne s'en trouverait pas un seul peut-être qui, dans ce cas, ne fût de l'avis de ce paysan à qui l'on demandait s'il aimait les femmes : «J'aime beaucoup une fort belle fille, répondit-il, mais j'aime encore mieux une fort bonne côtelette. » — Il n'y a point d'amour qui tienne contre la fringale. On connaît ces vers de la Fontaine :
On ne vil ni d'air ni d'amour, Les amants ont beau dire et faire, ll en faut revenir toujours au nécessaire.
La faim fait oublier l'amour





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De toutes les, sciences, dit Erasme, il n'en est peut-être pas de plus ancienne que celle des proverbes. Ils étaient comme autant de symboles qui renfermaient presque toute la philosophie des premiers âges. Les oracles des philosophes étaient-ils dans ces temps reculés, autre chose que des proverbes ? On avait pour'eux tant de respect, qu'ils semblaient sortis de la bouche d'un mortel, mais descendus du Ciel. Aussi les voyait on partout inscrits au frontispice des temples, et gravés sur des colonnes, comme dignes de partager, en quelque sorte, l'immortalité avec les Dieux, dont ils paraissaient être l'ouvrage.

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