La définition de Art du dictionnaire français. Signification du mot et son éthymologie - De nombreux exemples d'usage en français ainsi que des citations.

Art
Nature : s. m.
Prononciation : ar ; le t ne se lie pas : l'art oratoire
Etymologie : Provenç. art ; espagn. et ital. arte ; du latin ars. Le genre de art a varié dès les premiers temps de la langue : on le trouve, dans les plus vieux textes, tantôt féminin (ce qui est le genre étymologique), tantôt masculin ; il n'était pas encore fixé au XVIe siècle ; aujourd'hui, le masculin a prévalu.

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La définition de Art

Manière de faire une chose selon certaine méthode, selon certains procédés. Les arts de la paix. L'art oratoire, l'art de la parole. L'art musical. L'art militaire, l'art de la guerre. Les principes de l'art grec. La logique est l'art de raisonner. Posséder un art. Selon les règles de l'art. Les hommes de l'art. Parler avec art, sans art. Cet ouvrier est très habile dans son art.

Au pluriel et absolument, la poésie et tous les arts libéraux et mécaniques.

Art par opposition à nature. L'art imitera la nature. Démosthène devait plus à l'art, Cicéron à la nature. Ville fortifiée par la nature et par l'art.

Adresse dans les moyens employés pour obtenir un résultat.

S. m. pl. Autrefois, dans les universités, les humanités et la philosophie. Faculté des arts. Maître ès arts, celui qui avait pris ses degrés, et pouvait enseigner la philosophie et les lettres.

Titre donné à quelques ouvrages didactiques en prose et en vers. L'Art poétique d'Horace, de Boileau.

Art sacré ou grand art, nom donné aux doctrines et pratiques des philosophes hermétiques qui cherchaient la pierre philosophale. C'est un synonyme d'alchimie.






Toutes les définitions de « art »


Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition

ART. n. m.
Méthode pour faire un ouvrage, pour exécuter ou opérer quelque chose selon certaines règles. Savoir un art. Savoir l'art. Les termes de l'art. Les préceptes de l'art. Les règles de l'art. Les procédés de l'art. Les secrets de l'art. Le sublime de l'art. Les ressources, les secours de l'art. Une belle œuvre d'art. C'est un chef-d'œuvre de l'art. Cela est fait sans art. Un discours où l'on a employé tout l'art de l'éloquence. Un poème fait avec art. L'art de la poésie. L'art de l'histoire. L'art de la peinture. L'art du peintre. L'art de parler. L'art d'écrire. L'art des vers. Inventer un art. L'art de la politique. L'art de la navigation. L'art militaire. L'art de la guerre. L'art de la médecine. L'art de guérir. L'art du serrurier, du potier, du tourneur, etc. Il est habile, il est expert en son art, dans son art. Consulter un homme de l'art, les gens de l'art. Exceller dans son art, dans un art. Les maîtres de l'art, Ceux qui sont regardés comme les plus habiles, les mieux instruits dans la matière dont il s'agit. Arts libéraux, Ceux où l'intelligence a le plus de part. Arts mécaniques, Ceux qui exigent surtout le travail de la main ou l'emploi des machines. Arts industriels, Ceux qui sont appliqués à l'industrie. Les sept arts libéraux, s'est dit des Sept principales parties de l'enseignement dans l'école d'Alexandrie. Les sept arts libéraux étaient : la Grammaire, la Rhétorique, la Dialectique, l'Arithmétique, la Géométrie, l'Astronomie et la Musique. Dans les écoles du moyen âge, les trois premiers arts libéraux formaient le Trivium, les quatre derniers le Quadrivium.

ARTS, au pluriel, sans épithète, se dit des Arts tant libéraux que mécaniques. L'invention des arts. Les arts étaient encore grossiers, étaient encore dans l'enfance. Le perfectionnement des arts. Un peuple qui cultive les arts. Les arts utiles à l'homme. Cette matière s'emploie souvent dans les arts. L'École centrale des Arts et Manufactures. Dictionnaire des arts et métiers. Beaux-arts, ou simplement Les Arts par excellence, La peinture, la sculpture, l'architecture, la gravure, la musique et la danse. L'Académie des Beaux-Arts. Les lettres, les sciences et les arts. On y joint quelquefois L'éloquence et la poésie; et c'est dans cette acception plus étendue qu'on dit Aimer les arts, les beaux-arts. Faire fleurir les arts. Un amateur des arts. Encourager, protéger les arts. Il s'emploie aussi au singulier dans cette acception et désigne alors l'Ensemble des œuvres exécutées à une même époque et ayant entre elles des caractères communs. L'art ancien. L'art moderne. L'art grec. L'art byzantin. L'art gothique. L'art de la Renaissance. Une histoire de l'art en France au XVIIIe siècle. Une exposition d'art flamand. Arts d'agrément, Le dessin, la musique, la danse, etc., considérés comme de simples amusements, enseignés et appris comme moyens de plaire, d'être agréable. Cultiver les arts d'agrément. Il réussit dans tous les arts d'agrément. On enseigne dans ce pensionnat tous les arts d'agrément. On ne lui enseigne aucun art d'agrément.

ART se dit en général du Talent, de l'habileté que l'on emploie pour faire quelque ouvrage, pour obtenir quelque résultat. On y employa l'art des plus habiles ouvriers. J'y ai mis tout mon art. Cela est fait sans art, avec art. L'art merveilleux avec lequel les abeilles construisent leurs cellules. Que d'art ce peuple a déployé dans ces magnifiques ouvrages! Fig., Agir avec art. Se conduire avec art. S'insinuer avec art. Je voudrais avoir l'art de vous persuader. Vous avez l'art de plaire. Il est encore le Titre de certains ouvrages qui renferment des préceptes sur un art quelconque. " L'Art poétique " d'Horace, de Boileau. " L'Art d'aimer ", d'Ovide. " L'Art du Forgeron ", par un tel. Il a publié un " Art du Dessin ". Il se dit au propre et au figuré par opposition à Nature et désigne la Reproduction par la main de l'homme ou la Représentation de ce qui est dans la nature. Les productions de la nature et les ouvrages de l'art. Cette substance n'existe point dans la nature, elle est un produit de l'art. Il n'y a point d'art dans tout ce qu'il dit, c'est la nature qui parle. La noblesse, la dignité de l'art. Les rapports de l'art et de la morale. Les droits de l'art. Avoir le respect, le culte de l'art. Il se prend aussi dans le sens d'Artifice. L'art perce dans tout ce qu'il dit. Art sacré, Grand art, Noms donnés aux doctrines des philosophes hermétiques ou alchimistes qui cherchaient la pierre philosophale.

ARTS, au pluriel, se disait autrefois, dans les Universités, des Humanités et de la philosophie. Maître ès arts, Celui qui avait pris, dans cette partie de l'instruction publique le degré donnant le pouvoir d'enseigner. Faculté des Arts, Celle qui comprenait les régents de l'Université chargés d'enseigner les humanités et la philosophie, et tous les maîtres ès arts immatriculés. Il fut reçu maître ès arts. Le recteur de l'Université était choisi dans la Faculté des Arts.

Littré

ART (ar?; le t ne se lie pas?: l'art oratoire, dites?: ar oratoire, et non l'ar-t oratoire?; au pluriel l's ne se lie pas, les arts et les sciences, dites?: les ar et les sciences?; cependant cette liaison plaît à quelques-uns, qui disent?: les ar-z et les sciences) s. m.
  • 1Manière de faire une chose selon certaine méthode, selon certains procédés. Les arts de la paix. L'art oratoire, l'art de la parole. L'art musical. L'art militaire, l'art de la guerre. Les principes de l'art grec. La logique est l'art de raisonner. Posséder un art. Selon les règles de l'art. Les hommes de l'art. Parler avec art, sans art. Cet ouvrier est très habile dans son art. La plupart des espèces d'animaux, comme les abeilles, les araignées, les castors, ont chacun un art particulier, mais unique, et qui n'a point parmi eux de premier inventeur?; les hommes ont une infinité d'arts différents, qui ne sont point nés avec eux et dont la gloire leur appartient, Fontenelle, des Billettes. Le grand art de la guerre attend quelquefois l'âge, Corneille, Sert. III, 2. Mettant leur Apollon aux gages d'un libraire, Ils font d'un art divin un métier mercenaire, Boileau, Art poét. IV.

    Les maîtres de l'art, les plus habiles dans la matière dont il s'agit.

  • 2Au pluriel et absolument, la poésie et tous les arts libéraux et mécaniques. Il fit fleurir les arts, Bossuet, Hist. I, 10. Et ses justes faveurs aux mérites données Feront ressusciter l'excellence des arts, Malherbe, II, 1.

    Les arts libéraux, ceux qui sont du ressort de l'intelligence, de l'esprit.

    Les beaux-arts, la musique, la peinture, la sculpture, l'architecture, l'éloquence et la poésie avant tout, et, subsidiairement, la danse. L'académie des beaux-arts. Le plaisir instruisant par la voix des beaux-arts Embellira la vie au sein de nos remparts, Chénier M. J. Charles IX, II, 3.

    Les arts d'agrément, le dessin, la musique et la danse considérés au point de vue de l'amusement.

    Arts mécaniques, ceux qui exigent surtout le travail de la main.

  • 3Art par opposition à nature. L'art imitera la nature. Démosthène devait plus à l'art, Cicéron à la nature. Ville fortifiée par la nature et par l'art.
  • 4Adresse dans les moyens employés pour obtenir un résultat. Je sais l'art de punir un rival téméraire, Racine, Brit. III, 8. Il instruira ses fils dans l'art de commander, Racine, Phèd. III, 1. Absente de la cour je n'ai pas dû penser, Seigneur, qu'en l'art de feindre il fallût m'exercer, Racine, Brit. II, 3. Vous avez trouvé l'art d'être maître des c?urs, Corneille, Cinna, V, 3. Son faux art de clémence, ou plutôt sa folie, Qui pense gagner Rome en flattant Cornélie, Corneille, Pomp. IV, 1. L'art le plus innocent tient de la perfidie, Voltaire, Zaïre, IV, 2. Elle eût avec plus d'art trompé ma confiance, Voltaire, ib. III, 7. On s'est fait un art de se ruiner les uns les autres, Fléchier, Lam. Elle a l'art de me plaire, Molière, Mis. I, 1.
  • 5 S. m. pl. Autrefois, dans les universités, les humanités et la philosophie. Faculté des arts. Maître ès arts, celui qui avait pris ses degrés, et pouvait enseigner la philosophie et les lettres.
  • 6Titre donné à quelques ouvrages didactiques en prose et en vers. L'Art poétique d'Horace, de Boileau.
  • 7Art sacré ou grand art, nom donné aux doctrines et pratiques des philosophes hermétiques qui cherchaient la pierre philosophale. C'est un synonyme d'alchimie.

HISTORIQUE

XIe s. Barbarins [il] est et de mout males arz, Ch. de Rol. LXIX.

XIIe s. Marsile sut des ars bien la maistrie, Ronc. p. 24. Laissez ester vostre ire, qui vient de mauvais art, Sax. XI. Li reis est riches huem, sages et de grant art, Th. le mart. 56.

XIIIe s. Bien [elle] semble gentis femme et sans nul mauvais art, Berte, XXII. Je l'oï dire à un veillart, Qui sages iert et de grant art, Ren. 19180. Tant ont fait que là sont venu?; Mès il seront moult irascu, Ainz qu'il s'en partent, se Renart Ne les en gieta par son art, ib. 13292.

XIVe s. Il entent par art science pratique, et par doctrine science speculative, Oresme, Eth. II.

XVIe s. Que devient cette belle art?? Montaigne, I, 36. Cette tant celebrée art de deviner des Thoscans, Montaigne, I, 45. Les licences de l'art, Montaigne, I, 166. Maistre ez arts, Montaigne, I, 188. Entre les arts liberaux, commenceons par l'art qui nous faict libres?: elles servent toutes à?, Montaigne, I, 173. En un art qui?, Montaigne, I, 286. Un si bel art, Montaigne, I, 387. Si j'estois du mestier, je naturaliserois l'art, autant comme ils artialisent la nature, Montaigne, III, 355. Cestuy Thales avoit bruit d'estre poete lyrique, et prenoit le tiltre de cest art là, Amyot, Lyc. 4. Aujourd'huy que l'art d'astrologie est beaucoup plus parfaitement entendue qu'elle ne l'estoit alors, Amyot, Arist. 47. Vegece, de l'art militaire, Végèce, Fronton, etc. traduits en français, 1536, f° 1. Du faict de la guerre et art militaire, Vallo, 1554. Art de la guerre, composé en sept livres par Macchiavelli, Paris, 1546. Art militaire par Onosandre, traduit par VIGENERE, 1605.


SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. ART.
5Ajoutez?:

Terme de l'université du moyen âge. Les sept arts, sorte d'enseignement encyclopédique comprenant le trivium et le quadrivium (voy. ces mots).

8 Terme de pêche. Dans le quartier de Cette, le grand art, la pêche de toutes les espèces pendant toute l'année?; le petit art, la pêche pendant la belle saison, Statistique des pêches maritimes, 1874, p. 115.
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Encyclopédie, 1re édition

ART, s. m. (Ordre encyclop. Entendement. Mémoire. Histoire de la Nature. Histoire de la nature employée. Art.) terme abstrait & métaphysique. On a commencé par faire des observations sur la nature, le service, l'emploi, les qualités des êtres & de leurs symboles ; puis on a donné le nom de science ou d'art ou de discipline en général, au centre ou point de réunion auquel on a rapporté les observations qu'on avoit faites, pour en former un système ou de regles ou d'instrumens, & de regles tendant à un même but ; car voilà ce que c'est que discipline en général. Exemple. On a réflechi sur l'usage & l'emploi des mots, & l'on a inventé ensuite le mot Grammaire. Grammaire est le nom d'un système d'instrumens & de regles rélatifs à un objet déterminé ; & cet objet est le son articulé, les signes de la parole, l'expression de la pensée, & tout ce qui y a rapport ; il en est de même des autres Sciences ou Arts. Voyez Abstraction.

Origine des Sciences & des Arts. C'est l'industrie de l'homme appliquée aux productions de la Nature ou par ses besoins, ou par son luxe, ou par son amusement, ou par sa curiosité, &c. qui a donné naissance aux Sciences & aux Arts ; & ces points de réunion de nos différentes réflexions ont reçû les dénominations de Science & d'Art, selon la nature de leurs objets formels, comme disent les Logiciens. Voyez Objet. Si l'objet s'exécute, la collection & la disposition technique des regles selon lesquelles il s'exécute, s'appellent Art. Si l'objet est contemplé seulement sous différentes faces, la collection & la disposition technique des observations relatives à cet objet s'appellent Science : ainsi la Métaphysique est une Science, & la Morale est un Art. Il en est de même de la Théologie & de la Pyrotechnie.

Spéculation & pratique d'un Art. Il est évident par ce qui précede, que tout Art a sa spéculation & sa pratique : sa spéculation, qui n'est autre chose que la connoissance inopérative des regles de l'Art : sa pratique, qui n'est que l'usage habituel & non réfléchi des mêmes regles. Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de pousser loin la pratique sans la spéculation, & réciproquement de bien posséder la spéculation sans la pratique. Il y a dans tout Art un grand nombre de circonstances relatives à la matiere, aux instrumens, & à la man?uvre que l'usage seul apprend. C'est à la pratique à présenter les difficultés & à donner les phénomenes ; & c'est à la spéculation à expliquer les phénomenes & à lever les difficultés : d'où il s'ensuit qu'il n'y a guere qu'un Artiste sachant raisonner, qui puisse bien parler de son Art.

Distribution des Arts en libéraux & en méchaniques. En examinant les productions des Arts, on s'est apperçû que les unes étoient plus l'ouvrage de l'esprit que de la main, & qu'au contraire d'autres étoient plus l'ouvrage de la main que de l'esprit. Telle est en partie l'origine de la prééminence que l'on a accordée à certains Arts sur d'autres, & de la distribution qu'on a faite des Arts en Arts libéraux & en Arts méchaniques. Cette distinction, quoique bien fondée, a produit un mauvais effet, en avilissant des gens très-estimables & très-utiles, & en fortifiant en nous je ne sai quelle paresse naturelle, qui ne nous portoit déjà que trop à croire, que donner une application constante & suivie à des expériences & à des objets particuliers, sensibles & materiels, c'étoit déroger à la dignité de l'esprit humain ; & que de pratiquer, ou même d'étudier les Arts méchaniques, c'étoit s'abbaisser à des choses dont la recherche est laborieuse, la méditation ignoble, l'exposition difficile, le commerce déshonorant, le nombre inépuisable, & la valeur minutielle. Minui majestatem mentis humanæ, si in experimentis & rebus particularibus, &c. Bac. nov. org. Préjugé qui tendoit à remplir les villes d'orgueilleux raisonneurs, & de contemplateurs inutiles, & les campagnes de petits tyrans ignorans, oisifs & dédaigneux. Ce n'est pas ainsi qu'ont pensé Bacon, un des premiers génies de l'Angleterre ; Colbert, un des plus grands ministres de la France ; enfin les bons esprits & les hommes sages de tous les tems. Bacon regardoit l'histoire des Arts méchaniques comme la branche la plus importante de la vraie Philosophie ; il n'avoit donc garde d'en mépriser la pratique. Colbert regardoit l'industrie des peuples & l'établissement des manufactures, comme la richesse la plus sûre d'un royaume. Au jugement de ceux qui ont aujourd'hui des idées saines de la valeur des choses, celui qui peupla la France de graveurs, de peintres, de sculpteurs & d'artistes en tout genre ; qui surprit aux Anglois la machine à faire des bas, les velours aux Génois, les glaces aux Vénitiens, ne fit guere moins pour l'état, que ceux qui battirent ses ennemis, & leur enleverent leurs places fortes ; & aux yeux du philosophe, il y a peut-être plus de mérite réel à avoir fait naître les le Bruns, les le Sueurs & les Audrans ; peindre & graver les batailles d'Alexandre, & exécuter en tapisserie les victoires de nos généraux, qu'il n'y en a à les avoir remportées. Mettez dans un des côtés de la balance les avantages réels des Sciences les plus sublimes, & des Arts les plus honorés, & dans l'autre côté ceux des Arts méchaniques, & vous trouverez que l'estime qu'on a faite des uns, & celle qu'on a faite des autres, n'ont pas été distribuées dans le juste rapport de ces avantages, & qu'on a bien plus loüé les hommes occupés à faire croire que nous étions heureux, que les hommes occupés à faire que nous le fussions en effet. Quelle bisarrerie dans nos jugemens ! nous exigeons qu'on s'occupe utilement, & nous méprisons les hommes utiles.

But des Arts en général. L'homme n'est que le ministre ou l'interprete de la nature : il n'entend & ne fait qu'autant qu'il a de connoissance, ou expérimentale ou réfléchie, des êtres qui l'environnent. Sa main nue, quelque robuste, infatigable & souple qu'elle soit, ne peut suffire qu'à un petit nombre d'effets : elle n'acheve de grandes choses qu'à l'aide des instrumens & des regles ; il en faut dire autant de l'entendement. Les instrumens & les regles sont comme des muscles surajoûtés aux bras, & des ressorts accessoires à ceux de l'esprit. Le but de tout Art en général, ou de tout système d'instrumens & de regles conspirant à une même fin, est d'imprimer certaines formes déterminées sur une base donnée par la nature ; & cette base est, ou la matiere, ou l'esprit, ou quelque fonction de l'ame, ou quelque production de la nature. Dans les Arts méchaniques, auxquels je m'attacherai d'autant plus ici, que les Auteurs en ont moins parlé, le pouvoir de l'homme se réduit à rapprocher ou à éloigner les corps naturels. L'homme peut tout ou ne peut rien, selon que ce rapprochement ou cet éloignement est ou n'est pas possible. (V. nov. org.)

Projet d'un traité général des Arts méchaniques. Souvent l'on ignore l'origine d'un Art méchanique, ou l'on n'a que des connoissances vagues sur ses progrès : voilà les suites naturelles du mépris qu'on a eu dans tous les tems & chez toutes les nations savantes & belliqueuses, pour ceux qui s'y sont livrés. Dans ces occasions, il faut recourir à des suppositions philosophiques, partir de quelqu'hypothese vraissemblable, de quelqu'événement premier & fortuit, & s'avancer de-là jusqu'où l'Art a été poussé. Je m'explique par un exemple que j'emprunterai plus volontiers des Arts méchaniques, qui sont moins connus, que des Arts libéraux, qu'on a présentés sous mille formes différentes. Si l'on ignoroit l'origine & les progrès de la Verrerie ou de la Papeterie, que feroit un philosophe qui se proposeroit d'écrire l'histoire de ces Arts ? Il supposeroit qu'un morceau de linge est tombé par hasard dans un vaisseau plein d'eau ; qu'il y a séjourné assez long-tems pour s'y dissoudre ; & qu'au lieu de trouver au fond du vaisseau, quand il a été vuide, un morceau de linge, on n'a plus apperçû qu'une espece de sédiment, dont on auroit eu bien de la peine à reconnoître la nature, sans quelques filamens qui restoient, & qui indiquoient que la matiere premiere de ce sédiment avoit été auparavant sous la forme de linge. Quant à la Verrerie, il supposeroit que les premieres habitations solides que les hommes se soient construites, étoient de terre cuite ou de brique : or il est impossible de faire cuire de la brique à grand feu, qu'il ne s'en vitrifie quelque partie ; c'est sous cette forme que le verre s'est présenté la premiere fois. Mais quelle distance immense de cette écaille sale & verdâtre, jusqu'à la matiere transparente & pure des glaces ? &c. Voilà cependant l'expérience fortuite, ou quelqu'autre semblable, de laquelle le philosophe partira pour arriver jusqu'où l'Art de la Verrerie est maintenant parvenu.

Avantages de cette méthode. En s'y prenant ainsi, les progrès d'un Art seroient exposés d'une maniere plus instructive & plus claire, que par son histoire véritable, quand on la sauroit. Les obstacles qu'on auroit eu à surmonter pour le perfectionner se présenteroient dans un ordre entierement naturel, & l'explication fynthétique des démarches successives de l'Art en faciliteroit l'intelligence aux esprits les plus ordinaires, & mettroit les Artistes sur la voie qu'ils auroient à suivre pour approcher davantage de la perfection.

Ordre qu'il faudroit suivre dans un pareil traité. Quant à l'ordre qu'il faudroit suivre dans un pareil traité, je crois que le plus avantageux seroit de rappeller les Arts aux productions de la nature. Une énumération exacte de ces productions donneroit naissance à bien des Arts inconnus. Un grand nombre d'autres naîtroient d'un examen circonstancié des différentes faces sous lesquelles la même production peut être considérée. La premiere de ces conditions demande une connoissance très-étendue de l'histoire de la nature ; & la seconde, une très-grande dialectique. Un traité des Arts, tel que je le conçois, n'est donc pas l'ouvrage d'un homme ordinaire. Qu'on n'aille pas s'imaginer que ce sont ici des idées vaines que je propose, & que je promets aux hommes des découvertes chimériques. Après avoir remarqué avec un philosophe que je ne me lasse point de loüer, parce que je ne me suis jamais lassé de le lire, que l'histoire de la nature est incomplete sans celle des Arts : & après avoir invité les naturalistes à couronner leur travail sur les regnes des végétaux, des minéraux, des animaux, &c. par les expériences des Arts méchaniques, dont la connoissance importe beaucoup plus à la vraie Philosophie ; j'oserai ajoûter à son exemple : Ergo rem quam ago, non opinionem, sed opus esse ; eamque non sectæ alicujus, aut placiti, sed utilitatis esse & amplitudinis immensæ fundamenta. Ce n'est point ici un système : ce ne sont point les fantaisies d'un homme ; ce sont les décisions de l'expérience & de la raison, & les fondemens d'un édifice immense ; & quiconque pensera différemment, cherchera à rétrécir la sphere de nos connoissances, & à décourager les esprits. Nous devons au hasard un grand nombre de connoissances ; il nous en a présenté de fort importantes que nous ne cherchions pas : est-il à présumer que nous ne trouverons rien, quand nous ajoûterons nos efforts à son caprice, & que nous mettrons de l'ordre & de la méthode dans nos recherches ? Si nous possédons à présent des secrets qu'on n'espéroit point auparavant ; & s'il nous est permis de tirer des conjectures du passé, pourquoi l'avenir ne nous réserveroit-il pas des richesses sur lesquelles nous ne comptons guere aujourd'hui ? Si l'on eût dit, il y a quelques siecles, à ces gens qui mesurent la possibilité des choses sur la portée de leur génie, & qui n'imaginent rien au-delà de ce qu'ils connoissent, qu'il est une poussiere qui brise les rochers, qui renverse les murailles les plus épaisses à des distances étonnantes, qui renfermée au poids de quelques livres dans les entrailles profondes de la terre, les secoüe, se fait jour à travers les masses énormes qui la couvrent, & peut ouvrir un gouffre dans lequel une ville entiere disparoîtroit ; ils n'auroient pas manqué de comparer ces effets à l'action des roues, des poulies, des leviers, des contrepoids, & des autres machines connues, & de prononcer qu'une pareille poussiere est chimérique ; & qu'il n'y a que la foudre ou la cause qui produit les tremblemens de terre, & dont le méchanisme est inimitable, qui soit capable de ces prodiges effrayans. C'est ainsi que le grand philosophe parloit à son siecle, & à tous les siecles à venir. Combien (ajoûterons-nous à son exemple) le projet de la machine à élever l'eau par le feu, telle qu'on l'exécuta la premiere fois à Londres, n'auroit-il pas occasionné de mauvais raisonnemens, sur-tout si l'auteur de la machine avoit eu la modestie de se donner pour un homme peu versé dans les méchaniques ? S'il n'y avoit au monde que de pareils estimateurs des inventions, il ne se feroit ni grandes ni petites choses. Que ceux donc qui se hâtent de prononcer sur des ouvrages qui n'impliquent aucune contradiction, qui ne sont quelquefois que des additions très-légeres à des machines connues, & qui ne demandent tout au plus qu'un habile ouvrier ; que ceux, dis-je, qui sont assez bornés pour juger que ces ouvrages sont impossibles, sachent qu'eux-mêmes ne sont pas assez instruits pour faire des souhaits convenables. C'est le chancelier Bacon qui le leur dit : qui sumptâ, ou ce qui est encore moins pardonnable, qui neglectâ ex his quæ præsto sunt conjecturâ, ea aut impossibilia, aut minus verisimilia, putet ; eum scire debere se non satis doctum, ne ad optandum quidem commode & apposite esse.

Autre motif de recherche. Mais ce qui doit encore nous encourager dans nos recherches, & nous déterminer à regarder avec attention autour de nous, ce sont les siecles qui se sont écoulés sans que les hommes se soient apperçûs des choses importantes qu'ils avoient, pour ainsi dire, sous les yeux. Tel est l'Art d'imprimer, celui de graver. Que la condition de l'esprit humain est bisarre ! S'agit-il de découvrir, il se défie de sa force, il s'embarrasse dans les difficultés qu'il se fait ; les choses lui paroissent impossibles à trouver : sont-elles trouvées ? il ne conçoit plus comment il a fallu les chercher si long-tems, & il a pitié de lui-même.

Différence singuliere entre les machines. Après avoir proposé mes idées sur un traité philosophique des Arts en général, je vais passer à quelques observations utiles sur la maniere de traiter certains Arts méchaniques en particulier. On employe quelquefois une machine très-composée pour produire un effet assez simple en apparence ; & d'autres fois une machine très-simple en effet suffit pour produire une action fort composée : dans le premier cas, l'effet à produire étant conçu facilement, & la connoissance qu'on en aura n'embarrassant point l'esprit, & ne chargeant point la mémoire, on commencera par l'annoncer, & l'on passera ensuite à la description de la machine : dans le second cas au contraire, il est plus à propos de descendre de la description de la machine à la connoissance de l'effet. L'effet d'une horloge est de diviser le tems en parties égales, à l'aide d'une aiguille qui se meut uniformément & très-lentement sur un plan ponctué. Si donc je montre une horloge à quelqu'un à qui cette machine étoit inconnue, je l'instruirai d'abord de son effet, & j'en viendrai ensuite au méchanisme. Je me garderai bien de suivre la même voie avec celui qui me demandera ce que c'est qu'une maille de bas, ce que c'est que du drap, du droguet, du velours, du satin. Je commencerai ici par le détail de métiers qui servent à ces ouvrages. Le développement de la machine, quand il est clair, en fait sentir l'effet tout-d'un-coup ; ce qui seroit peut-être impossible sans ce préliminaire. Pour se convaincre de la vérité de ces observations, qu'on tâche de définir exactement ce que c'est que de la gaze, sans supposer aucune notion de la machine du Gazier.

De la Géométrie des Arts. On m'accordera sans peine qu'il y a peu d'Artistes, à qui les élémens des Mathématiques ne soient nécessaires : mais un paradoxe dont la vérité ne se présentera pas d'abord, c'est que ces élémens leur seroient nuisibles en plusieurs occasions, si une multitude de connoissances physiques n'en corrigeoient les préceptes dans la pratique ; connoissances des lieux, des positions, des figures irrégulieres, des matieres, de leurs qualités, de l'élasticité, de la roideur, des frottemens, de la consistance, de la durée, des effets de l'air, de l'eau, du froid, de la chaleur, de la secheresse, &c. il est évident que les élémens de la Géométrie de l'Académie, ne sont que les plus simples & les moins composés d'entre ceux de la Géométrie des boutiques. Il n'y a pas un levier dans la nature, tel que celui que Varignon suppose dans ses propositions ; il n'y a pas un levier dans la nature dont toutes les conditions puissent entrer en calcul. Entre ces conditions il y en a, & en grand nombre, & de très-essentielles dans l'usage, qu'on ne peut même soûmettre à cette partie du calcul qui s'étend jusqu'aux différences les plus insensibles des quantités, quand elles sont apprétiables ; d'où il arrive que celui qui n'a que la Géométrie intellectuelle, est ordinairement un homme assez mal adroit ; & qu'un Artiste qui n'a que la Géométrie expérimentale, est un ouvrier très-borné. Mais il est, ce me semble, d'expérience qu'un Artiste se passe plus facilement de la Géométrie intellectuelle, qu'un homme, quel qu'il soit, d'une certaine Géométrie expérimentale. Toute la matiere des frottemens est restée malgré les calculs, une affaire de Mathématique expérimentale & manouvriere. Cependant jusqu'où cette connoissance seule ne s'étend-elle pas ? Combien de mauvaises machines, ne nous sont-elles pas proposées tous les jours par des gens qui se sont imaginés que les leviers, les roues, les poulies, les cables, agissent dans une machine comme sur un papier ; & qui, faute d'avoir mis la main à l'?uvre, n'ont jamais sû la différence des effets d'une machine même, ou de son profil ? Une seconde observation que nous ajoûterons ici, puisqu'elle est amenée par le sujet, c'est qu'il y a des machines qui réussissent en petit, & qui ne réussissent point en grand ; & réciproquement d'autres qui réussissent en grand, & qui ne réussiroient pas en petit. Il faut, je crois, mettre du nombre de ces dernieres toutes celles dont l'effet dépend principalement d'une pesanteur considérable des parties mêmes qui les composent, ou de la violence de la réaction d'un fluide, ou de quelque volume considérable de matiere élastique à laquelle ces machines doivent être appliquées : exécutez-les en petit, le poids des parties se réduit à rien ; la réaction du fluide n'a presque plus de lieu ; les puissances sur lesquelles on avoit compté disparoissent ; & la machine manque son effet. Mais s'il y a, relativement aux dimensions des machines, un point, s'il est permis de parler ainsi, un terme où elle ne produit plus d'effet, il y en a un autre en-delà ou en-deçà duquel elle ne produit pas le plus grand effet dont son méchanisme étoit capable. Toute machine a, selon la maniere de dire des Géometres, un maximum de dimensions ; de même que dans sa construction, chaque partie considérée par rapport au plus parfait méchanisme de cette partie, est d'une dimension déterminée par les autres parties ; la matiere entiere est d'une dimension déterminée, relativement à son méchanisme le plus parfait, par la matiere dont elle est composée, l'usage qu'on en veut tirer, & une infinité d'autres causes. Mais quel est, demandera-t-on, ce terme dans les dimensions d'une machine, au-delà ou en-deçà duquel elle est ou trop grande ou trop petite ? Quelle est la dimension véritable & absolue d'une montre excellente, d'un moulin parfait, du vaisseau construit le mieux qu'il est possible ? C'est à la Géométrie expérimentale & manouvriere de plusieurs siecles, aidée de la Géométrie intellectuelle la plus déliée, à donner une solution approchée de ces problèmes ; & je suis convaincu qu'il est impossible d'obtenir quelque chose de satisfaisant là-dessus de ces Géométries séparées, & très-difficile, de ces Géométries réunies.

De la langue des Arts. J'ai trouvé la langue des Arts très-imparfaite par deux causes ; la disette des mots propres, & l'abondance des synonymes. Il y a des outils qui ont plusieurs noms différens ; d'autres n'ont au contraire que le nom générique, engin, machine, sans aucune addition qui les spécifie : quelquefois la moindre petite différence suffit aux Artistes pour abandonner le nom générique & inventer des noms particuliers ; d'autres fois, un outil singulier par sa forme & son usage, ou n'a point de nom, ou porte le nom d'un autre outil avec lequel il n'a rien de commun. Il seroit à souhaiter qu'on eût plus d'égard à l'analogie des formes & des usages. Les Géometres n'ont pas autant de noms qu'ils ont de figures : mais dans la langue des Arts, un marteau, une tenaille, une auge, une pelle, &c. ont presque autant de dénominations qu'il y a d'Arts. La langue change en grande partie d'une manufacture à une autre. Cependant je suis convaincu que les man?uvres les plus singulieres, & les machines les plus composées, s'expliqueroient avec un assez petit nombre de termes familiers & connus, si on prenoit le parti de n'employer des termes d'Art, que quand ils offriroient des idées particulieres. Ne doit-on pas être convaincu de ce que j'avance, quand on considere que les machines composées ne sont que des combinaisons des machines simples ; que les machines simples sont en petit nombre ; & que dans l'exposition d'une man?uvre quelconque, tous les mouvemens sont réductibles, sans aucune erreur considérable, au mouvement rectiligne & au mouvement circulaire ? Il seroit donc à souhaiter qu'un bon Logicien à qui les Arts seroient familiers, entreprît des élémens de la grammaire des Arts. Le premier pas qu'il auroit à faire, ce seroit de fixer la valeur des correlatifs, grand, gros, moyen, mince, épais, foible, petit, léger, pesant, &c. Pour cet effet il faudroit chercher une mesure constante dans la nature, ou évaluer la grandeur, la grosseur & la force moyenne de l'homme, & y rapporter toutes les expressions indéterminées de quantité, ou du moins former des tables auxquelles on inviteroit les Artistes à conformer leurs langues. Le second pas, ce seroit de déterminer sur la différence & sur la ressemblance des formes & des usages d'un instrument & d'un autre instrument, d'une man?uvre & d'une autre man?uvre, quand il faudroit leur laisser un même nom & leur donner des noms différens. Je ne doute point que celui qui entreprendra cet ouvrage, ne trouve moins de termes nouveaux à introduire, que de synonymes à bannir ; & plus de difficulté à bien définir des choses communes, telles que grace en Peinture, n?ud en Passementerie, creux en plusieurs Arts, qu'à expliquer les machines les plus compliquées. C'est le défaut de définitions exactes, & la multitude, & non la diversité des mouvemens dans les man?uvres, qui rendent les choses des Arts difficiles à dire clairement. Il n'y a de remede au second inconvénient, que de se familiariser avec les objets : ils en valent bien la peine, soit qu'on les considere par les avantages qu'on en tire, ou par l'honneur qu'ils font à l'esprit humain. Dans quel système de Physique ou de Métaphysique remarque-t-on plus d'intelligence, de sagacité, de conséquence, que dans les machines à filer l'or, faire des bas, & dans les métiers de Passementiers, de Gaziers, de Drapiers ou d'ouvriers en soie ? Quelle démonstration de Mathématique est plus compliquée que le méchanisme de certaines horloges, ou que les différentes opérations par lesquelles on fait passer ou l'écorce du chanvre, ou la coque du ver, avant que d'en obtenir un fil qu'on puisse employer à l'ouvrage ? Quelle projection plus belle, plus délicate & plus singuliere que celle d'un dessein sur les cordes d'un sample, & des cordes du sample sur les fils d'une chaîne ? qu'a-t-on imaginé en quelque genre que ce soit, qui montre plus de subtilité que le chiner des velours ? Je n'aurois jamais fait si je m'imposois la tâche de parcourir toutes les merveilles qui frapperont dans les manufactures ceux qui n'y porteront pas des yeux prevenus, ou des yeux stupides.

Je m'arrêterai avec le philosophe Anglois à trois inventions, dont les anciens n'ont point eu connoissance, & dont à la honte de l'histoire & de la poësie modernes, les noms des inventeurs sont presque ignorés : je veux parler de l'Art d'imprimer, de la découverte de la poudre à canon, & de la propriété de l'aiguille aimantée. Quelle révolution ces découvertes n'ont-elles pas occasionnée dans la république des Lettres, dans l'Art militaire, & dans la Marine ? L'aiguille aimantée a conduit nos vaisseaux jusqu'aux régions les plus ignorées ; les caracteres typographiques ont établi une correspondance de lumieres entre les savans de tous les lieux & de tous les tems à venir ; & la poudre à canon a fait naître tous ces chefs-d'?uvres d'architecture qui défendent nos frontieres & celles de nos ennemis : ces trois Arts ont presque changé la face de la terre.

Rendons enfin aux Artistes la justice qui leur est dûe. Les Arts libéraux se sont assez chantés eux-mêmes ; ils pourroient employer maintenant ce qu'ils ont de voix à célébrer les Arts méchaniques. C'est aux Arts libéraux à tirer les Arts méchaniques de l'avilissement où le préjugé les a tenus si long-tems ; c'est à la protection des rois à les garantir d'une indigence où ils languissent encore. Les Artisans se sont crus méprisables, parce qu'on les a méprisés ; apprenons-leur à mieux penser d'eux-mêmes : c'est le seul moyen d'en obtenir des productions plus parfaites. Qu'il sorte du sein des Académies quelqu'homme qui descende dans les atteliers, qui y recueille les phénomenes des Arts, & qui nous les expose dans un ouvrage qui détermine les Artistes à lire, les Philosophes à penser utilement, & les Grands à faire enfin un usage utile de leur autorité & de leurs récompenses.

Un avis que nous oserons donner aux savans, c'est de pratiquer ce qu'ils nous enseignent eux-mêmes, qu'on ne doit pas juger des choses avec trop de précipitation, ni proscrire une invention comme inutile, parce qu'elle n'aura pas dans son origine tous les avantages qu'on pourroit en exiger. Montagne, cet homme d'ailleurs si philosophe, ne rougiroit-il pas s'il revenoit parmi nous, d'avoir écrit, que les armes à feu sont de si peu d'effet, sauf l'étonnement des oreilles, à quoi chacun est désormais apprivoisé, qu'il espere qu'on en quittera l'usage. N'auroit-il pas montré plus de sagesse à encourager les arquebusiers de son tems à substituer à la meche & au roüet quelque machine qui répondît à l'activité de la poudre, & plus de sagacité à prédire que cette machine s'inventeroit un jour ? Mettez Bacon à la place de Montagne, & vous verrez ce premier considérer en philosophe la nature de l'agent, & prophétiser, s'il m'est permis de le dire, les grenades, les mines, les canons, les bombes, & tout l'appareil de la Pyrothecnie militaire. Mais Montagne n'est pas le seul philosophe qui ait porté sur la possibilité ou l'impossibilité des machines, un jugement précipité. Descartes, ce génie extraordinaire né pour égarer & pour conduire, & d'autres qui valoient bien l'auteur des Essais, n'ont-ils pas prononcé que le miroir d'Archimede étoit une fable ? cependant ce miroir est exposé à la vûe de tous les savans au Jardin du Roi, & les effets qu'il y opere entre les mains de M. de Buffon qui l'a retrouvé, ne nous permettent plus de douter de ceux qu'il opéroit sur les murs de Syracuse entre les mains d'Archimede. De si grands exemples suffisent pour nous rendre circonspects.

Nous invitons les Artistes à prendre de leur côté conseil des savans, & à ne pas laisser périr avec eux les découvertes qu'ils feront. Qu'ils sachent que c'est se rendre coupable d'un larcin envers la société, que de renfermer un secret utile ; & qu'il n'est pas moins vil de préférer en ces occasions l'intérêt d'un seul à l'intérêt de tous, qu'en cent autres où ils ne balanceroient pas eux-mêmes à prononcer. S'ils se rendent communicatifs, on les débarrassera de plusieurs préjugés, & sur-tout de celui où ils sont presque tous, que leur Art a acquis le dernier degré de perfection. Leur peu de lumieres les expose souvent à rejetter sur la nature des choses, un défaut qui n'est qu'en eux-mêmes. Les obstacles leur paroissent invincibles dès qu'ils ignorent les moyens de les vaincre. Qu'ils fassent des expériences ; que dans ces expériences chacun y mette du fien ; que l'Artiste y soit pour la main-d'?uvre ; l'Académicien pour les lumieres & les conseils, & l'homme opulent pour le prix des matieres, des peines & du tems ; & bientôt nos Arts & nos manufactures auront sur celles des étrangers toute la supériorité que nous desirons.

De la supériorité d'une manufacture sur une autre. Mais ce qui donnera la supériorité à une manufacture sur une autre, ce sera sur-tout la bonté des matieres qu'on y employera, jointe à la célérité du travail & à la perfection de l'ouvrage. Quant à la bonté des matieres, c'est une affaire d'inspection. Pour la célérité du travail & la perfection de l'ouvrage, elles dépendent entierement de la multitude des ouvriers rassemblés. Lorsqu'une manufacture est nombreuse, chaque opération occupe un homme différent. Tel ouvrier ne fait & ne fera de sa vie qu'une seule & unique chose ; tel autre, une autre chose : d'où il arrive que chacune s'exécute bien & promptement, & que l'ouvrage le mieux fait est encore celui qu'on a à meilleur marché. D'ailleurs le goût & la façon se perfectionnent nécessairement entre un grand nombre d'ouvriers, parce qu'il est difficile qu'il ne s'en rencontre quelques-uns capables de réfléchir, de combiner, & de trouver enfin le seul moyen qui puisse les mettre au-dessus de leurs semblables ; le moyen ou d'épargner la matiere, ou d'allonger le tems, ou de surfaire l'industrie, soit par une machine nouvelle, soit par une man?uvre plus commode. Si les manufactures étrangeres ne l'emportent pas sur nos manufactures de Lyon, ce n'est pas qu'on ignore ailleurs comment on travaille-là, on a par-tout les mêmes métiers, les mêmes soies, & à peu près les mêmes pratiques : mais ce n'est qu'à Lyon qu'il y a 30000 ouvriers rassemblés & s'occupant tous de l'emploi de la même matiere. Nous pourrions encore allonger cet article : mais ce que nous venons de dire, joint à ce qu'on trouvera dans notre Discours préliminaire, suffira pour ceux qui savent penser, & nous n'en aurions jamais assez dit pour les autres. On y rencontrera peut-être des endroits d'une métaphysique un peu forte : mais il étoit impossible que cela fût autrement. Nous avions à parler de ce qui concerne l'Art en général ; nos propositions devoient donc être générales : mais le bon sens dit, qu'une proposition est d'autant plus abstraite, qu'elle est plus générale, l'abstraction consistant à étendre une vérité en écartant de son énonciation les termes qui la particularisent. Si nous avions pû épargner ces épines au lecteur, nous nous serions épargné bien du travail à nous-mêmes.

Art des Esprits, ou Art Angélique, moyen superstitieux pour acquérir la connoissance de tout ce qu'on veut savoir avec le secours de son ange gardien, ou de quelqu'autre bon ange. On distingue deux sortes d'art angélique ; l'un obscur, qui s'exerce par la voie d'élévation ou d'extase ; l'autre clair & distinct, lequel se pratique par le ministere des anges qui apparoissent aux hommes sous des formes corporelles, & qui s'entretiennent avec eux. Ce fut peut-être cet art dont se servit le pere du célebre Cardan, lorsqu'il disputa contre les trois esprits qui soûtenoient la doctrine d'Averroès, recevant des lumieres d'un génie qu'il eut avec lui pendant trente-trois ans. Quoi qu'il en soit, il est certain que cet art est superstitieux, puisqu'il n'est autorisé ni de Dieu ni de l'Eglise ; & que les anges, par le ministere desquels on suppose qu'il s'exerce, ne sont autres que des esprits de ténebres, & des anges de satan. D'ailleurs, les cérémonies dont on se sert ne sont que des conjurations par lesquelles on oblige les démons, en vertu de quelque pacte, de dire ce qu'ils savent, & rendre les services qu'on espere d'eux. Voyez Art. Cardan, lib. XVI. de rer. variet. Thiers, Traité des superstitions. (G)

Art notoire, moyen superstitieux par lequel on promet l'acquisition des sciences, par infusion & sans peine, en pratiquant quelques jeûnes, & en faisant certaines cérémonies inventées à ce dessein. Ceux qui font profession de cet art, assûrent que Salomon en est l'auteur, & que ce fut par ce moyen qu'il acquit en une nuit cette grande sagesse qui l'a rendu si célebre dans le monde. Ils ajoûtent qu'il a renfermé les préceptes & la méthode dans un petit livre qu'ils prennent pour modele. Voici la maniere par laquelle ils prétendent acquérir les sciences, selon le témoignage du pere Delrio : ils ordonnent à leurs aspirans de fréquenter les sacremens, de jeûner tous les Vendredis au pain & à l'eau, & de faire plusieurs prieres pendant sept semaines ; ensuite ils leur prescrivent d'autres prieres, & leur font adorer certaines images, les sept premiers jours de la nouvelle lune, au lever du soleil, durant trois mois : ils leur font encore choisir un jour où ils se sentent plus pieux qu'à l'ordinaire, & plus disposés à recevoir les inspirations divines ; ces jours-là ils les font mettre à genoux, dans une église ou oratoire, ou en pleine campagne, & leur font dire trois fois le premier verset de l'hymne Veni creator Spiritus, &c. les assûrant qu'ils seront après cela remplis de science comme Salomon, les Prophetes & les Apôtres. Saint Thomas d'Aquin montre la vanité de cet art. S. Antonin, archevêque de Florence, Denys le chartreux, Gerson, & le cardinal Cajetan, prouvent que c'est une curiosité criminelle par laquelle on tente Dieu, & un pacte tacite avec le démon : aussi cet art fut-il condamné comme superstitieux par la faculté de Théologie de Paris, l'an 1320. Delrio, disq. Magic. part. II. Thiers, Traité des superstitions. (G)

Art de S. Anselme, moyen de guérir les plaies les plus dangereuses, en touchant seulement aux linges qui ont été appliqués sur les blessures. Quelques soldats Italiens, qui font encore ce métier, en attribuent l'invention à S. Anselme : mais Delrio assûre que c'est une superstition inventée par Anselme de Parme, fameux magicien ; & remarque que ceux qui sont ainsi guéris, si toutefois ils en guérissent, retombent ensuite dans de plus grands maux, & finissent malheureusement leur vie. Delrio, Disquis. magic. lib. I. (G)

Art de S. Paul, sorte d'art notoire que quelques superstitieux disent avoir été enseigné par S. Paul, après qu'il eut été ravi jusqu'au troisieme ciel : on ne sait pas bien les cérémonies que pratiquent ceux qui prétendent acquérir les sciences par ce moyen, sans aucune étude, & par inspiration : mais on ne peut douter que cet art ne soit illicite ; & il est constant que S. Paul n'a jamais révélé ce qu'il oüit dans son ravissement, puisqu'il dit lui-même qu'il entendit des paroles ineffables, qu'il n'est pas permis à un homme de raconter. Voyez Art notoire. Thiers, Traité des superstitions. (G)

Art Mnemonique. On appelle art mnemonique la science des moyens qui peuvent servir pour perfectionner la mémoire. On admet ordinairement quatre de ces sortes de moyens : car on peut y employer ou des remedes physiques, que l'on croit propres à fortifier la masse du cerveau ; ou de certaines figures & schématismes, qui font qu'une chose se grave mieux dans la mémoire ; ou des mots techniques, qui rappellent facilement ce qu'on a appris ; ou enfin un certain arrangement logique des idées, en les plaçant chacune de façon qu'elles se suivent dans un ordre naturel. Pour ce qui regarde les remedes physiques, il est indubitable qu'un régime de vie bien observé peut contribuer beaucoup à la conservation de la mémoire ; de même que les excès dans le vin, dans la nourriture, dans les plaisirs, l'affoiblissent. Mais il n'en est pas de même des autres remedes que certains auteurs ont recommandés, des poudres, du tabac, des cataplasmes qu'il faut appliquer aux tempes, des boissons, des purgations, des huiles, des bains, des odeurs fortes qu'on peut voir dans l'art mnemonique de Marius d'Assigni, auteur Anglois. Tous ces remedes sont très-sujets à caution. On a trouvé par l'expérience que leur usage étoit plus souvent funeste que salutaire, comme cela est arrivé à Daniel Heinsius & à d'autres, qui loin de tirer quelqu'avantage de ces remedes, trouvoient à la fin leur mémoire si affoiblie, qu'il ne pouvoient plus se rappeller ni leurs noms, ni ceux de leurs domestiques. D'autres ont eu recours aux schématismes. On sait que nous retenons une chose plus facilement quand elle fait sur notre esprit, par le moyen des sens extérieurs, une impression vive. C'est par cette raison qu'on a tâché de soulager la mémoire dans ses fonctions, en représentant les idées sous de certaines figures qui les expriment en quelque façon. C'est de cette maniere qu'on apprend aux enfans, non-seulement à connoître les lettres, mais encore à se rendre familiers les principaux évenemens de l'histoire sainte & profane. Il y a même des auteurs, qui par une prédilection singuliere pour les figures, ont appliqué ces schématismes à des sciences philosophiques. C'est ainsi qu'un certain Allemand, nommé Winckelmann, a donné toute la logique d'Aristote en figures. Voici le titre de son livre : Logica memorativa, cujus beneficio compendium logicæ peripateticæ brevissimi temporis spatio memoriæ mandari potest. Voici aussi comme il définit la Logique. Aristote est représenté assis, dans une profonde méditation ; ce qui doit signifier que la Logique est un talent de l'esprit, & non pas du corps : dans la main droite il tient une clé ; c'est-à-dire, que la Logique n'est pas une science, mais une clé pour les sciences : dans la main gauche il tient un marteau ; cela veut dire que la Logique est une habitude instrumentale ; & enfin devant lui est un étau sur lequel se trouve un morceau d'or fin, & un morceau d'or faux, pour indiquer que la fin de la Logique est de distinguer le vrai d'avec le faux.

Puisqu'il est certain que notre imagination est d'un grand secours pour la mémoire, on ne peut pas absolument rejetter la méthode des schématismes, pourvû que les images n'ayent rien d'extravagant ni de puérile, & qu'on ne les applique pas à des choses qui n'en sont point du tout susceptibles. Mais c'est en cela qu'on a manqué en plusieurs façons : car les uns ont voulu désigner par des figures toutes sortes de choses morales & métaphysiques ; ce qui est absurde, parce que ces choses ont besoin de tant d'explications, que le travail de la mémoire en est doublé. Les autres ont donné des images si absurdes & si ridicules, que loin de rendre la science agréable, elles l'ont rendu dégoûtante. Les personnes qui commencent à se servir de leur raison, doivent s'abstenir de cette méthode, & tâcher d'aider la mémoire par le moyen du jugement. Il faut dire la même chose de la mémoire qu'on appelle technique. Quelques-uns ont proposé de s'imaginer une maison ou bien une ville, & de s'y représenter différens endroits dans lesquels on placeroit les choses ou les idées qu'on voudroit se rappeller. D'autres, au lieu d'une maison ou d'une ville, ont choisi certains animaux dont les lettres initiales font un alphabet Latin. Ils partagent chaque membre de chacune de ces bêtes en cinq parties, sur lesquelles ils affichent des idées ; ce qui leur fournit 150 places bien marquées, pour autant d'idées qu'ils s'y imaginent affichées. Il y en a d'autres qui ont eu recours à certains mots, vers, & autres choses semblables : par exemple, pour retenir les mots d'Alexandre, Romulus, Mercure, Orphée, ils prennent les lettres initiales qui forment le mot armo, mot qui doit leur servir à se rappeller les quatre autres. Tout ce que nous pouvons dire là-dessus, c'est que tous ces mots & ces vers techniques paroissent plus difficiles à retenir, que les choses mêmes dont ils doivent faciliter l'étude.

Les moyens les plus sûrs pour perfectionner la mémoire, sont ceux que nous fournit la Logique. Plus l'idée que nous avons d'une chose est claire & distincte, plus nous aurons de facilité à la retenir & à la rappeller quand nous en aurons besoin. S'il y a plusieurs idées, on les arrange dans leur ordre naturel, de sorte que l'idée principale soit suivie des idées accessoires, comme d'autant de conséquences ; avec cela on peut pratiquer certains artifices qui ne sont pas sans utilité : par exemple, si l'on compose quelque chose, pour l'apprendre ensuite par c?ur, on doit avoir soin d'écrire distinctement, de marquer les différentes parties par de certaines séparations, de se servir des lettres initiales au commencement d'un sens ; c'est ce qu'on appelle la mémoire locale. Pour apprendre par c?ur, on recommande ensuite de se retirer dans un endroit tranquille ; il y a des gens qui choisissent la nuit, & même se mettent au lit. Voyez là-dessus la Pratique de la mémoire artificielle, par le pere Buffier.

Les anciens Grecs & Romains parlent en plusieurs endroits de l'art mnemonique. Cicéron dit, dans le liv. II. de Orat. c. lxxxvj. que Simonide l'a inventé. Ce philosophe étant en Thessalie, fut invité par un nommé Scopas : lorsqu'il fut à table, deux jeunes gens le firent appeller pour lui parler dans la cour. A peine Simonide fut-il sorti, que la chambre où les autres étoient restés tomba, & les écrasa tous. Lorsqu'on voulut les enterrer, on ne put les reconnoître, tant ils étoient défigurés. Alors Simonide se rappellant la place où chacun avoit été assis, les nomma l'un après l'autre ; ce qui fit connoître, dit Cicéron, que l'ordre étoit la principale chose pour aider la mémoire. (X)

Art Poetique. Voyez Poesie & Poetique.

Art Militaire. Voyez Militaire.

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Wiktionnaire


Nom commun - français

art \a?\ masculin

  1. Méthode pour faire un ouvrage, pour exécuter ou opérer quelque chose selon certaines règles.
    • On attribue aux Arabes la découverte de l'art d'extraire l'alcool du vin et des autres boissons fermentées. (Edmond Nivoit, Notions élémentaires sur l'industrie dans le département des Ardennes, E. Jolly, Charleville, 1869, page 141).
    • Dans tous les cas, il ne saurait y avoir d'art sans production. En donnant la lyre à Apollon, Hermès ne veut-il pas indiquer que toute activité de communication est un art et que, comme telle, cette activité doit s'inscrire au sein d'une poétique? (Charles Le Blanc, Le complexe d'Hermès, Presses de l'Université d'Ottawa, 2009, p. 93)
    • Dès que les gerbes rejoignirent le hameau, Gustave et Le Balkanais entreprirent de constituer les gerbiers de blé et d'avoine. C'était un art ! Leur habileté à les construire était reconnue au-delà de la commune [?]. (Daniel Crozes, Lendemains de Libération, éd. Rouergue, 2017)
    • L'art de la guerre.
    • Les ressources, les secours de l'art.
    • Une belle ?uvre d'art.
    • L'art de la politique, de la navigation.
    • L'art militaire, de la guerre, de la médecine, de guérir, du serrurier, du potier, du tourneur, etc.
    • Il est habile, il est expert en son art, dans son art.
    • Consulter un homme de l'art, les gens de l'art.
    • Exceller dans son art, dans un art.
    • Les maîtres de l'art : ceux qui sont regardés comme les plus habiles, les mieux instruits dans la matière dont il s'agit.
  2. (Au pluriel) Sans épithète, arts tant libéraux que mécaniques.
    • Avant, elle ne les aurait pas remarqués. Maintenant elle se pose la question du jeu vidéo en tant qu'art. (William Audureau, « Le jeu vidéo est de l'art, c'est juste que les gens ne s'en rendent pas compte », Le Monde. Mis en ligne le 29 juin 2019)
    • Les six arts classiques, selon Hegel, sont l'architecture, la sculpture, la peinture, la musique, la danse, et la poésie.
    • L'invention des arts.
    • Le septième art : Le cinéma.
    • Le huitième art : La radio, puis la télévision, mais aussi l'art dramatique ou la photographie, selon les auteurs.
    • Le neuvième art : La bande dessinée.
    • Les arts étaient encore grossiers, étaient encore dans l'enfance.
    • Le perfectionnement des arts.
    • Un peuple qui cultive les arts.
    • Les arts utiles à l'homme.
    • Cette matière s'emploie souvent dans les arts.
    • L'école centrale des Arts et manufactures.
    • Dictionnaire des arts et métiers.
    • Les lettres, les sciences et les arts. On y joint quelquefois l'éloquence et la poésie ; et c'est dans cette acception plus étendue qu'on dit aimer les arts, les beaux-arts.
    • Faire fleurir les arts.
    • Un amateur des arts.
    • Encourager, protéger les arts.
  3. Ensemble des ?uvres exécutées à une même époque et ayant entre elles des caractères communs.
    • Une longue période d'admiration pour l'art médiéval et de mépris pour les temps voltairiens sembla menacer de ruine l'idéologie nouvelle ; [?]. (Georges Sorel, Réflexions sur la violence Chap.III, Les préjugés contre la violence, 1908)
    • L'art ancien, moderne, grec, byzantin, gothique, de la Renaissance?
    • Une histoire de l'art en France au XVIIIe siècle.
    • Une exposition d'art flamand.
  4. (Par extension) Talent, habileté.
    • Depuis l'Argonne de 1914, [?] je n'ai pas l'oreille si mal bâtie que d'avoir, en vingt et un ans, oublié l'art d'apprécier au son la trajectoire d'un obus et le point de chute probable. (Marc Bloch, L'étrange défaite : La déposition d'un vaincu, 1940, FolioHistoire Gallimard, 1990, p.86)
    • L'art merveilleux avec lequel les abeilles construisent leurs cellules.
    • Agir avec art.
    • Je voudrais avoir l'art de vous persuader.
    • Vous avez l'art de plaire.
  5. Titre de certains ouvrages qui renferment des préceptes sur un art quelconque.
    • " L'art poétique " d'Horace, de Boileau.
    • " L'art d'aimer " d'Ovide.
    • " L'art du Forgeron " par untel.
    • Il a publié un " art du Dessin ".
  6. Reproduction par la main de l'homme ou la représentation de ce qui est dans la nature ; par opposition à naturel.
    • Les productions de la nature et les ouvrages de l'art.
    • Cette substance n'existe point dans la nature, elle est un produit de l'art.
    • Il n'y a point d'art dans tout ce qu'il dit, c'est la nature qui parle.
  7. Artifice.
    • L'art perce dans tout ce qu'il dit.
  8. (Au pluriel) (Vieilli) Se disait dans les universités, des humanités et de la philosophie.
    • Maître ès arts : celui qui avait pris, dans cette partie de l'instruction publique, le degré donnant le pouvoir d'enseigner.
    • Faculté des arts : celle qui comprenait les régents de l'université chargés d'enseigner les humanités et la philosophie, et tous les maîtres ès arts immatriculés.
    • Le recteur de l'Université était choisi dans la Faculté des arts.
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ART, subst. masc.

[P. oppos. à la nature ,,conçue comme puissance produisant sans réflexion`` (Lal. 1968) et à la science ,,conçue comme pure connaissance indépendante des applications`` (Ibid.)] Ensemble de moyens, de procédés conscients par lesquels l'homme tend à une certaine fin, cherche à atteindre un certain résultat :
1. Quand la tourmente s'annonce sur les mers orageuses, le pilote appelle son art, et son art lutte contre la tourmente. Quand le calme le saisit sur les plages de la Pacifique, il n'est plus d'art, plus d'effort, on se consume lentement, on périt dans l'abattement, c'est un calme de mort. Senancour, Rêveries,1799, p. 81.
2. Dès qu'il s'agit d'art, c'est-à-dire d'expression humaine à travers une technique définie, cette apparence grossière, surchargée, se décante, s'épure, et ne laisse apparaître que de féériques images. Lhote, Peint. d'abord,1942, p. 86.
I.? [Cette activité en tant qu'elle cherche une fin utilitaire]
A.? [En parlant de mét., d'activités ou de techn. diverses] Synon. de technique :
3. En exposant ce que furent les arts dans les deux premières époques de la société, on fera voir comment aux arts qui travaillent le bois, la pierre, ou les os d'animaux, qui préparent les peaux, et qui forment des tissus, ces peuples primitifs purent joindre les arts plus difficiles de la teinture, de la poterie, et même les commencements des travaux sur les métaux. Condorcet, Esquisse d'un tableau hist. des progrès de l'esprit hum.,1794, p. 37.
4. Ce religieux pratiquait l'art de fabriquer du bleu d'outremer en broyant des pierres de lapis-lazuli calcinées. L'outre-mer valait alors son poids d'or; et le prieur, qui avait sans doute des secrets, estimait le sien plus précieux que le rubis et le saphir. A. France, Le Lys rouge,1894, p. 139.
? [En parlant d'animaux] Adresse, industrie :
5. Ils les [les nids] construisent avec beaucoup d'art en leur donnant la forme d'une bourse avec une seule ouverture. H. Coupin, Animaux de nos pays,1909, p. 153.
? Spéc. Le grand art, l'alchimie; l'art sacerdotal ou art sacré, la science magique des Égyptiens, la philosophie hermétique; l'art royal, la franc-maçonnerie.
? SP. Le noble art. La boxe.
SYNT. Art du potier, du luthier; art de l'agriculture, de la distillation; art de nager, de pêcher à la ligne, de préparer un feu, de tresser, de toréer; art culinaire, dentaire, publicitaire, équestre, photographique; joyau, verrerie d'art; ouvrier d'art; les arts appliqués, les arts industriels, les arts et métiers.
? Ouvrage d'art. ,,Produit de la technique pour modifier la nature dans un but d'adaptation à l'usage de l'homme.`` (Miq. 1967) :
6. Pour (...), détruire les ouvrages d'art sur lesquels passent les voies ferrées qui suivent le littoral [ennemi], (...), il faut des croiseurs nombreux et rapides; ... A. Croneau, Construction pratique des navires de guerre, t. 1, 1892, p. 124.
B.? [P. oppos. à science ,,conçue comme une pure connaissance indépendante des applications`` (Lal. 1968)] :
7. La médecine n'est pas une science; c'est un art; par conséquent, son application est inséparable de l'artiste. (...). En effet, dans toutes les connaissances humaines, il y a à la fois de la science et de l'art. La science est dans la recherche des lois des phénomènes et dans la conception des théories; l'art est dans l'application, c'est-à-dire dans une réalisation pratique en général utile à l'homme qui nécessite toujours l'action personnelle d'un individu isolé. C. Bernard, Principes de méd. exp.,1878, p. 175.
SYNT. Art de la guerre; art médical, vétérinaire; art héraldique, magique; art des haruspices.
Rem. L'homme de l'art désigne un médecin ou plus rarement un architecte.
C.? P. ext., constr. fréq. art de + inf. Talent, habileté.
1. [Dans une activité intellectuelle, sociale, ludique etc...] :
8. ? Monsieur le consul, répondit dogmatiquement l'inspecteur de police, les grands voleurs ressemblent toujours à d'honnêtes gens. Vous comprenez bien que ceux qui ont des figures de coquins n'ont qu'un parti à prendre, c'est de rester probes, sans cela ils se feraient arrêter. Les physionomies honnêtes, ce sont celles-là qu'il faut dévisager surtout. Travail difficile, j'en conviens, et qui n'est plus du métier, mais de l'art. Verne, Le Tour du monde en 80 jours,1873, p. 26.
9. C'est [Bergson] l'un des esprits les plus importants de l'époque (...). Songez à ce qu'il faut d'invention et de labeur, de rigueur et d'art, pour édifier un système. Songez que notre temps est peu favorable à ces vastes constructions, qu'il faut une sorte d'héroïsme pour entreprendre. Valéry, Entretiens avec F. Lefèvre,1926, p. 77.
SYNT. Art de diriger une maison, de duper les gens, d'écrire, d'élever les enfants, d'embrouiller les cartes, de gérer sa fortune, de négocier, d'organiser des travaux, de penser, de persuader; art de la conversation, de l'ironie, des affaires, des plaidoiries, des querelles.
2. [Dans une manière d'être, un savoir-vivre] :
10. Le renouvellement, l'emploi, le ménagement de sa propre force, c'est le grand art de la vie; il y a une diététique de l'esprit, et une hygiène de l'âme. On se le rappelle sitôt qu'on en a violé les prescriptions et qu'on pâtit de cette transgression imprudente. Amiel, Journal intime,1866, p. 138.
11. L'art d'être heureux : on devrait bien enseigner aux enfants l'art d'être heureux. Non pas l'art d'être heureux quand le malheur vous tombe sur la tête; je laisse cela aux stoïciens; mais l'art d'être heureux quand les circonstances sont passables et que toute l'amertume de la vie se réduit à de petits ennuis et à de petits malaises. Alain, Propos,1910, p. 83.
SYNT. Art d'aimer, d'être grand-père, de perdre du temps, de plaire, de voyager; art de la douceur, de l'indifférence.
II.? [La finalité de cette activité est de caractère esthétique, désintéressée, non utilitaire]
A.? Expression dans les ?uvres humaines d'un idéal de beauté.
1. Correspondant à un type de civilisation.
SYNT. Art assyrien, attique, aztèque, bouddhique, chrétien, crétois, égéen, égyptien, étrusque, gréco-romain, hittite, ionique, khmer, méditerranéen, musulman, nègre, persan, phénicien, provençal, rupestre.
? Coll. Ensemble des productions artistiques d'une époque, d'un pays, d'une civilisation. Art ancien, art moderne.
2. Correspondant à une catégorie sociale (origine ou destination). Art populaire.
? Art de masse(s). Art destiné à la masse :
12. ... l'Amérique donne actuellement leur accent aux arts de masses : la radio, le cinéma et la presse. Malraux, Les Conquérants,1928, p. 166.
SYNT. a) Art abstrait, académique, didactique, épique, figuratif, populaire, primitif; art chorégraphique, comique, dramatique, décoratif, littéraire, musical, pictural, théâtral; art de l'architecture, du dessin, du piano; aimer, cultiver, étudier un/l'art. b) Les beaux-arts; les arts d'agrément; les arts d'expression; encourager, protéger les arts; se faire un nom dans les arts.
3. Correspondant à une vision, à une conception propre à l'artiste :
13. Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre, et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et, autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l'infini et, bien des siècles après qu'est éteint le foyer dont il émanait, qu'il s'appelât Rembrandt ou Ver Meer, nous envoient encore leur rayon spécial. Proust, Le Temps retrouvé,1922, p. 895.
14. Le problème pour l'artiste absurde est d'acquérir ce savoir-vivre qui dépasse le savoir-faire. Pour finir, le grand artiste sous ce climat est avant tout un grand vivant, étant compris que vivre ici c'est aussi bien éprouver que réfléchir. L'?uvre incarne donc un drame intellectuel. L'?uvre absurde illustre le renoncement de la pensée à ses prestiges et sa résignation à n'être plus que l'intelligence qui met en ?uvre les apparences et couvre d'images ce qui n'a pas de raison. Si le monde était clair, l'art ne serait pas. Camus, Le Mythe de Sisyphe,1942, p. 135.
15. Le monde de l'art n'est pas celui de l'immortalité, c'est celui de la métamorphose. Malraux, Antimémoires,Paris, Gallimard, 1967, p. 68.
? P. ext. La beauté créée par l'artiste :
16. Maintenant que me voilà un peu hors de l'ouragan politique, je serai bien heureux de causer avec vous de tout ce que nous aimons ensemble, et de faire reprendre à mon esprit un bain d'idéal, d'art et de poésie. Hugo, Correspondance,1872, p. 303.
4. Considéré comme un absolu. Un peintre qui ne vit que pour l'art (Dub.).L'art en soi, l'art pour l'art, le péché contre l'art.
5. Considéré dans chacun des domaines où s'exerce la création d'?uvres artistiques :
17. anne vercors. ? On m'a dit que d'ingénieur vous vous êtes fait architecte. pierre de craon. ? C'est vrai. anne vercors. ? Et qui vous enseigna cet art? pierre de craon. ? La nature pour qui sait l'écouter est un maître excellent. La pierre que je maniais m'a instruit. Claudel, La Jeune fille Violaine,2eversion, 1901, IV, p. 646.
SYNT. ?uvre, objet d'art (statue, tableau, etc.); livre, reliure, théâtre d'art; amateur d'art, celui qui collectionne les ?uvres d'art.
B.? [P. oppos. aux mét. qui ont pour objet la production de choses utiles et p. oppos. à la nature, à ce qui est naturel] Ensemble des règles, des moyens, des pratiques ayant pour objet la production de choses belles :
18. ... ? ce qui est vrai d'un homme l'est tout autant d'un peuple. Pour l'un comme pour l'autre, l'art revêt donc une importance primordiale. Loin d'être un simple enjolivement de la vie, un luxe ou un ornement, où certains voudraient voir une annexe de l'oisiveté, l'art répond à une fonction profonde de la vie mentale. Il n'est pas de société qui ait pu se passer de lui. Huyghe, Dialogue avec le visible,1955, p. 382.
? En partic., p. oppos. à technique :
19. Puisque l'art commence là où cessent les mécanismes de la technique, puisqu'il n'est pas un moyen mis au service de quelque autre activité mais son propre but et sa propre fin, la tentation n'est-elle pas pressante d'aller jusqu'au bout? La poésie est un langage de mots, mais où la transmission du sens et la correction de la forme ne valent que par leur perfection; elle se justifie par ce seul souci. De même l'art est un langage d'images qui ne s'assigne un sujet et des règles d'exécution que pour y trouver la beauté; il n'est art que par cette ambition. Huyghe, Dialogue avec le visible,1955p. 102.
C.? Pratique de ces règles; virtuosité, talent, maîtrise :
20. Sur cela, il se met à réciter et si bien, si agréablement, avec tant d'art et de feu, qu'il ravit son auditeur. Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 5, 1859, p. 348.
21. ... je m'enchantai à son art, qui n'était guère qu'une virtuosité admirable, mais me faisait (sans qu'il fût, au sens intellectuel du mot, un vrai musicien) réentendre ou connaître tant de belle musique. Proust, Sodome et Gomorrhe,1922, p. 911.
? Spéc. Goût :
22. Elle s'était enveloppée dans son rideau avec tant d'art et de précaution, qu'il ressemblait vraiment à un vieux châle, et qu'on ne voyait presque pas la bordure. En un mot, elle trouvait moyen de plaire encore dans cette friperie, et de prouver, une fois de plus sur terre, qu'une jolie femme est toujours jolie. Musset, Mimi Pinson,1845, p. 247.
SYNT. (voc. de la crit. d'art). Bel art, grand art; art charmant, délicat, désuet, fantaisiste, impersonnel, ingénieux, inimitable, inouï, magistral, merveilleux, noble, pompeux, rigoureux, savant, sublime, vieillot.
III.? Au plur.
A.? [La finalité est de caractère utilitaire]
1. Arts mécaniques. Ceux qui exigent un effort manuel ou un travail mécanique. Arts industriels, arts et métiers. Arts ménagers. Ensemble des techniques qui procurent le bien-être matériel en facilitant la tâche de la ménagère.
2. Arts libéraux. [P. oppos. aux arts mécaniques] Ceux où l'esprit et l'intelligence ont le plus de part.
? [Dans les anc. universités] Les sept arts libéraux. Les sept arts du trivium (grammaire, dialectique, rhétorique) et du quadrivium (arithmétique, géométrie, histoire, musique).
B.? [La finalité est de caractère esthétique] Arts plastiques (peinture, statuaire); arts décoratifs; arts d'agrément (dessin, musique, danse); beaux-arts ou, absol., arts; l'Académie des Beaux-Arts; un protecteur des arts :
23. ... les néo-platoniciens du iiiesiècle et leur maître Plotin, réagissaient eux aussi contre la dictée des sens, contre le culte du visible et du palpable, aspiraient à les transgresser. « Les arts, disait Plotin, ne se bornent pas à imiter les objets qui s'offrent à nos regards », ils doivent « séparer de ces choses la forme de la matière et considérer la beauté dans les proportions ». Huyghe, Dialogue avec le visible,1955, p. 131.
Rem. On rencontre dans la docum. le néol. péj. artisme, subst. masc. (Valéry, Correspondance [avec Gide], 1910, p. 421; suff. -isme*). Ce qui prétend être de l'art sans en être. Tout l'artisme anglo-normand.
PRONONC. ? 1. Forme phon. : [a:?]. Rouss.-Lacl. 1927, p. 130, Grammont Prononc. 1958, p. 28 donnent ce mot en ex. d'une règle selon laquelle le a est ant. et long devant r final (cette règle ne s'applique pas au groupe oi). Enq. : /a?/. 2. Homon. : are, arrhes, ars, hard, hart.
ÉTYMOL. ET HIST. A.? 1. a) Ca 1100 males arz « arts maléfiques, sciences occultes » (Roland, 886, éd. J. Bédier, p. 76 : Reis Corsalis, il est de l'altre part. Barbarins est e mult de males arz) ? 1493 maulvaiz arts « sorcellerie » (Cri du prevost de Paris, ap. Laborde ds Gdf. Compl.); cf. début xvies. art magique (Lemaire de Belges, Illustr., I, 19 ds Hug. : Au temps jadis, cestoit chose fort honnorable aux Princes de savoir lart Magique, laquelle comprenoit trois sciences principales : Cestasavoir, Religion, Medicine, et Astronomie); b) 1165-70 surtout au plur. « disciplines des études libérales (au Moyen-Âge) » (B. de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 8 ds T.-L. : les granz livres des set arz); c) début xiiies. « activité, métier, discipline manuelle » (Jourdain de Blaye, éd. K. Hofmann, 1299 ds T.-L. : quiert poissons, c'est li ars dont il vit); 2. a) 1165-70 « moyen de parvenir à quelque chose, adresse » (B. de Ste-Maure, Troie, 13349 ds Gdf. Compl. : Cil les prennent, mes c'est a tart, Et si vos dirai par quelle art); b) xvies. « manière de bien pratiquer une activité, méthode, règles propres à une discipline » (Amyot, Aristide, 27 ds Hug. : Par certaines tables, ou estoit escrite l'art d'exposer les signifiances des songes); 3. 1580 « ce qui est le produit de l'activité humaine, ce qui est artificiel (p. oppos. au naturel) » (Montaigne, III, 355 ds Littré : Si j'estois du mestier, je naturaliserois l'art, autant comme ils artialisent la nature). Rem. : encore employé au fém. au xvies. B.? 1. 1740 « mode d'expr. partic. de la beauté, activité dont le résultat est la création d'un objet ou d'une ?uvre esthétique » (Trév.); 2. 1752 Beaux Arts « ensemble des activités et des ?uvres où se manifeste la recherche d'une expression esthétique (La Combe, Dict. des Beaux Arts : Arts (Beaux); ils sont distingués des Arts simplement dits, en ce que ceux-ci sont pour l'utilité, ceux-là pour l'agrément. Les Beaux Arts sont Enfants du génie; ils ont la nature pour modèle, le goût pour maître, le plaisir pour but). Empr. au lat. ars, attesté dans les différents emplois de A : 1 a dep. Apulée (Apol., 25 ds OLD 175 § 5), « disciplines d'études libérales » ? cf. 1 b dep. Cicéron (De Orat., I, 158, ibid., 175, § 6); 1 c dep. Pacuvius (Trag., 108, ibid., 175, § 7); 2 a dep. C. Lucilius (85, ibid., 175, § 1); 2 b au iers. av. J.-C. (Rhet. Her., I, 3, ibid., 175, § 9); 3 (Rhet. Her., 3, 28, ibid., 175, § 2); attesté dep. Cicéron au sens B 1 (N.D. 2, 82, ibid., 175, § 8) et au sens corresp. à B 2 (Leg., 2, 4, ibid., 175, § 8).
STAT. ? Fréq. abs. littér. : 16 540. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 24 119, b) 20 592; xxes. : a) 23 515, b) 24 585.
BBG. ? Bach.-Dez. 1882. ? Bal.-Maq. 1968. ? Bible 1912. ? Blanche 1857. ? Bouillet 1859. ? Bréz. 1969. ? Brun 1968. ? Comte-Pern. 1963. ? Divin. 1964. ? Éd. 1913. ? Éd. 1967. ? Foi t. 1 1968. ? Foulq.-St-Jean 1962. ? Franck 1875. ? Giraud-Pamart 1971. ? Gougenheim (G.). La Relatinisation du vocab. fr. Annales de l'univ. de Paris. 1959, t. 29, no1, p. 8. ? Goug. Mots t. 2 1966, pp. 69-73. ? Gruss 1952. ? Guilb. Aviat. 1965. ? Jossier 1881. ? Julia 1964. ? Laborde 1872. ? Lacr. 1963. ? Lafon 1969. ? Lal. 1968. ? Larch. 1880. ? Lar. comm. 1930. ? Littré-Robin 1865. ? Machabey (A.). Rem. sur le lex. musical du De Canticis de Gerson. Romania. 1958, t. 79, p. 178. ? March. 1970. ? Mathieu 1970. ? Mat. Louis-Philippe 1951, p. 65, 66, 236. ? Matoré (G.). Les Not. d'« art » et d'« artiste » à l'époque romant. R. sc. hum. 1951, t. 16, pp. 120-137. ? Méd. Biol. t. 1 1970. ? Mét. 1955. ? Mont. 1967. ? Neyron 1970. ? Nysten 1814. ? Paré (G.). Le Roman de la rose et la scolastique courtoise. Paris, 1941, pp. 45-47. ? Plais.-Caill. 1958. ? Pope 1961 [1952], § 777. ? Porot 1960. ? Roques (M.). L'Art et l'Encyclopédie. Annales de l'univ. de Paris. 1952, pp. 91-109. ? Rougnon 1935. ? Sandry-Carr. Peintres 1963. ? Sexol. 1970. ? Sociol. 1970. ? Spr. 1967. ? Tez. 1968. ? Timm. 1892. ? Tondr.-Vill. 1968. ? Zastrow 1963, passim.

ART, subst. masc.
ÉTYMOL. ET HIST. A.? 1. a) Ca 1100 males arz « arts maléfiques, sciences occultes » (Roland, 886, éd. J. Bédier, p. 76 : Reis Corsalis, il est de l'altre part. Barbarins est e mult de males arz) ? 1493 maulvaiz arts « sorcellerie » (Cri du prevost de Paris, ap. Laborde ds Gdf. Compl.); cf. début xvies. art magique (Lemaire de Belges, Illustr., I, 19 ds Hug. : Au temps jadis, cestoit chose fort honnorable aux Princes de savoir lart Magique, laquelle comprenoit trois sciences principales : Cestasavoir, Religion, Medicine, et Astronomie); b) 1165-70 surtout au plur. « disciplines des études libérales (au Moyen-Âge) » (B. de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 8 ds T.-L. : les granz livres des set arz); c) début xiiies. « activité, métier, discipline manuelle » (Jourdain de Blaye, éd. K. Hofmann, 1299 ds T.-L. : quiert poissons, c'est li ars dont il vit); 2. a) 1165-70 « moyen de parvenir à quelque chose, adresse » (B. de Ste-Maure, Troie, 13349 ds Gdf. Compl. : Cil les prennent, mes c'est a tart, Et si vos dirai par quelle art); b) xvies. « manière de bien pratiquer une activité, méthode, règles propres à une discipline » (Amyot, Aristide, 27 ds Hug. : Par certaines tables, ou estoit escrite l'art d'exposer les signifiances des songes); 3. 1580 « ce qui est le produit de l'activité humaine, ce qui est artificiel (p. oppos. au naturel) » (Montaigne, III, 355 ds Littré : Si j'estois du mestier, je naturaliserois l'art, autant comme ils artialisent la nature). Rem. : encore employé au fém. au xvies. B.? 1. 1740 « mode d'expr. partic. de la beauté, activité dont le résultat est la création d'un objet ou d'une ?uvre esthétique » (Trév.); 2. 1752 Beaux Arts « ensemble des activités et des ?uvres où se manifeste la recherche d'une expression esthétique (La Combe, Dict. des Beaux Arts : Arts (Beaux); ils sont distingués des Arts simplement dits, en ce que ceux-ci sont pour l'utilité, ceux-là pour l'agrément. Les Beaux Arts sont Enfants du génie; ils ont la nature pour modèle, le goût pour maître, le plaisir pour but). Empr. au lat. ars, attesté dans les différents emplois de A : 1 a dep. Apulée (Apol., 25 ds OLD 175 § 5), « disciplines d'études libérales » ? cf. 1 b dep. Cicéron (De Orat., I, 158, ibid., 175, § 6); 1 c dep. Pacuvius (Trag., 108, ibid., 175, § 7); 2 a dep. C. Lucilius (85, ibid., 175, § 1); 2 b au iers. av. J.-C. (Rhet. Her., I, 3, ibid., 175, § 9); 3 (Rhet. Her., 3, 28, ibid., 175, § 2); attesté dep. Cicéron au sens B 1 (N.D. 2, 82, ibid., 175, § 8) et au sens corresp. à B 2 (Leg., 2, 4, ibid., 175, § 8).

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Mise à jour le samedi 4 février 2023 à 09h45



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