La définition de Troubler du dictionnaire français. Signification du mot et son éthymologie - De nombreux exemples d'usage en français ainsi que des citations.

Troubler
Nature : v. a.
Prononciation : trou-blé
Etymologie : Trouble 1 ; bourguig. troblai.

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La définition de Troubler

Causer une agitation désordonnée.


Toutes les définitions de « troubler »


Dictionnaire de l'Académie française, huitième édition

TROUBLER. v. tr.
Rendre trouble. Les pluies ont troublé la rivière. Si vous remuez ce vin, vous le troublerez. Troubler l'eau. Ce vin est sujet à se troubler. Ma vue, mes yeux se troublent, Ma vue s'obscurcit.

TROUBLER signifie aussi Causer une agitation désordonnée. La tempête trouble l'atmosphère. Les rêves affreux qui troublent son sommeil. Cela trouble la digestion, les fonctions digestives, Cela empêche que la digestion ne se fasse bien.

TROUBLER se dit figurément, en parlant des Sens et des facultés de l'âme. Troubler les sens. Troubler le jugement, l'esprit, la mémoire. La peur lui trouble la raison. Le vin lui avait troublé la tête, la cervelle. Son esprit se trouble, Ses idées se confondent, il éprouve une sorte d'égarement. Troubler quelqu'un, Lui ôter sa présence d'esprit. Ne faites pas tant de bruit, vous me troublez. Trop de sévérité de la part du juge peut troubler un prévenu, un accusé.

TROUBLER signifie encore Inquiéter une personne dans la possession, dans la jouissance de quelque bien. Il a été troublé dans la possession de cette terre, dans la jouissance de sa propriété. Il signifie aussi Interrompre d'une manière désagréable. Troubler un entretien. Troubler la conversation. Il troubla leur tête-à-tête. Un accident troubla la fête. Il signifie également Apporter du trouble, du désordre; causer de la mésintelligence. Troubler l'ordre. Troubler le repos public, la paix publique. Troubler l'État. Nous étions en paix, il est venu nous troubler.

SE TROUBLER signifie Éprouver une émotion, un trouble qui fait qu'on s'embarrasse, qu'on ne sait plus que dire, que faire. L'orateur s'est troublé au milieu de son discours et n'a pu continuer. L'accusé s'est troublé dans son interrogatoire. Il s'est troublé et n'a pu répondre. Il se trouble aisément. Sa mémoire se trouble, Il n'a plus la mémoire très nette. Le participe passé

TROUBLÉ s'emploie adjectivement. Conscience troublée, Conscience inquiète.

Littré

TROUBLER (trou-blé) v. a.
  • 1Causer une agitation désordonnée. Souvent un bruit confus trouble ce noir séjour, Brébeuf, Phars. III. Irai-je dans une ode, en phrases de Malherbe, Troubler dans ses roseaux le Danube superbe?? Boileau, Sat. IX. Jamais l'air n'est troublé de ses gémissements, Racine, Esth. II, 9. Sa voix redoutable Trouble les enfers, Rousseau J.-B. Cant. Circé.
  • 2Causer des guerres, des émotions populaires, etc. Troubler un royaume. Cette Hélène qui trouble et l'Europe et l'Asie, Racine, Iphig. IV, 4. On l'appelait [Philippe II, roi d'Espagne] le démon du midi, parce qu'il troublait toute l'Europe, au midi de laquelle l'Espagne est située, Voltaire, Henr. III, notes. Charles-Quint oublia absolument le théâtre où il avait joué un si grand personnage, et le monde, qu'il avait troublé, parce qu'il sentait bien dans son affaiblissement qu'il ne pouvait le troubler davantage, Voltaire, Ann. emp. Charles-Quint, 1556. Les premiers qui troublent un État travaillent toujours, sans le savoir, pour d'autres que pour eux, Voltaire, Dict. phil. Platon.
  • 3Causer de la brouillerie, de la mésintelligence. Nous étions en paix, il nous est venu troubler. Troubler une famille.
  • 4Causer de l'agitation dans l'âme, dans l'esprit. Approche-t-il du but, quitte-t-il ce séjour, Rien ne trouble sa fin?; c'est le soir d'un beau jour, La Fontaine, Phil. et Bauc. On ne parle que de voyages?; et nous-mêmes? nous prenons des mesures pour Provence et Bretagne?; cette séparation me trouble et m'afflige plus que je ne puis vous le dire, Sévigné, à Guitaut, 20 avr. 1683. Sainte Thérèse, n'étant troublée d'aucune passion, Fléchier, Panég. Ste Thér. Quel sujet inconnu vous trouble et vous altère?? Boileau, Sat. III. Détestant ses rigueurs, rabaissant ses attraits, Je défiais ses yeux de me troubler jamais, Racine, Andr. I, 1. Je me plais bien davantage à troubler les consciences qu'à les rendre tranquilles, Lesage, Diable boit. 3. Je vois avec autant de plaisir que de surprise que cette secousse [la guerre contre les Turcs] ne trouble point l'âme de ce grand homme qu'on appelle Catherine, Voltaire, Lett. Voronzof, 26 févr. 1769. Je ne songe qu'à mourir, et mon heure approche?; mais ne la troublez pas par des reproches injustes et par des duretés, Voltaire, Lett. au roi de Pr. 21 avr. 1760.
  • 5Il se dit des sens et des facultés de l'âme. Cela lui a troublé la mémoire. Il faut que ce matin, à force de trop boire, Il se soit troublé le cerveau, Molière, Amph. II, 1. Moi?! dit-il, qu'à mon âge, écolier tout nouveau, J'aille pour un lutrin me troubler le cerveau?! Boileau, Lutr. IV. On crut que la Bastille m'avait troublé la tête, Marmontel, Mém. VI.
  • 6Déranger. Son caractère doux [d'un médecin], circonspect, modéré, et peut-être même un peu timide le rendait fort attentif à écouter la nature, à ne la pas troubler par des remèdes sous prétexte de l'aider, Fontenelle, Geoffroy. L'ordre des matières a fait que j'ai troublé l'ordre des temps, Montesquieu, Esp. XXXI, 16. Les ambitieux firent venir à Rome des villes et des nations entières pour troubler les suffrages, ou se les faire donner, Montesquieu, Rom. 9. L'ordre de succession ayant été établi en conséquence d'une loi politique, un citoyen ne devait pas le troubler par une volonté particulière, Montesquieu, Esp. XXVII, 1.

    Cela trouble la digestion, les fonctions digestives, cela empêche que la digestion ne se fasse bien.

  • 7Il se dit, dans un sens analogue, des personnes qu'on interrompt, dérange d'une manière inopportune. Saint Antoine, de qui est cette belle sentence, lorsqu'il voyait venir le soleil et qu'il s'écriait dans la ferveur de son esprit?: ô soleil, pourquoi me troubles-tu?? Bossuet, Ét. d'orais. v, 12. Empêchez qu'en ces lieux on me vienne troubler, Quinault, Phaéth. I, 4. Roxane?: Mais qui vient me parler?? Que veut-on?? - Zatime?: Pardonnez si j'ose vous troubler, Racine, Bajaz. III, 7, 8. Ne me troublez pas, lui cria-t-il [Crébillon], je suis dans un moment intéressant?; je vais faire pendre un ministre fripon, et chasser un ministre imbécile, D'Alembert, Éloges, Crébillon. Et leurs pas, ébranlant les arches colossales, Troublent les morts couchés sous le pavé des salles, Hugo, Ballades, la Ronde du Sabbat.

    Interrompre quelqu'un quand il parle. Prête, sans me troubler, l'oreille à mes discours, D'aucun mot, d'aucun cri n'en interromps le cours, Corneille, Cinna, v, 1. Mais je demande au moins que, pour grâce dernière, Jusqu'à la fin, seigneur, vous m'entendiez parler, Et que surtout Aman n'ose point me troubler, Racine, Esth. III, 4.

  • 8Faire perdre la présence d'esprit, la mémoire. Ne faites pas tant de bruit, vous me troublez. Trop de sévérité de la part d'un juge peut troubler un accusé. Dans les audiences vulgaires, l'un, toujours précipité, vous trouble l'esprit, l'autre vous ferme le c?ur, Bossuet, le Tellier. Ton auguste présence Troublant par trop d'éclat sa timide éloquence, Boileau, Lutr. VI.
  • 9Interrompre, empêcher. Troubler un entretien. Carthage étant détruite, Antiochus défait, Rien de nos volontés ne peut troubler l'effet, Corneille, Nicom. III, 2. Rien ne manquait au festin?; Mais quelqu'un troubla la fête, Pendant qu'ils étaient en train, La Fontaine, Fabl. I, 9. Sans que personne ait troublé ce consentement si universel et si paisible, durant sept ou huit siècles, Pascal, Prov. XVII. Une perte de sang très opiniâtre et très désobligeante, dont ses prospérités [de Mme de Fontanges] sont troublées, Sévigné, 26 avr. 1680. Cessez, princes, de troubler par vos prétentions le projet de ce mariage?; que l'amour, qui semble aussi le vouloir troubler, cède lui-même, Bossuet, Mar.-Thér. Au plus haut point de sa gloire, sa joie [de Mazarin] est troublée par la triste apparition de la mort, Bossuet, le Tellier. Quel chagrin, lui dit-il, trouble votre sommeil?? Boileau, Lutr. IV. Un effroyable cri, sorti du fond des flots, Des airs en ce moment a troublé le repos, Racine, Phèdre, v, 6. Et nous, dont cette femme impie et meurtrière A souillé les regards et troublé la prière, Racine, Ath. II, 8. Après avoir si longtemps troublé le repos du monde entier, ne sauriez-vous me laisser le mien?? Fénelon, Dial. des morts mod. (Charles-Quint, un jeune moine). Croyez-moi, monsieur, ne troublons point le repos des morts, Lamotte, Matr. d'Eph. sc. 8. Un vieillard qui succombe au poids de ses années, Peut-il troubler ici vos belles destinées?? Lamotte, Zaïre, III, 6. Il [le pic] n'a que des cris sauvages, dont l'accent plaintif, en troublant le silence des bois, semble exprimer ses efforts et sa peine, Buffon, Ois. t. XIII, p. 3.
  • 10Inquiéter. N'est-ce pas leur rendre service à elles-mêmes que de les troubler dans leurs prétentions?? Picard, Filles à marier, II, 1.

    Troubler la retraite d'un corps de troupe, l'attaquer quand il se retire et rendre sa retraite difficile et périlleuse. Un défilé qu'il devait passer était occupé par des bataillons retranchés qui offraient de ne pas troubler sa retraite, s'il consentait à relâcher les prisonniers qu'il avait faits, Raynal, Hist. phil. x, 10.

    En jurisprudence, inquiéter une personne dans la possession d'un bien. Il a été troublé dans la possession de ce domaine.

  • 11En parlant des liquides, rendre trouble. Troubler l'eau. Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?? La Fontaine, Fabl. I, 10.

    Fig. Troubler l'eau, causer de la division, brouiller les affaires, exciter de la mésintelligence.

    Fig. On dirait qu'il ne sait pas troubler l'eau, se dit d'une personne qui paraît simple, mais qui ne l'est pas. Voyez-vous bien ce petit prestolet-là [l'abbé de Bissy] qui ne semble pas savoir l'eau troubler?? c'est une ambition effrénée, Saint-Simon, 99, 58.

    Altérer la transparence. Troubler l'air. Sortez, ombres, sortez de la nuit éternelle?; Voyez le jour pour le troubler, Quinault, Thés. III, 7.

  • 12 V. n. Exciter des troubles, se soulever (emploi qui a vieilli). De passion pour moi deux sultanes troublèrent?; Deux autres, pour me voir, du sérail s'échappèrent, Corneille, l'Illus. com. II, 2.
  • 13Se troubler, v. réfl. Éprouver une grande agitation de l'âme, de l'esprit. Le coquin, tout ivre qu'il était, reconnut bientôt son maître, et se troubla si fort en le voyant, que Destin ne douta plus de la trahison qu'il lui avait faite, Scarron, Rom. com. II, 13. Anne regarde, sans se troubler, toutes les approches de la mort, Bossuet, Mar.-Thér. Je t'aimais?; et je sens que, malgré ton offense, Mes entrailles pour toi se troublent par avance, Bossuet, Phèdre, IV, 3. Et de quel soin, seigneur, vous allez-vous troubler?? Bossuet, Bérén. III, 4.

    Fig. À ces cris, Jérusalem redoubla ses pleurs, les voûtes du temple s'ébranlèrent, le Jourdain se troubla, Fléchier, Turenne.

  • 14Cesser d'être résolu, ferme. À son approche Balas se troubla?: son beau-père Philométor se déclara contre lui, Bossuet, Hist. I, 10. De l'heureux Bajazet les gardes se troublèrent, Racine, Bajaz. I, 1.
  • 15Éprouver une émotion, un trouble qui fait qu'on s'embarrasse, qu'on ne sait plus que dire, que répondre. Tu te troubles??? je vois qu'on m'a dit vrai?: tu es un fripon?! Lesage, Crispin rival, 14. Je me troublai, lorsqu'il fallut le réciter, au point de n'en pouvoir dire un seul mot, Rousseau, Conf. VIII.

    On dit dans un sens analogue?: Sa mémoire se trouble.

  • 16Devenir trouble. Cette chute donna aux eaux une agitation extrême?; elles se troublèrent de fond en comble, Saussure, Voy. Alpes, t. II, p. 40, dans POUGENS. Comme une eau pure et calme commence à se troubler aux approches de l'orage, Rousseau, Hél. II, 15.

    Perdre sa transparence. Le temps commence à se troubler.

  • 17Ma vue se trouble, mes yeux se troublent, ma vue s'obscurcit. À ce mot de témérité, Idoménée changea de visage, ses yeux se troublèrent?: il rougit?; et peu s'en fallut qu'il n'interrompît Mentor pour lui témoigner son ressentiment, Fénelon, Tél. XI.

    Fig. Son esprit se trouble, ses idées se confondent, il éprouve une sorte d'égarement.


HISTORIQUE

XIe s. Tant a saigné, li oil [les yeux] l sunt trublet, Ch. de Rol. CXLVII.

XIIe s. Li nostre Deus refuge e vertu, ajuere [aide] es tribulations chi truverent nus mult, Liber psalm. p. 61. Moult fu granz la parole, et troblée la corz [cour], Sax. XXVII. Ne puet en lui diables de nulle part entrer?; Fait l'out de grant richesce e del païs jeter?; Par sa char le voleit e par son sanc trubler, Th. le mart. 64. Mis peres ad la terre trublée e la victorie desturbée, Rois, 49. Une gent se cumbaterad encuntre altre, kar Deu les trublerad tuz, en tute anguisse, ib. 301.

XIIIe s. Et prendoit [Richard] proies es paysans, et tourbloit si le pays, qu'on n'i semoit ne ahanoit [labourait] nient, Chr. de Rains, p. 73.

XIVe s. Adonques il contendent avecques eulz, et est l'amisté turblée, Oresme, Éth. 258. Et quant li temps de parturir ou d'enfanter approucha, elle [Eve] se commença à tourbler, Du Cange, parturitio.

XVe s. M'a telement tourblet [desservi] devers le roy, Froissart, I, 6, édit. LUCE. La royne Jehanne acouça d'une fille?; de quoi li plus del royaume en furent durement tourblé et courouciet, Froissart, I, 42.

XVIe s. Le ciel, les elemens alors tous se troublerent, De ce grand univers les fondemens tremblerent, Desportes, ?uvres chrestiennes, Sonnets, 16. Le consul ne se troubla point autrement de ceste nouvelle, Amyot, Publ. 27. Leur ayant le mal troublé le sens, ilz se mutinerent contre luy, Amyot, Péric. 66. De peur que nous ne troublissions toutes choses par nostre folie et temerité, Calvin, Instit. 567. L'ame troublée de plusieurs diverses alarmes, Montaigne, I, 96. Aulcuns tiennent que cela trouble la cervelle tendre des enfants de?, Montaigne, I, 195. Les yeulx me troublent à monter vers une grande lumiere, Montaigne, I, 224. Il se troubla du cerveau comme font touts les hommes qui?, Montaigne, II, 278. Les peuples, tous esmeus commençoient à troubler, D'Aubigné, les Trag. IV.

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Wiktionnaire


Verbe - français

troubler \t?u.ble\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se troubler)

  1. Rendre trouble.
    • Les pluies ont troublé la rivière.
    • Si vous remuez ce vin, vous le troublerez.
    • Troubler l'eau.
    • Ce vin est sujet à se troubler.
  2. Perdre de sa netteté, de sa clarté.
    • Le soleil pâlit au milieu de son cours, et l'azur du ciel, traversé de bandes verdâtres, semble se décomposer dans une lumière louche et troublée. (François-René de Chateaubriand, Les Martyrs, livre dix-neuvième, volume 2, éd. Le Normant, 1809, p. 239)
  3. Causer une agitation désordonnée.
    • La tempête trouble l'atmosphère.
  4. (En particulier) Perturber une fonction physiologique.
    • Les rêves affreux qui troublent son sommeil.
    • Cela trouble la digestion, les fonctions digestives.
  5. (Figuré) Perturber les sens, la raison et les facultés de l'âme.
    • Troubler le jugement, l'esprit, la mémoire.
    • La peur lui trouble la raison.
    • Le vin lui avait troublé la tête, la cervelle.
  6. (En particulier) Émouvoir.
    • Quant aux « désespoir du peintre », la finesse des petites taches rouges sur le blanc des pétales m'attirait sans que jamais j'aie pu savoir pourquoi leur irréalité me troublait autant. (Jeannine Burny, Le jour s'en va toujours trop tôt: sur les pas de Maurice Carême, page 13, éditions Racine, 2007)
  7. (En particulier) S'égarer, en parlant de l'esprit.
    • Son esprit se trouble, ses idées se confondent, et il éprouve une sorte d'égarement.
  8. Ôter sa présence d'esprit à quelqu'un.
    • Ne faites pas tant de bruit, vous me troublez.
    • Trop de sévérité de la part du juge peut troubler un prévenu, un accusé.
  9. Inquiéter une personne dans la possession, dans la jouissance de quelque bien.
    • Il a été troublé dans la possession de cette terre, dans la jouissance de sa propriété.
  10. Interrompre d'une manière désagréable.
    • Et puis le silence , ce grand silence qui plane au-dessus des solitudes islandaises , et que trouble seul le sifflement du vent ou le cri des pluviers dorés. (Jules Leclercq, La Terre de glace, Féroë, Islande, les geysers, le mont Hékla, Paris : E. Plon & Cie, 1883, page 81)
    • Invisible et sans rien troubler de ma présence, comme un Zeus vêtu d'air aux âges d'innocence, que ne puis-je « inspecter » le grand travail des champs ! (Paul Fort, Le livre des visions : Vivre en Dieu, éd. 1941, p.23)
    • On peut même couper avec des ciseaux les deux antennes d'un Zygène sans troubler son repas, bien qu'une goutte de sang jaune vienne perler sur la surface de section. (Paul Portier, La biologie des lépidoptères, Editions P. Lechevalier, 1949, note 1 page 445)
    • Il troubla leur tête-à-tête. ? Un accident troubla la fête.
  11. Apporter du trouble, du désordre ; causer de la mésintelligence ; perturber.
    • Ernestine passa trois années chez son maître, sans que rien troublât la paisible uniformité de sa vie. (Marie-Jeanne Riccoboni, Histoire d'Ernestine, 1762, édition ?uvres complètes de Mme Riccoboni, tome I, Foucault, 1818)
    • L'administration romaine était extrêmement dure pour tout homme qui lui semblait susceptible de troubler la tranquillité publique. (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.VI, La moralité de la violence, 1908, p.260)
    • De Bilma, par câble, nous apprenons que la situation se trouble là-bas. Les Toubbou menacent nos positions du Tibesti. (Louis Alibert, Méhariste, 1917-1918, Éditions Delmas, 1944, page 20)
  12. (Pronominal) Éprouver une émotion, un trouble qui fait qu'on s'embarrasse, qu'on ne sait plus que dire, que faire.
    • Non, François ne se troublait pas. Cette jouvencelle aux yeux de paille mûre, cette blondeur capiteuse de la chevelure, cet arôme violent d'un corps en plein épanouissement, le remarquait-il ? (Jean Rogissart, Hurtebise aux griottes, L'Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1954, p. 33)
    • L'orateur s'est troublé au milieu de son discours et n'a pu continuer.
    • L'accusé s'est troublé dans son interrogatoire.
    • Il s'est troublé et n'a pu répondre.
  13. (Pronominal) Perdre de sa netteté, de sa précision, en parlant d'un sens ou de la mémoire
    • Sa mémoire se trouble.
    • Mes yeux se troublent.
    • L'ouïe se trouble lorsqu'on injecte de l'air dans l'oreille.
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Trésor de la Langue Française informatisé


TROUBLER, verbe trans.

I. ? [Le compl. désigne un milieu physique]
A. ? [Le compl. désigne un liquide]
1. Rendre trouble, altérer la limpidité, la transparence. Troubler l'eau d'un étang; troubler une solution. Lorsque la solution devient trop alcaline (...) il se produit une boue d'un jaune verdâtre qui trouble le bain [de nickelage] (Fontaine, Électrolyse, 1885, p. 63).À cette faculté de changer constamment de couleur (...) le poulpe joint celle de pouvoir troubler l'eau autour de lui lorsqu'il est attaqué par un ennemi (Coupin, Animaux de nos pays, 1909, p. 429).Empl. pronom. Ce vin est sujet à se troubler (Ac.1935).Quoiqu'elles [les eaux de l'océan] paraissent limpides sur ses rivages, elles se troublent, dans les grandes tempêtes (Bern. de St-P., Harm. nat., 1814, p. 232).Tous [les ballons] sont placés côte à côte dans un lieu où l'air est calme. Après un ou deux jours, les ballons non bouillis se troublent, mais les ballons bouillis restent limpides (J. Rostand, Genèse vie, 1943, p. 112).
2. Agiter, créer un mouvement qui perturbe. Un bassin immense!... Et quelle eau!... Une eau noire, dormante, si parfaitement plane que nulle ride, nulle bulle d'air, n'en troublait la surface (Bachelard, Poét. espace, 1957, p. 39).
B. ? [Le compl. désigne un corps transparent] Altérer la transparence par des salissures. Il cessa également de l'emmener au théâtre (...) ses sauts sur la banquette (...) sa manière de troubler la lorgnette en la tripotant (...) l'horripilèrent (Huysmans, S?urs Vatard, 1879, p. 216).Empl. pronom., littér. L'orchestre est las, les valses meurent, Les flambeaux pâles ont décru, Les miroirs se troublent et pleurent; Les ténèbres seules demeurent, Tous les couples ont disparu (Sully Prudh., Solitudes, 1869, p. 16).
C. ? [Le compl. désigne l'?il] Modifier la couleur, l'éclat. Il hésita une seconde, ses lèvres s'agitaient, une lueur jaune troublait ses yeux. ? Et, je veux que tu me dises, qu'est-ce qu'il t'a fait? (Zola, Bête hum., 1890, p. 20).Son reflet [d'un buvard de cuir], frappant le visage d'Alice, troublait le gris verdissant de ses yeux (Colette, Duo, 1934, p. 8).Empl. pronom. Elle ne montrait son inquiétude que par (...) ses yeux ridés qui se troublaient, quand elle avait fini de lui sourire (R. Bazin, Blé, 1907, p. 50).
D. ? [Le compl. désigne un élément naturel, climatique]
1. Altérer la clarté, la luminosité. Troubler l'atmosphère. Le jour tombait peu à peu. Le crépuscule déjà troublait les lointains (Giono, Chant monde, 1934, p. 205).Empl. pronom., vieilli. Devenir gris, nuageux. Le temps, le ciel se trouble. (Dict. xixeet xxes.).
2. Agiter, créer du mouvement. Quelques souffles espacés de vent troublaient seuls l'atmosphère. Ils gagnaient d'arbre en arbre en secouant les feuilles (Pesquidoux, Chez nous, 1923, p. 108).
E. ? [Le compl. désigne une couleur] La modifier, la rendre moins nette. [Le blanc d'argent] se plie mal à certains mélanges et trouble certaines couleurs (Moreau-Vauthier, Peint., 1913, p. 185).
II. ? [Corresp. à trouble2II] Apporter le trouble.
A. ? [Le compl. désigne un milieu ou un état social]
1. Susciter des troubles, de l'agitation; altérer l'ordre, dans un groupe organisé. Troubler un État, l'Europe. J'ai été précipité (...) du haut de ma petite fortune. Les événements financiers qui troublent la place de Paris et la mèneront on ne sait où m'ont contraint de m'arrêter (Balzac, Corresp., 1828, p. 336).Cette guerre religieuse troublait et divisait le pays en faisant renaître le délit d'opinion et en créant une catégorie de suspects (Bainville, Hist. fr., t. 2, 1924, p. 249).Part. passé en empl. adj. Qui est marqué par des troubles. Un gouvernement provisoire fait procéder à l'élection au suffrage universel d'une Assemblée Constituante qui, au milieu d'une période troublée (crise des ateliers nationaux, journées de juin) élabore la Constitution du 4 novembre 1848 (Vedel, Dr. constit., 1949, p. 80).
? En partic. Perturber les rapports qui existent entre les membres d'une même famille. Troubler (la paix d')un ménage. Si l'on me donne injustement le tort d'avoir brouillé un jeune ménage, de troubler l'union d'une famille, et de prendre à la fois le père et le gendre, je mériterai ma réputation en les tracassant à ma façon! (Balzac, Cous. Bette, 1847, p. 242).
2. Perturber, compromettre l'état stable, ordonné, d'un groupe social. Troubler l'ordre établi, public, social; troubler la paix sociale, la paix du monde. Le nombre des mendiants augmentait de semaine en semaine (...). Le commissaire de police vint demander poliment s'il n'était pas possible de faire cesser, sur la voie publique, ces rassemblements qui troublaient l'ordre du quartier (Druon, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 215).
3. Déranger, interrompre le déroulement normal d'une activité sociale. Troubler un entretien, une conversation, une assemblée, une conférence, une fête, une représentation théâtrale, des festivités. Aucune circulation profane ou mercantile ne devant troubler les cérémonies religieuses, la ville restait interdite, durant ces heures pieuses, aux diligences, aux voitures maraîchères (Adam, Enf. Aust., 1902, p. 326).Le maire (...) réussit à dire: ? Nous n'avancerons à rien, si vous troublez la réunion par des discussions locales (Hamp, Champagne, 1909, p. 127).
B. ? [Le compl. désigne un état ambiant]
1. Altérer le calme, l'équilibre, l'harmonie. Troubler la sérénité, la majesté d'un lieu; troubler l'ordre de la nature. De pimpantes villas, entre leurs haies taillées (...) témoignent que rien encore n'est venu troubler la quiétude de ce coin encore immunisé, au centre de l'Europe en feu (Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p. 707).Ses yeux s'ouvrirent enfin sur les espaces de la nuit. Aucun souffle, aucun bruit, sinon, parfois, le crépitement étouffé des pierres que le froid réduisait en sable, ne venait troubler la solitude et le silence qui entouraient Janine (Camus, Exil et Roy., 1957, p. 1572).
2. Faire cesser un état stable. Les plus beaux jours d'été sont parfois brusquement troublés par un effroyable orage (Maupass., Dr H. Gloss, 1893, p. 136).Écoutant malgré elle le son de ses pas qui troublait le silence des rues désertes, Florentine fuyait sa terreur (Roy, Bonheur occas., 1945, p. 321).
III. ? [Le compl. désigne une pers., ses facultés]
A. ? [Sur le plan physiol.]
1. Déranger une fonction, perturber le fonctionnement normal d'un organe. Écrit une longue note médicale: comment, la tête et la matrice activant les nerfs, ceux-ci troublent la digestion (Michelet, Journal, 1849, p. 3).Tout de suite, Boutan s'occupa de l'enfant, qui allait beaucoup mieux des jambes; mais l'estomac restait troublé, la moindre infraction au régime amenait des complications fâcheuses (Zola, Fécondité, 1899, p. 290).
? [Le compl. désigne la vue] Perturber, diminuer l'acuité. Bien des fois mon pied faillit glisser, le vertige troublait ma vue, et j'allais être précipité malgré ma sourde résistance (Sainte-Beuve, Volupté, t. 1, 1834, p. 174).La fatigue d'une nuit d'insomnie, me troublait le regard (Camus, Étranger, 1942, p. 1134).Empl. pronom. Synon. se brouiller.Elle ne déjeuna pas: la migraine la faisait trop souffrir (...). Sa vue se troublait; les objets s'éloignaient d'elle; il lui semblait glisser vers un trou (Arland, Ordre, 1929, p. 312).
2. Déranger, perturber le fonctionnement normal des facultés mentales. Troubler la cervelle, la tête; troubler l'attention, la mémoire, la pensée, le jugement. Je lui offris du champagne, et j'en bus, ce qui me troubla les idées (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Divorce, 1888, p. 1100).Le fait de l'avoir trouvée, elle, chez cet homme de mon sang qui me haïssait, suffisait à troubler ma raison (Bosco, Mas Théot., 1945, p. 94).Empl. pronom. Ce devoir qui s'accomplissait si cruellement était donc arbitraire. (...) Ma raison se troublait et s'égarait devant une pareille situation (Lamart., Nouv. Confid., 1851, p. 219).Elle perdait la mémoire, brouillait les époques (...). Son esprit se troublait (A. France, Pt Pierre, 1918, p. 192).
? [Le compl. désigne le sommeil] Perturber, interrompre. Cauchemar qui trouble le sommeil. Quelques jours plus tard, comme je dormais, ma mère vint m'appeler au milieu de la nuit. (...) ? Pardonne-moi de venir troubler ton sommeil, me dit-elle (Proust, Guermantes 2, 1921, p. 335).Je me sens responsable, un peu, de l'argent que vous avez perdu (...). Je ne sais pas si c'est ça qu'on appelle des remords, mais ça commence à me troubler le sommeil (Gide, Faux-monn., 1925, p. 963).
B. ? [Sur le plan intellectuel, moral ou affectif]
1. Rendre perplexe, embarrasser. Synon. inquiéter.Ce détail, cette affaire, cette histoire, cette remarque me trouble. L'abbé ne répondit pas tout de suite. La question était de celles qui pouvaient le troubler. Ne se l'était-il pas, malgré lui, posée bien des fois à lui-même? Lui non plus n'imaginait pas facilement le Christ mêlé à la conduite de cette affaire-là [la guerre] (Romains, Hommes bonne vol., 1938, p. 266).Empl. pronom. Les finesses de l'Astrée en arrivent à de singulières perversions du sens moral, et personne sans doute ne se troublait de voir l'amoureux sympathique, pour obtenir celle qu'il aime, livrer en pâture sa jeune s?ur à un vieillard libidineux (Brasillach, Corneille, 1938, p. 123).
2.
a) Faire naître un état émotif qui altère, perturbe le calme intérieur d'une personne. Regard, lettre, spectacle, souvenir qui trouble; troubler l'âme, le c?ur. Je ne veux noter ici que l'émotion de retrouver vivant ce livre de Barbusse [L'Enfer] que je croyais mort, et qui, adolescent, m'avait troublé et même bouleversé (Mauriac, Nouv. Bloc-Notes, 1958, p. 77):
La première fois que j'entendis cette cantate [32 de Bach], vers 1926, elle me troubla si profondément que j'entrevis la nécessité de changer ma vie entière, mais il fallait que je reste dans le monde. Impossible de dire le rôle que Bach aura joué dans ma vie; c'est lui surtout qui m'a réconcilié à l'idée de mourir. Green, Journal, 1953, p. 204.
? Empl. pronom. [Le Père Eudes] a le droit et le devoir de lui parler comme à une chrétienne qui va mourir. Elle n'est pas femme à se troubler pour si peu (Bremond, Hist. sent. relig., t. 3, 1921, p. 597).
? En partic.
? Faire naître une émotion amoureuse, un désir charnel. Synon. séduire.Troubler le c?ur, les sens. Ta mère... comme elle était belle! (...) La nudité de son cou, de ses bras et de ses mains me troublait (Mauriac, N?ud vip., 1932, p. 42).Absol. Il sortait de la beauté de cette femme quelque chose d'attractif qui faisait venir à elle; (...) toute sa personne troublait; de suite on se sentait disposé à l'adorer (Flaub., 1reÉduc. sent., 1845, p. 101).
? Troubler la conscience de qqn. Y faire naître des inquiétudes morales ou religieuses. Qui de nous peut se croire sans tache? (...) - Si vous avez... dans votre passé... de ces... ces fautes qui troublent notre conscience... ne semblent pas... mériter de pardon (...) le pouvoir m'est donné de vous en absoudre (Bernanos, M. Ouine, 1943, p. 1520).Part. passé en empl. adj. Le Père Nicolle, à peine paru, il n'en avait pas fallu davantage pour qu'il enlevât tout un troupeau de consciences troublées, ou seulement capricieuses, peut-être zélées, à des guides peu soucieux qu'on les supplantât (Toulet, J. fille verte, 1918, p. 81).
b) Faire naître en quelqu'un un état émotif, violent qui lui fait perdre ses moyens, son assurance. Synon. démonter, désarçonner, impressionner, intimider.Ce matin-là, tout semblait fait pour le troubler et lui faire perdre la maîtrise de son langage. (...) son désir de liquider l'affaire à tout prix et au plus vite (...) lui faisait trembler les doigts (Duhamel, Passion J. Pasquier, 1945, p. 168).On l'avait confronté avec ledit Thévenin seulement pour l'éprouver, vérifier qu'on pouvait le troubler, l'embarrasser, qu'il perdait tout sang-froid (Guéhenno, Jean-Jacques, 1952, p. 260).Empl. pronom. Se troubler facilement. L'orateur lui-même se troubla, commit un lapsus, se reprit, et son intonation hésita, se désunit (Arnoux, Algorithme, 1948, p. 49).
3. Perturber, interrompre le déroulement harmonieux d'un état psychique. Troubler la sérénité, la rêverie, le bonheur de qqn; troubler la paix de l'âme, de la conscience. Nous ne pouvons cependant tolérer ces folies, dit Madame Gérard. Tu affectes envers nous une conduite inouïe. Tu veux nous inquiéter à plaisir, troubler notre tranquillité. Tu n'es sensible à aucune de nos bontés pour toi (Duranty, Malh. H. Gérard, 1860, p. 175).Le jeune homme que je savais qu'elle aimait (...) la trompe (...) et vit avec une autre femme... ? Pourquoi ne m'as-tu pas parlé plus tôt? ? lui ai-je demandé. ? Je craignais de troubler ta joie (Gide, École femmes, 1929, p. 1271).
4. Déranger quelqu'un dans ses occupations, interrompre le cours de ses activités. Synon. gêner, incommoder, perturber.Je comprends ton sentiment, Laurent; mais il ne faut jamais venir ici me troubler dans mon travail, sauf, bien entendu, pour la lettre du Havre (Duhamel, Notaire Havre, 1933, p. 141).Le murmure d'une conversation dans la pièce voisine finit par le troubler et il releva la tête avec impatience. Peut-être en se bouchant les oreilles retrouverait-il le silence (Green, Moïra, 1950, p. 52).
C. ? DR. CIVIL. Inquiéter une personne dans l'exercice d'un droit. Il a été troublé dans la possession de cette terre, dans la jouissance de sa propriété (Ac. 1835-1935). Si, au contraire, le locataire ou le fermier ont été troublés dans leur jouissance par suite d'une action concernant la propriété du fonds, ils ont droit à une diminution proportionnée sur le prix du bail à loyer ou à ferme, pourvu que le trouble et l'empêchement aient été dénoncés au propriétaire (Code civil, 1804, art. 1726, p. 315).
Prononc. et Orth.: [t?uble], (il) trouble [t?ubl?]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1100 « rendre trouble (en parlant des yeux) » (Roland, éd. J. Bédier, 1991); 1119 « obscurcir le ciel » (Philippe de Thaon, Comput, 1896 ds T.-L.); ca 1180 « altérer la clarté, la transparence de l'eau » (Marie de France, Fables, éd. K. Warnke, 2, 11); 2. ca 1155 « faire de l'opposition en provoquant de l'agitation » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 2335); 1160-74 trobler la paiz (Id., Rou, éd. A. J. Holden, III, 5099); 1230 « causer des brouilles dans une famille, un groupe » (Gaidon, 299 ds T.-L.); 1866 troubler l'ordre (public) (Veuillot, Odeurs de Paris, p. 179); 3. xiiies. troubler la joie (de qqn) (Isopet de Lyon, 3426 ds T.- L.); 1671 troubler le sommeil (Boileau, Lutrin, IV ds LittrÉ); 4. 1160-74 « interrompre ou gêner le cours normal de quelque chose » (Wace, Rou, III, 7309); 1641 « interrompre une personne qui parle » (Corneille, Cinna, V, 1); 5. 1409 « inquiéter une personne dans l'exercice d'un droit » (Grands jours de Troyes, A. N. X1a, 9187-88, fo159 vods Gdf. Compl.). B. 1. 1174-76 « priver de lucidité, rendre confus l'esprit, le jugement » (Guernes de Pont-Sainte-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 2632); 2. 1530 « déranger quelqu'un, le distraire de ses activités » (Palsgr., p. 763); 3. 1549 « faire perdre son assurance à quelqu'un » (Est.); 4. 1667 « mettre dans le trouble en suscitant une émotion amoureuse » (Racine, Andromaque, I, 1); 1852 troubler les sens (Gautier, Émaux, p. 34); 5. 1668 « rendre perplexe » (Molière, Tartuffe, V, 1). C. Verbe pronom. 1. ca 1220 « devenir trouble (en parlant de l'eau) » (Lai Ombre, 898 ds T.-L.); 2. xives. « éprouver un trouble, une émotion » (La pénitence d'Adam, Ms. cap. 10 ds Du Cange, s.v. parturitio); 1669 « être décontenancé, perdre son sang-froid » (Racine, Britannicus, II, 3). Mot issu après métathèse du r, du lat. pop. turbulare « troubler », dér. de *turbulus « trouble, troublé » (v. trouble1). Fréq. abs. littér.: 3 613. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 5 720, b) 5 445; xxes.: a) 5 725, b) 4 122.
DÉR.
Troubleur, subst. masc.Celui qui trouble, perturbe, dérange. Synon. perturbateur.Le Sergent: Cet homme m'est suspect. Amis, emmenez-le. Jacquemin: Que l'on m'emmène! et où cela? Le Sergent: Où l'on mène les coureurs de nuit et les troubleurs de sommeil (Dumas père, Tour St-Jacques, 1856, II, 3etabl., 15, p. 245).? [t?ubl?:?]. ? 1resattest. 1261 trobleurs de la paix « qui fomentent des désordres civils » (Serment des bourg. et de l'Univers. de Paris, doc. histor., II, 68 ds Gdf. Compl.), 1671 « importun » (Pomey); de troubler, suff. -eur2*.
BBG. ? Schuchardt (H.). Rom. Etymologien. II. Sitzungsberichte der Philosophisch-Historischen Classe der Kaiserlichen Akademie der Wissenschaften. 1899, n. 3, p. 177, 181. - Thomas (A.). Nouv. Essai 1904, p. 338.

TROUBLER, verbe trans.
Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1100 « rendre trouble (en parlant des yeux) » (Roland, éd. J. Bédier, 1991); 1119 « obscurcir le ciel » (Philippe de Thaon, Comput, 1896 ds T.-L.); ca 1180 « altérer la clarté, la transparence de l'eau » (Marie de France, Fables, éd. K. Warnke, 2, 11); 2. ca 1155 « faire de l'opposition en provoquant de l'agitation » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 2335); 1160-74 trobler la paiz (Id., Rou, éd. A. J. Holden, III, 5099); 1230 « causer des brouilles dans une famille, un groupe » (Gaidon, 299 ds T.-L.); 1866 troubler l'ordre (public) (Veuillot, Odeurs de Paris, p. 179); 3. xiiies. troubler la joie (de qqn) (Isopet de Lyon, 3426 ds T.- L.); 1671 troubler le sommeil (Boileau, Lutrin, IV ds LittrÉ); 4. 1160-74 « interrompre ou gêner le cours normal de quelque chose » (Wace, Rou, III, 7309); 1641 « interrompre une personne qui parle » (Corneille, Cinna, V, 1); 5. 1409 « inquiéter une personne dans l'exercice d'un droit » (Grands jours de Troyes, A. N. X1a, 9187-88, fo159 vods Gdf. Compl.). B. 1. 1174-76 « priver de lucidité, rendre confus l'esprit, le jugement » (Guernes de Pont-Sainte-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 2632); 2. 1530 « déranger quelqu'un, le distraire de ses activités » (Palsgr., p. 763); 3. 1549 « faire perdre son assurance à quelqu'un » (Est.); 4. 1667 « mettre dans le trouble en suscitant une émotion amoureuse » (Racine, Andromaque, I, 1); 1852 troubler les sens (Gautier, Émaux, p. 34); 5. 1668 « rendre perplexe » (Molière, Tartuffe, V, 1). C. Verbe pronom. 1. ca 1220 « devenir trouble (en parlant de l'eau) » (Lai Ombre, 898 ds T.-L.); 2. xives. « éprouver un trouble, une émotion » (La pénitence d'Adam, Ms. cap. 10 ds Du Cange, s.v. parturitio); 1669 « être décontenancé, perdre son sang-froid » (Racine, Britannicus, II, 3). Mot issu après métathèse du r, du lat. pop. turbulare « troubler », dér. de *turbulus « trouble, troublé » (v. trouble1).

Troubler au Scrabble


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troubler

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troubler

Les mots proches de Troubler

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Les citations avec le mot Troubler


  1. Sache souffrir. Mais ne dis rien qui puisse troubler la souffrance des autres.

    Auteur : Léon-Paul Fargue - Source : Poèmes


  2. Il ne faut pas troubler le repos des morts.

    Auteur : Proverbes français - Source : Proverbe


  3. J'ai passé l'âge de rougir, pas celui de me troubler, tant mieux. Le genou de Narcisse me donne toujours la chair de poule.

    Auteur : Jean-Louis Bory - Source : Ma moitié d'orange (1973)


  4. Le patriotisme dans les âmes vulgaires, je ne dis pas dans les grandes âmes, n'est guère que le sentiment de son bien-être, et la crainte de le voir troubler.

    Auteur : Jean le Rond d'Alembert - Source : Apologie de l'étude


  5. L'art est fait pour troubler, la Science rassure.

    Auteur : Georges Braque - Source : Le Jour et la Nuit (1988)


  6. La langue française, d'ailleurs, est une eau pure que les écrivains maniérés n'ont jamais pu et ne pourront jamais troubler. Chaque siècle a jeté dans ce courant limpide, ses modes, ses archaïsmes prétentieux et ses préciosités, sans que rien surnage de ces tentatives inutiles, de ces efforts impuissants. La nature de cette langue est d'être claire, logique et nerveuse. Elle ne se laisse pas affaiblir, obscurcir ou corrompre.

    Auteur : Guy de Maupassant - Source : Préface de Pierre et Jean, La Guillette, Etretat, septembre 1887


  7. Le meilleur mariage expose a des hasards,
    Et comme une eau pure et calme commence à se troubler aux approches de l'orage.


    Auteur : Jean-Jacques Rousseau - Source : Julie, ou la Nouvelle Héloïse (1761)


  8. Qu'est-ce que la sagesse ? une égalité d'âme
    Que rien ne peut troubler, qu'aucun désir n'enflamme.


    Auteur : Nicolas Boileau-Despréaux - Source : Satires (1660-1711), VIII


  9. Elle était saisie d'une sorte d'horreur à la seule pensée de mettre sa chère solitude et ses pensées intimes à la disposition d'un jeune homme, que le titre de mari autoriserait à troubler toute cette vie intérieure.

    Auteur : Henri Beyle, dit Stendhal - Source : La Chartreuse de Parme (1839)


  10. La mémoire a donc bien ses degrés successifs et distincts de tension ou de vitalité, malaisés à définir, sans doute, mais que le peintre de l'âme ne peut pas troubler entre eux impunément.

    Auteur : Henri Bergson - Source : Matière et mémoire (1896)


  11. Il en est de l'amitié comme de la pureté; la moindre flétrissure suffit à en troubler la transparence.

    Auteur : Francesco Alberoni - Source : L'amitié (1984)


  12. Tu m'aimais tout bas, sans effusion, comme on murmure pour ne pas troubler l'ordre des choses. Tu m'aimais tout bas, sans le dire, sans éprouver le besoin d'élever la voix.

    Auteur : Eric Fottorino - Source : L'Homme qui m'aimait tout bas (2009)


  13. C'est chose tendre que la vie et aisée à troubler.

    Auteur : Michel de Montaigne - Source : Essais, III, 9


  14. Hector, dit le tavernier, n'as-tu point honte et vergogne de venir ainsi troubler mon réfectoire? Je vais te donner du bâton.

    Auteur : Raymond Queneau - Source : Les Fleurs bleues (1965)


  15. Je crois qu’une diversité de professeurs est nuisible et ne peut que troubler un jeune esprit, tout comme je crois qu’il vaut mieux connaître un livre à fond qu’une centaine de façon superficielle. Je sais que le monde moderne a tendance à me donner tort, mais après tout Platon n’a eu qu’un seul professeur, de même qu’Alexandre.

    Auteur : Donna Tartt - Source : Le Maître des illusions (1991)


  16. Nous avons été semer la guerre et la discorde chez ces nations lointaines, et troubler leur repos séculaire. C'est à leur tour maintenant de troubler le nôtre.

    Auteur : Gustave Le Bon - Source : L'Homme et les sociétés - Leurs origines et leur histoire (1881)


  17. Le meilleur moyen de troubler une amitié masculine forte est d'introduire une variable féminine.

    Auteur : Alexandre Grondeau - Source : Génération H (2013)


  18. Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience.

    Auteur : René Char - Source : Fureur et Mystère (1948)


  19. L'eau, liquide si impur, qu'une seule goutte suffit pour troubler l'absinthe.

    Auteur : Alfred Jarry - Source : Sans référence


  20. L'amour est un état de grâce qu'aucun événement, petit ou grand, ne peut troubler.

    Auteur : Dominique Rolin - Source : Journal amoureux (2000)


  21. Pour mettre fin aux joies du monde, il suflit de quelques gouttes de pluie qui tombent, d'une heure qui sonne; mais rien ne saurait troubler le bonheur du sage; ni les flots de l'infortune, ni l'approche de la dernière heure qui va sonner pour lui.

    Auteur : Félix Guillaume Marie Bogaerts - Source : Pensées et Maximes


  22. Les soucis d'un amour maternel poussé jusqu'à la passion assombrirent son caractère et troublèrent sa santé naturellemnt bonne.

    Auteur : Anatole France - Source : Le Petit Pierre (1918)


  23. La règle, me semble-t-il, est simple : l'art a fonction de troubler.

    Auteur : Louis Calaferte - Source : Miroir de Janus (1980-1981), Carnets V (1993)


  24. Avec une fête de charité ou avec toute autre cérémonie, il ne faut pas troubler les cités tranquilles.

    Auteur : Alphonse Allais - Source : L'Affaire Blaireau (1899)


  25. Ecrire n'est-ce pas se lever au milieu de la nuit, parmi les choses réelles et irréelles, proches et étrangères, aller jusqu'au bout de sa folie, troubler le sommeil des gisants, annoncer l'aube?

    Auteur : Jean Sulivan - Source : Consolation de la nuit (1968)


Les citations du Littré sur Troubler


  1. Il y a dans sa Somme ultramontaine [de saint Thomas d'Aquin] des décisions que les parlements de France feraient brûler, si on voulait s'en servir pour troubler l'État

    Auteur : Voltaire - Source : Louis XV, 38


  2. Un vieillard qui succombe au poids de ses années Peut-il troubler ici vos belles destinées ?

    Auteur : Voltaire - Source : Zaïre, III, 6


  3. Par maints propos, il [Courier] aurait essayé de troubler aucunement les gens de cour dans l'antique possession où ils sont de tout temps de partager entre eux les revenus publics

    Auteur : P. L. COUR. - Source : I, 330


  4. Je vois, sans me troubler, l'une et l'autre fortune

    Auteur : RÉGNIER - Source : Sat. XI


  5. Je pourrai de mon père émouvoir la tendresse, Et lui dire un amour qu'il peut vouloir troubler

    Auteur : Jean Racine - Source : Phèdre, III, 6


  6. Le trop parler est l'une des grandes incommodités qui puissent troubler les douceurs de la société

    Auteur : MARG. - Source : ib. p. 98


  7. Puis-je vous demander quel funeste nuage, Seigneur, a pu troubler votre auguste visage ?

    Auteur : Jean Racine - Source : Phèdre, IV, 2


  8. Si les afflictions du monde, si mesme les funerailles de ses propres enfans sont venues pour troubler son contentement, elles l'ont esmu à la proportion d'un bon naturel qui ne peut estre indolent en chose si sensible

    Auteur : SULLY - Source : Mém. t. IV, p. 288


  9. À ce mot de témérité, Idoménée changea de visage, ses yeux se troublèrent : il rougit ; et peu s'en fallut qu'il n'interrompît Mentor pour lui témoigner son ressentiment

    Auteur : FÉN. - Source : Tél. XII


  10. De quelque côté qu'on tourne le mauvais oeil, il ne laisse pas d'admettre des images qui doivent un peu troubler la netteté de l'image reçue par le bon oeil

    Auteur : BUFFON - Source : Suppl. à l'hist. nat. Oeuv. t. XI, p. 166


  11. Cette chute donna aux eaux une agitation extrême ; elles se troublèrent de fond en comble

    Auteur : SAUSSURE - Source : Voy. Alpes, t. II, p. 40, dans POUGENS


  12. Un rocher.... Défend aux aquilons d'en troubler le repos [de cet asile]

    Auteur : Voltaire - Source : Henr. I


  13. Le monde est après pour me troubler

    Auteur : CALVIN - Source : ib. 594


  14. Anne regarde, sans se troubler, toutes les approches de la mort

    Auteur : BOSSUET - Source : Mar.-Thér.


  15. De passion pour moi deux sultanes troublèrent ; Deux autres, pour me voir, du sérail s'échappèrent

    Auteur : Corneille - Source : l'Illus. com. II, 2


  16. D'abord marcher sourdement et ne point troubler leur sincérité

    Auteur : DIDER. - Source : Père de famille, IV, 13


  17. Cessez, princes et potentats, de troubler par vos prétentions le projet de ce mariage

    Auteur : BOSSUET - Source : Mar.-Thér.


  18. Fils d'Anchise, pourquoi, souillant des mains si pures, Viens-tu troubler mon ombre et rouvrir mes blessures ?

    Auteur : DELILLE - Source : Én. III


  19. Un homme ne se lèverait pas de table à la hâte, de peur de troubler la digestion

    Auteur : BALZ. - Source : liv. III, lett. 23


  20. Il ne me sert donc de rien d'avoir voulu troubler ces deux amants, en déclarant que je veux être de cette chasse? non, je n'y irai pas ; ils n'y iront pas eux-mêmes, je saurai les en empêcher

    Auteur : FÉN. - Source : Tél. VII


  21. Gens de petit estat qui ne desiroient que de troubler les besongnes, pour eux augmenter et avoir majesté sur les plus riches

    Auteur : MONSTREL. - Source : t. II, p. 142, dans LACURNE


  22. Une animosité qui commençait à aigrir et troubler votre coeur

    Auteur : MASS. - Source : Profession religieuse, Serm. 4


  23. Demeurons toutefois pour troubler leur fortune

    Auteur : Jean Racine - Source : Andr. II, 1


  24. Je me plais bien davantage à troubler les consciences qu'à les rendre tranquilles

    Auteur : LESAGE - Source : Diable boit. 3


  25. Le démon des combats vint troubler l'univers ; Un pays contesté par des peuples divers Engagea Télamon dans un dur exercice

    Auteur : Jean de La Fontaine - Source : Filles de Minée.




Les mots débutant par Tro  Les mots débutant par Tr

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Mise à jour le mercredi 11 février 2026 à 09h13










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