citation 1

Je regardais la mer qui, à cette heure, se soulevait à peine d’un mouvement épuisé et je rassasiais les deux soifs qu’on ne peut tromper longtemps sans que l’être se dessèche, je veux dire aimer et admirer.Car il y a seulement de la malchance à n’être pas aimé : il y a du malheur à ne point aimer. Nous tous, aujourd’hui, mourons de ce malheur. C’est que le sang, les haines décharnent le cœur lui-même ; la longue revendication de la justice épuise l’amour qui pourtant lui a donné naissance. Dans la clameurnous vivons, l’amour est impossible et la justice ne suffit pas. C’est pourquoi l’Europe hait le jour et ne sait qu’opposer l’injustice à elle-même. Mais pour empêcher que la justice se racornisse, beau fruit orange qui ne contient qu’une pulpe amère et sèche, je redécouvrais à Tipasa qu’il fallait garder intactes en soi une fraîcheur, une source de joie, aimer le jour qui échappe à l’injustice, et retourner au combat avec cette lumière conquise.
Albert CamusL’été, « Retour à Tipasa » (1952) de
Albert Camus


Références de Albert Camus - Biographie de Albert Camus

Plus sur cette citation >> Citation de Albert Camus (n° 172691)  - Ajouter à mon carnet de citations
Notez cette citation :4.63  4.63  4.63  4.63  4.63 - Note moyenne : 4.63/5 (sur 466 votes)



Recherche de citations : regardais mer / mer qui / qui cette / cette heure / heure soulevait / soulevait peine / peine d’un / d’un mouvement / mouvement épuisé / épuisé rassasiais / regardais qui

Je regardais la mer qui, à cette heure, se soulevait à peine [...] - Albert Camus...

Votre commentaire sur cette citation


Cette phrase de Albert Camus contient 186 mots. Il s'agit d'une citation très longue.